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CRITIQUES DE CONCERTS 06 décembre 2019

La Chauve-souris de Johann Strauss à l'Opéra de Paris.

Une Chauve-souris hip-hop
© Eric Mahoudeau

R√©actions tr√®s contrast√©es pour les d√©buts de la cin√©aste et femme de th√©√Ętre Coline Serreau dans la mise en sc√®ne d'op√©ra. Si son travail sur La Chauve-souris de Johann Strauss a suscit√© l'ire de G√©rard Mannoni, Olivier Bernager pour sa part d√©code une relecture efficace qui renouvelle le chef-d'oeuvre du compositeur viennois.
 

Palais Garnier, Paris
Le 27/12/2000
Olivier BERNAGER
 



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  • Quand la f√™te est finie, le champagne bu et les mensonges oubli√©s, l'horreur peut s'accomplir sur le tapis des confettis et des d√©bris m√™l√©s. Pour cette Chauve-souris -l'op√©rette la plus jou√©e du r√©pertoire-, la lecture de Coline Serreau est d'un pessimisme efficace qui renouvelle l'appr√©hension de ce chef-d'oeuvre en l'inscrivant dans une perspective de m√©moire.

    Elle sied étrangement bien à un ouvrage au centre duquel règnent le dieu Champagne, le mensonge bourgeois et l'aveuglement nécessaire pour que s'accomplissent les affaires frauduleuses, les crimes impunis, les emprisonnements arbitraires et la mort programmée.

    Dans l'ouverture, qui est une des plus belles et des plus efficaces que l'on connaisse, Coline Serreau rappelle au public parisien ce que nul Autrichien n'ignore : que l'histoire de Die Fledermaus ne commence pas avec le trio Rosalinde, Eisenstein, Alfred le ténor (la femme, le mari, l'amant).

    D√®s la premi√®re note de l'ouverture, dans une atmosph√®re enfi√©vr√©e o√Ļ virevoltent des chauves-souris incarn√©es par des trap√©zistes, on devine que la vengeance du Docteur Falke ne sera pas montr√©e comme un divertissement. La nuit, la violence en contre-jour, le vol de l'√™tre mal√©fique que symbolise l'animal annoncent l'inqui√©tude qui sera montr√©e par le metteur en sc√®ne au troisi√®me acte, de mani√®re outranci√®re.

    On y verra donc une prison (inspirée de Piranèse), mais on pensera tellement fort à un camp de concentration que le soir de la seconde, une femme du public insultait Coline Serreau pendant la représentation, au motif que l'opérette n'avait rien à voir avec la Shoah. Son léger accent allemand et son émotion mal dissimulée disaient combien l'art pouvait parler à l'inconscient pour exprimer les douleurs enfouies.


    Le premier acte se passe donc sur la terrasse d'une villa de style Art Nouveau d'un kitsch achevé, désignant à la lettre les conventions de mise en scène du vaudeville : postures, costumes, mouvements caricaturaux, entrées-sorties appuyées, clins d'œil à la salle.

    Accompagnées efficacement mais sans aucun panache par un orchestre peu motivé et une direction plate d'Armin Jordan, les premières scènes, notamment le premier trio, n'emportent aucun sourire. Même le célèbrissime premier Finale Trinke, Liebschen, trinke schnell, malgré la vaillance des chanteurs, n'aurait pas fait lever le coude à un soiffard professionnel. Entracte morose donc, dans la crainte d'une déception musicale à suivre.

    Au deuxi√®me acte, la sc√®ne l'emporte sur la fosse. Le d√©cor montre le palais du prince Orlofsky dont la perspective √©voque les architectures id√©ales de Baldassare Peruzzi. Le prince est un grand malade tirant sa perfusion avec lui. Le sens de cette image est multiple. Exprime-t-elle le d√©go√Ľt pour la vie que chante le personnage ("Mes millions font mon malheur") ?

    Parle-t-elle de la proximité de la mort d'une certaine société que le titre de prince représente ("Je lui lance sans me gêner la bouteille à la tête
    √† chacun son go√Ľt"
    ) ? Dans ce r√īle chant√© ici par une femme, B√©atrice Uria-Monzon poss√®de le timbre inqui√©tant qui convient, et son talent de com√©dienne fait vite oublier la violence que son personnage exprime.

    Pour la sc√®ne dans√©e qui constitue le clou de la f√™te, Coline Serreau fait appel √† la chor√©graphe Laura Scozzi qui r√®gle trois ballets √©poustouflants dont l'un intronise la danse hip-hop, tout sur la t√™te, sur la sc√®ne de l'Op√©ra de Paris. En contraste avec la valse qui cl√īt la sc√®ne et remet les chaussons sur le plancher, l'effet est garanti. Apr√®s le jazz-rock dans Winterm√§rchen de Philippe Boesmans au Ch√Ętelet, les breakers et smurfeuses √† Bastille !

    L'acte de la prison se passe dans l'envers de ce décor : changement à vue applaudi par la salle. Ici Coline Serreau rappelle que le cinéma est son activité favorite : une multitude de saynètes accompagnent l'action principale. De sa main gauche, elle montre : voici une prison d'opérette. La bonne société s'y retrouve pour y sabrer le champagne avec le directeur (désopilant Gilles Privat). De la droite : derrière les perspectives du palais Orlofsky, il y a la prison pour
    dettes, pour insultes à l'autorité, pour opinions divergentes. Imaginez le reste. Plus la chanson est belle, tralalalalalala, plus il y a de cadavres derrière.

    Lire l'avis moins favorable de Gérard Mannoni




    Palais Garnier, Paris
    Le 27/12/2000
    Olivier BERNAGER

    La Chauve-souris de Johann Strauss à l'Opéra de Paris.
    La Chauve-souris de Johann Strauss
    Orchestre de l'Opéra
    Direction musicale : Armin Jordan
    Mise en scène : Coline Serreau
    Décors : Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine
    Costumes : Elsa Pavanel
    Avec Charles Workman (Gabriel von Eisenstein)- Brigitte Han (Rosalinde)- Andreas Scheibner (Frank)- Béatrice Uria-Monzon (Prince Orlovsky)- Bonaventura Bottone (Alfred)- Christopher Schaldenbrand (Dr Falk)- Wolfgang Ablinger-Sperrhhacke (Dr Blind)- Malin Hartelius (Adele)- Gilles Privat (Frosch)- Jeanne Tremsal (Ida).

     


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