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CRITIQUES DE CONCERTS 22 septembre 2019

Concert d'Evgeni Svetlanov avec l'Orchestre National de France.

Svetlanov a le pied marin

Décidément, Evgeni Svetlanov s'accorde de mieux en mieux avec l'Orchestre National de France. Après une prestation réussie en décembre dernier dans un programme de musique française, il revient exercer sa conduite dans un répertoire plus mélangé ou dominait l'élément marin. Le périple fut mené d'une baguette de maître.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 25/01/2001
Linda MURRAY
 



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  • Le concert dĂ©buta son voyage en Orient, avec la suite orchestre tirĂ©e de Tsar Saltan, le dixième opĂ©ra de Rimsky-Korsakov. D'emblĂ©e, Svetlanov s'est rĂ©vĂ©lĂ© dans une forme Ă©blouissante, nĂ©gociant les changements de tonalitĂ© avec aisance, tempĂ©rant les montĂ©es crescendos des cordes par des bois et des cuivres en sourdine, domptant les vagues musicales sans perdre Ă  aucun moment la tension inhĂ©rente Ă  la partition.

    Le développement de cette tension se fit plus apparent dans les pizzicati de la fin de l'oeuvre, mais même dans le finale, malgré les fracas et les soulèvements orchestraux, Svetlanov apparut toujours sur la crête des vagues, domestiquant une section et simultanément éperonnant une autre.

    Après la musique exotique de Rimsky-Korsakov, Svetlanov revient dans un horizon plus familier avec La Mer, le chef-d'oeuvre orchestral de Debussy. Durant ces récentes années, la musique française a pris une part croissante dans le répertoire de Svetlanov en dépit des pressions pour qu'il se consacre entièrement à la musique russe, et ceux qui n'avaient pas encore été convaincus par les impressionnants Chausson et Debussy du maestro, en décembre dernier déjà avec le National, auraient été réduits au silence par cette soirée.

    Dès le début il fut clair que Svetlanov gouvernait jusqu'à la plus petite vaguelette de la force de l'élément à sa disposition. La plus légère inflexion de sa main fit danser les harpes sur la surface de l'océan, en un scintillant lever de soleil, alors que, avec un fantastique crescendo dans le finale du premier tableau, Svetlanov manœuvra les cordes presque physiquement, semblable à un véritable Poséidon dictant le flux et reflux des vagues.

    Toutefois, on pourrait faire remarquer que l'interprétation manqua un peu de cette finesse qu'un chef français, disons Boulez, aurait pu lui insuffler, mais nul n'aurait pu refuser au Russe la réussite d'un authentique tableau marin, plus créatif que jamais. Son énergie fit entendre le bruit de l'eau dans chaque note. Et si l'interprétation fut peut-être un peu trop houleuse pour de la musique française, Svetlanov montra pourtant un sens remarquable des nuances et des couleurs de l'oeuvre de Debussy.


    Après la pause, Svetlanov revint en compagnie de la soprano Karin Ingebaeck et du ténor Jonas Degerfeldt, pour aborder l'oeuvre la plus consistante de la soirée, de nouveau autour de la thématique marine mais plus septentrionale, avec la Quatrième Symphonie d'Alfvén, intitulée Fran havsbandet (Aux confins de l'archipel).

    La musique d'Alfvén est très directement influencée par la nature, et en conséquence, possède un profil dramatique jamais plus claire que dans cette symphonie. Il ne s'agit guère d'une pièce de demi-caractère et, plutôt que pécher par excès de prudence par peur de trop de sentimentalité, Svetlanov décidât de tout risquer en un déploiement de grande musique dramatique, avec des crescendos grondants et des mélodies nostalgiques.

    Dans une forme décidément océanique, l'orchestre parût en complète communion avec son chef et obéit à sa moindre volonté. La première violoniste, Elisabeth Glab, remplaçant le titulaire Luc Héry, délivra un excellent solo, et les gammes descendantes aux cuivres et aux bois furent brillamment exécutées.

    En fait, la seule faiblesse de cette soirée fut le chant. Mademoiselle Ingebaeck produisit une prestation solide avec un bon contrôle du souffle, d'autant plus difficile à obtenir qu'elle chantait ici sans parole. Elle possède une voix naturellement belle, particulièrement dans le registre très aigu, mais elle perdit un peu de son caractère lorsqu'elle fit appel aux notes basses de sa tessiture.

    Cependant, la prestation de Jonas Degerfeldt fut décevante. Après un début très hésitant par manque de contrôle dans le souffle et par incertitude dans la progression artistique, il ne put suffisamment ouvrir une voix au timbre maigre. Celle-ci se chauffa et s'améliora au fur et à mesure de la soirée : le ténor chanta fort bien au moment d'aborder le duo, mais au regard de la qualité de la soirée, sa contribution fut faible.

    Mais on retiendra surtout le nouveau souffle de Svetlanov. Sans négliger son héritage russe, il étoffe avec succès son répertoire, ce qui prend des allures de seconde carrière pour ce compositeur et chef distingué. Son approche personnelle de la musique française naît d'une maturité et d'une stabilité qui lui permettent de travailler sur les nuances de cette musique, alors même que son tempérament naturel garantit une énergie supérieure à celle qu le public connaît. La soirée l'a révélé commandant qualifié d'une phalange française et grand capitaine des mers musicales.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 25/01/2001
    Linda MURRAY

    Concert d'Evgeni Svetlanov avec l'Orchestre National de France.
    Rimsky-Korsakov : suite orchestre tirée de Tsar Saltan
    Debussy : La Mer
    Alfvén : Fran havsbandet

    Orchestre National de France
    Direction : Evgueni Svetlanov

     


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