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CRITIQUES DE CONCERTS 22 aoűt 2019

Les vingt ans du Quintette Moraguès au Théâtre des Bouffes du Nord.

Les HawaĂŻens des Bouffes du Nord
© Isabelle de Rouville

Le 11 décembre dernier au Théâtre des Bouffes du Nord, le Quintette Moraguès fêtait sa vingtième année d'existence. Déterminés à en faire une fête, les cinq membres de l'ensemble ont choisi d'investir la scène en habits hawaïens, ceux qu'ils portaient à leurs tous premiers débuts de musiciens. Le concert ne fut pas moins coloré.

 

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
Le 11/12/2000
Linda MURRAY
 



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  • Les festivitĂ©s dĂ©butèrent de façon inhabituelle avec le mouvement final de la Jazz Suite de Chostakovitch, avant que le Quintette Moraguès n'annonce sa dĂ©cision d'inverser le programme annoncĂ©, et donc de commencer par les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky au lieu de l'intĂ©gralitĂ© de la Jazz Suite !

    Quintette à vents, les Moraguès disposent d'un répertoire assez réduit. Par nécessité, ils sont donc amenés à jouer essentiellement des transcriptions. Entre nouvel éclairage ou trahison, celles-ci ont toujours été sujettes à controverse. Cependant, les transcriptions proposées ce soir-là par le hautboïste David Walter se révélèrent remarquables, extirpant de la musique des détails inaudibles dans les versions originales.

    Pour preuve, les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky. Ce chef-d'oeuvre, qui a toujours été considéré comme élément exclusif du domaine pianistique, s'est trouvé considérablement renouvelée grâce à la partition mûrement réfléchie de Walter. La fière et majestueuse ouverture fut brillante et claire, chaque note illuminée par les sonorités d'anche du hautbois.

    La seconde partie tira aussi profit de l'introduction des instruments à vent, cette fois le basson accompagné d'un cor au timbre aussi captivant que sépulcral, alors que les gammes montantes finales convenaient parfaitement à un ensemble de vents. Le thème principal de l'oeuvre trouva, durant toute l'exécution, des échos assumés par les divers instruments, cor et clarinette compris, chaque instrument donnant aux notes ses propres résonances. Le résultat en fut une très intéressante étude comparative d'un thème qui, dans l'orchestration originale, tend à être quelque peu répétitif.

    De sons côté, la pianiste Claire Désert assuma principalement les lignes de basses, offrant aux autres instruments un solide canevas pour tisser leurs couleurs. Toutefois, l'élément le plus séduisant dans cette interprétation de Moussorgsky par les Moraguès, fut, sans l'ombre d'un doute, leur attention scrupuleuse de "l'esprit russe", ce pessimisme primordial ironiquement teinté d'espoir. L'intelligente et efficace interaction entre le basson et la flûte dans le troisième mouvement apporta une grande vie aux influences slaves de la musique, pendant que le jeu furieux du finale constitua un témoignage vivant de ce même esprit, sans jamais tomber dans le piège du mélodrame.

    Après la pause, le quintette se présenta dans une tenue plus sobre, pour aborder le Quatuor n° 8 de Chostakovitch élargit pour quintette à vent. Là encore, la transcription révèla plusieurs facettes sinon cachées, du moins enfouies, telles les dissonances accentuées par les registres graves du basson ; et l'angoisse prévalant dans l'oeuvre devient encore plus manifeste lorsqu'elle est portée par la flûte plutôt que par le violon. Côté technique, les trilles de David Walter au hautbois méritent des éloges particuliers.

    Les trois quarts du temps, le basson solo apporta une touche surnaturelle à l'oeuvre, l'interprétation globale du quintette étant teintée d'une mélancolie en totale sympathie avec l'irrépressible désespoir de la musique, le sentiment de déprime encore relevé par les sonorités uniques du hautbois et du basson.

    Retour à une note festive pour conclure la soirée, avec (enfin !) les trois premiers mouvements de la Jazz Suite de Chostakovitch, le quatrième ayant été joué en début de concert. Cette fois encore, le piano de Claire Désert assuma avec brio la partie d'orchestre. L'interprétation pleine de verve ne négligea pas le comique grinçant propre à cette oeuvre, particulièrement dans la fameuse valse du troisième mouvement que maints films et spots publicitaires ont popularisé dans des interprétations médiocres.

    La réaction de l'audience fut telle que Claire Désert et les Moraguès durent donner trois bis, le plus notable étant un extrait du Carmen de Bizet. Après un concert de cette trempe, on songerait volontiers à remplacer toutes les queues de pies par des costumes hawaïens !




    Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
    Le 11/12/2000
    Linda MURRAY

    Les vingt ans du Quintette Moraguès au Théâtre des Bouffes du Nord.
    Les vingt-ans du Quintette Moraguès
    Avec Claire DĂ©sert (piano)
    Jazz Suite et Quatuor n° 8 de Chostakovitch
    Tableaux d'une exposition de Moussorgsky

     


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