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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Récital de Shlomo Mintz, Salle Verdi, Milan

Une architecture de lumières

Shlomo Mintz

Ce soir-là, un homme et son violon seuls sur l'ample et sobre plancher de la Salle Verdi du Conservatoire de Milan. En face, près de deux mille spectateurs fidèles de Shlomo Mintz, venus écouter un violoniste qui, se produisant dans ce lieu depuis bien plus de dix ans, se livre cette année à cet exercice d'une hardiesse rare.
 

Sala Verdi, Milano
Le 11/01/2001
Lorenzo QUATTROPANI
 



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  • D'embl√©e, avant m√™me qu'il ne donne voix √† son violon, Shlomo Mintz impressionne par le calme et la solidit√© qu'il d√©gage : dans un climat g√©n√©ral de silence attentif, par sa pr√©sence et ses gestes qui ont toujours quelque chose de solennel, il √©tait venu r√©v√©ler la beaut√© de la musique de Bach, en toute simplicit√© et en toute profondeur.
    Difficile d'imaginer d√©but de concert plus simple que l'Allemande de la Seconde Partita pour violon seul. Et difficile aussi de d√©finir la mani√®re dont l'artiste a jou√© ce chef-d'oeuvre ; car en √©coutant ce son lumineux, ces lignes m√©lodiques d√©ploy√©es avec tant de clart√© et d'√©quilibre, avec une grande simplicit√© aussi, l'impression est que Mintz n'est pas en train d'interpr√©ter l'oeuvre : il nous r√©v√®le quelque chose de beau et de grand. Il n'est plus interpr√®te, mais instrument, un instrument de cristal dont la puret√© et la limpidit√© laissent la lumi√®re de l'inspiration librement passer et atteindre intacte les spectateurs. Aussi, le public a assist√©, presque hypnotis√©, √† l'ex√©cution de cette merveilleuse Partita, qui s'est d√©roul√©e comme un ruisseau de lumi√®re, de fa√ßon aussi naturelle, n√©cessaire et in√©vitable. Le son qu'il cr√©e avec son pr√©cieux Guarnieri del Ges√Ļ, semble avoir la myst√©rieuse qualit√© de combiner le froid et le chaud au m√™me temps, tel un ciel bleu d'hiver, net et lumineux, mais pr√©servant en m√™me temps une pr√©sence mat√©rielle et plastique palpable. Peut-√™tre peut-on expliquer ce paradoxe par la rencontre entre l'int√©grit√© du musicien et la chaleur de l'instrument. L'ex√©cution de la Gigue fut particuli√®rement belle, le jeu de Mintz donnant sa pleine splendeur √† la musique de Bach, celle-ci en retour mettant somptueusement en exergue les qualit√©s de Mintz. Pass√©e la Gigue, apr√®s un court silence, voil√† que r√©sonnaient dans la grande salle les accords de la c√©l√®bre Chaconne qui conclue la Partita. Mintz n'a pas eu ici la moindre tentation de s'enflammer, d'aller au-del√† de la passion qu'on attribue aux ex√©cutions du temps de Bach, √©vitant de compromettre l'architecture g√©n√©rale et les jeux d'√©quilibre qu'il venait d'√©difier avec une √©tonnante mesure, et avec une formidable distribution des √©nergies. Il a au contraire jou√© ce v√©ritable monument sonore qu'est la Chaconne, avec une ma√ģtrise et un go√Ľt rares. Une Chaconne compacte, admirablement structur√©e, in tempo mais sans sacrifier le naturel, avec sentiment mais jamais sans noblesse, tendrement mais sans langueur, puissante et glorieuse mais sans ne jamais se laisser emporter. Dans sa loge, √† la fin du concert, il a dit la m√™me chose, cette fois avec ses mots : " la musique de Bach a plus que deux cent ans, et elle est toujours actuelle, elle a toujours quelque chose √† nous dire, maintenant et dans cent ans encore. "


    Apr√®s la pause, deuxi√®me partie du r√©cital avec au programme la Troisi√®me Sonate de Ysa√Ņe (d√©di√© √† George Enescu) et 6 des 24 Caprices op.1 de Paganini. Pi√®ce de grands √©lans √©motifs, la Sonate a √©t√© jou√©e impeccablement, avec une aisance qui ne laissait gu√®re imaginer aux non-violonistes sa r√©elle difficult√©. Si on admet que Mintz est dans un certain sens un musicien " sans surprises ", dans la mesure o√Ļ il ne laisse le moindre √©lan √©chapper √† sa ma√ģtrise constante ; et si l'on consid√®re ce genre d'√©lans comme √©l√©ment indispensable de motricit√© interne, comme √Ęme vivante du vaste r√©pertoire auquel cette sonate appartient, alors l'ex√©cution de Mintz peut para√ģtre d√©pourvue d'√©lan. Mais devant un tel sens de la structure et de l'organisation, qui a √©clair√© la Sonate comme jamais auparavant, on se demande combien de spectateurs ce soir-l√† en d√©siraient vraiment, des surprises. Quant aux Caprices de Paganini, Mintz r√©ussit pleinement √† transcender le simple exercice d'acrobaties techniques et de virtuosit√© funambulesque. Devant les incroyables difficult√©s √©prouvant constamment la solidit√© de tout violoniste, Shlomo Mintz a gard√© un calme imperturbable, du haut de son exceptionnelle ma√ģtrise.




    Sala Verdi, Milano
    Le 11/01/2001
    Lorenzo QUATTROPANI

    Récital de Shlomo Mintz, Salle Verdi, Milan
    Bach : Partite nr.2 en ré mineur pour violon violon BWV 1004
    Ysaye : Sonate nr.3 en ré mineur " Ballade "
    Paganini : 6 Caprices de l'op.1 pour violon violon

     


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