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CRITIQUES DE CONCERTS 24 janvier 2020

Concert Beethoven avec l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Myung-Whun Chung et la violoniste Hilary Hahn.

Le Maître et Hilary
© Eric SEBBAG

Les concerts parisiens du Philharmonique font régulièrement salle comble lorsqu'ils sont dirigés par Myung-Whun Chung. Avec la jeune violoniste Hilary Hahn en vedette américaine, l'entrée de la salle Pleyel débordait de l'enthousiasme des mélomanes en quête d'une place. Il aurait sans doute un peu fraîchi à l'intérieur.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 03/03/2001
Eric SEBBAG
 



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  • Hilary Hahn n'est plus tout Ă  fait une jeune prodige (elle a aujourd'hui 21 ans), mais elle en garde l'aura auprès du public et un visage d'adolescente aux traits non complètement achevĂ©s. Sa juvĂ©nilitĂ© a sans doute motivĂ© plus que de coutume un public neuf qui applaudit dès la fin du premier mouvement du concerto pour violon de Ludwig van Beethoven. DĂ©jĂ  une bouffĂ©e d'oxygène.

    Dans le concerto, l'incursion du soliste n'est pas immédiate et du haut de son violon Vuillaume "del Gesù" (1864), Hilary Hahn en profite pour toiser longuement le public comme on contemple des animaux exotiques emprisonnés. D'autres chercheraient la concentration ou à réprimer un archet moite, la jeune états-unienne y semble, elle, parfaitement étrangère.

    Son assurance n'est pas injustifiée. Dès les premiers glissements d'archets, le geste comme le son apparaissent déliés, fluides, déjà olympiens. La justesse est irréfutable, même dans les cimes retranchées de l'instrument. L'ancien vibrato parfois encombrant a cédé la place à une vibration lumineuse qui accorde au Vuillaume une clarté au scalpel.

    La cohésion avec l'orchestre n'est pas moins accomplie et l'articulation arachnéenne de la soliste semble ourdir un fil de soie entre toutes les notes. Le Beethoven d'Hilary Hahn vole haut, et s'il chante sans discontinuer, il préfère un registre lyrique contenu et serein qui méprise les débordements.

    De la belle étoffe donc, mais rien du compositeur tumultueux qui s'est acharné à faire exploser les carcans de la forme sonate qui bridait concertos et symphonies. La jeune femme aurait-elle déjà remisé dans sa penderie ses révoltes et rébellions d'adolescente ?

    Chung, lui, s'en souvient parfaitement, et il sait les revivre et les mettre en scène avec un esprit d'insurrection d'autant plus percutant qu'il est très maîtrisé. Pourtant, le défi n'est pas simple avec un orchestre Philharmonique totalement surdimensionné pour l'Eroica : on dénombre sept contrebasses imposantes comme des chênes centenaires dans une forêt de cordes et d'archets. Dans ce contexte, les bois et les vents vont avoir de la peine à souffler.

    Si Chung ne peut corriger le défaut de couleur qui en résulte, il va vaincre l'inertie de la masse et maintenir un équilibre suffisant pour rendre sa vision de la partition toujours lisible. Mais mieux qu'intelligible, elle fût de bout en bout captivante car le chef coréen possède une science du suspense et du rebondissement dramatique digne d'un Hitchcock.

    Les déflagrations beethoviennes sont avec Chung libératoires, parce qu'il a su longtemps doser et faire croître la tension. Le mouvement lent est un prodige d'angoisse habité d'ombres et cris sourds, lesquelles seront provisoirement balayés par une tempête rédemptrice.

    La lecture de Chung se dévore comme le meilleur roman noir. On aimerait qu'il la réédite avec un orchestre en géométrie moins plantureuse.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 03/03/2001
    Eric SEBBAG

    Concert Beethoven avec l'Orchestre Philharmonique de Radio-France dirigé par Myung-Whun Chung et la violoniste Hilary Hahn.
    Ludwig van Beethoven
    Concerto pour violon, opus 61 - Symphonie n° 3, opus 55 "Héroïque"
    Hilary Hahn (violon)
    Orchestre philharmonique de Radio France
    Direction : Myung-Whun Chung

     


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