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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juillet 2020

RĂ©cital Roberto Alagna

Roberto Alagna Ă©trenne Gaveau
© EMI Classics

Les apparitions de Roberto Alagna en France se font rares. Son dernier récital parisien fut d'autant plus couru qu'il coïncidait avec la réouverture de la Salle Gaveau refaite, non pas à neuf, mais à vieux : c'est-à-dire avec ses atours d'origine. L'un et l'autre n'ont pas déçu le public mais peut-être pas tous les lyricomanes.
 

Salle Gaveau, Paris
Le 08/01/2001
Michel PAROUTY
 



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  • Une fois encore, on a pu mesurer l'impact sur le public d'une voix de tĂ©nor. Celle d'Alagna est chaude, vibrante, brillante. En dix ans, elle a beaucoup changĂ© : toujours gĂ©nĂ©reuse, elle s'est Ă©largie, assombrie, s'est encore dĂ©veloppĂ©e en homogĂ©nĂ©itĂ© et en puissance, au dĂ©triment sans doute de la souplesse.
    Mais faut-il vraiment apprécier le talent et les réelles qualités (dont l'une des plus belles dictions française et italienne qu'on ait jamais entendues n'est pas la moindre) de cet enfant chéri des lyricomanes à l'aune d'un concert ? Car l'artiste, épanoui, heureux de retrouver ses admirateurs, ne se ménage pas, il se donne même à fond, et c'est alors la performance qui compte, plus que la musique.
    Voici quelques années, il était étonnant dans Donizetti ; aujourd'hui, L'Elixir d'amour et Lucia di Lammermoor sont encore phrasés avec charme, mais la ligne mélodique paraît moins flexible, parfois surchargée d'effets réalistes inutiles. On sent que les préférences du chanteur vont, comme il l'avait souhaité, vers un répertoire plus lourd, pas seulement le Don José de Carmen (dont curieusement, et contrairement à la partition, il donne le si bémol forte) mais aussi Calaf de Turandot, Eléazar de La Juive, et Canio de Pagliacci- le rire du clown bafoué s'étrangle, l'aigu est impérieux, l'auditoire en redemande et l'on sent, entre Alagna et lui, une immédiate sympathie.


    Les bis sont nombreux, et chansons italiennes ou siciliennes s'imposent aussitôt. Plus surprenante, la ballade d'Arlequin de Pagliacci, d'ordinaire dévolue au baryton léger qui interprète le personnage de Beppe, détaillée avec un sourire rusé qui fait mouche à chaque note ; il est vrai que le récital a commencé par le Deh vieni alla finestra du Don Giovanni mozartien, histoire, sans doute, de montrer qu'un vrai ténor se doit de posséder un registre grave consistant, et que toutes les classifications vocales ne sont que balivernes- il était inattendu, ce Mozart ; on l'eût aimé aussi enthousiaste mais plus raffiné.
    Vieux routier au solide métier, Anton Guadagno assure la partie orchestrale de la soirée à la tête d'un Orchestre Lamoureux littéralement transfiguré par le travail effectué depuis plusieurs années sous la férule de Yutaka Sado. L'autre vedette de la soirée c'est la Salle Gaveau, dont on fête la réouverture après sept mois de travaux. Elle a retrouvé sa guirlande de lumière au ras du plafond, ses couleurs grise et jaune d'origine, accueillantes et reposantes Il lui reste maintenant à se refaire une image digne de son histoire.




    Salle Gaveau, Paris
    Le 08/01/2001
    Michel PAROUTY

    RĂ©cital Roberto Alagna
    Roberto Alagna
    Orchestre des Concerts Lamoureux, direction Anton Guadagno.

     


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