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CRITIQUES DE CONCERTS 23 février 2020

Concert de l'Orchestre National de France avec Maria Joao Pires.

La solitude d'une concertiste
© Christian Steiner

Maria Joao Pires

Programm√©es d√©but f√©vrier au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, les retrouvailles de la pianiste Maria Joao Pires et du chef Emmanuel Krivine √† la t√™te de l'Orchestre National de France semblaient prometteuses. Dans les faits, seule la pianiste lusitanienne s'est montr√©e √† la hauteur de l'√©v√©nement.

 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 08/02/2001
Linda MURRAY
 



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  • C'est l'ouverture de Rosamunde de Schubert qui d√©buta le concert. D'entr√©e, l'interpr√©tation parue fatigu√©e, en d√©pit d'un effort louable mais non abouti pour jouer les premi√®res mesures sur un rythme de valse, en √©tirant le second temps autant que possible. Ici, Krivine parut oublier qu'une oeuvre romantique ne vit pas sans un minimum de sens du drame.

    À l'orée du Troisième Concerto pour piano de Beethoven, on pouvait déjà craindre la soirée définitivement plombée. Heureusement, dès que Maria Joao Pires toucha son clavier, la torpeur ambiante s'évanouit. À peine avait-elle joué ses premières notes que son style si personnel et fluide s'imposa, tirant des couleurs d'épais velours de son flamboyant Yamaha de concert.

    Pires aborda l'oeuvre avec prudence et respect, ni classique, ni romantique, mais sur le fil harmonieux entre les deux. Techniquement, elle fut irr√©prochable, avec un jeu de p√©dale furieux, mais propre, rehauss√© de trilles immacul√©s sans effort apparent. Son contr√īle du volume sonore fut non moins remarquable, √©vitant tout m√©lodrame et se hissant toujours au point exact de fusion avec l'orchestre.

    L'antithèse même du combat de titan auquel se livre habituellement soliste et orchestre dans cette oeuvre. Ici au contraire, avec une sincérité irrésistible et non sans une pointe d'espièglerie, la pianiste parut contraindre l'orchestre à jouer à chat ; jeu auquel elle se révéla clairement imbattable. À l'écoute, son discours chaleureux éclipsa un orchestre pourtant dopé par la présence de la soliste.

    Après la pause, Emmanuel Krivine et le National entamèrent Also sprach Zarathoustra, le fameux poème symphonique de Richard Strauss. Bien qu'en nette progression en regard du début de soirée, Krivine et l'orchestre ne retrouvèrent nullement les sommets vers lesquels Pires les avait hissés.

    L'interpr√©tation fut plaisante en certains passages, avec un Krivine traduisant la plupart des asp√©rit√©s dramatiques de l'oeuvre, mais sans √©clairage neuf ni aucun suppl√©ment d'√Ęme. Tant et si bien qu'il devint ais√© de pr√©dire dans quelle direction les musiciens iraient √† la mesure suivante. Pire, l'orchestre parut un moment √©chapper au contr√īle de Krivine sans que celui-ci fasse mine de s'en rendre compte.

    Manque de répétitions ou d'affinités ? On aurait préféré que Pires donne un autre concerto pour les mettre d'accord.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 08/02/2001
    Linda MURRAY

    Concert de l'Orchestre National de France avec Maria Joao Pires.
    Orchestre National de France.
    Direction : Emmanuel Krivine.
    Piano : Maria Joao Pires.

    Schubert : Rosamunde, ouverture D. 644.
    Beethoven : Concerto pour piano et orchestre no.3 opus 37 en ut mineur.
    Strauss : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique opus 30.

     


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