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CRITIQUES DE CONCERTS 19 aoűt 2019

Jenufa de Leos Janacek au Grand-Théâtre de Genève.

Jenufa plonge dans l'eau froide
© OSR

Jenufa de Leos Janacek n'avait plus été représentée depuis longtemps à Genève. Retrouver cet opéra poignant, servi par une distribution impeccable et une mise en scène intelligente, le remet justement à la place qui lui revient dans le lot des chefs-d'oeuvre lyriques du siècle passé.

 

Grand Théâtre, Genève
Le 08/03/2001
Sylvie BONIER
 



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  • Combien de temps encore, avant que les ouvrages de Janacek n'occupent les programmations lyriques Ă  Ă©galitĂ© avec les incontournables Mozart, Verdi, Puccini ou autre Wagner? Ce ne serait que rendre justice Ă  l'un des plus immenses com-positeurs du passage au siècle dernier, qui tient de chacun de ses illustres coll-ègues le gĂ©nie de l'alliance entre chant et orchestre.

    Il n'est point besoin de s'en convaincre. L'évidence saute à l'oreille aux moindres inflexions du texte, qui s'incruste dans une instrumentation aussi voluptueuse que brûlante. Jenufa se situe au meilleur de cette intimité.

    De la pièce étouffante de Gabriela Preissová, le Tchèque extirpe les insondables douleurs dans un rapport viscéral au mot, à la ligne vocale et à la couleur orches-trale. Le chef tchèque Jiri Kout n'est pas né de la même terre par hasard. Il sait la valeur de l'accent, le sens de l'épaisseur sonore, la violence des tensions rete-nues que le compositeur tisse serré. L'OSR s'en voit transporté, et bouleversé, aussi. Ce qui n'est pas donné tous les soirs d'entendre...


    Sur scène une immense minoterie oppose ses murs de tôle ondulée au drame humain qui se noue à ses pieds. Le metteur en scène Guy Joosten relève la froi-deur d'une société hypocrite par le truchement de jeu de foules bien mené. Mais il enveloppe d'une sensibilité émouvante les angoisses de Jenufa comme les éga-rements de la Kostelnicka et de Steva. En allant chercher dans les gestes ce que les mots se refusent à livrer: la peur de l'abandon, la colère, l'humiliation d'êtres déchirés par leur destinée.

    Dans cette terrible histoire d'infanticide, Suzanne Murphy campe une marâtre re-doutable dont les fêlures sont pourtant finement soulignées par Joosten. Et la Je-nufa d'Anne Bolstad soutient les brûlures de sa ruine intérieure avec brio. Voix d'ambre dans le médium, de lave dans l'aigu, la soprano norvégienne investit son rôle comme on plonge dans l'eau froide. Tout entière.

    Le Steva de Gordon Gietz, arrogant et d'une lâcheté insoutenable, le Laca ample au timbre aussi velouté que brillant de John Horton Murray et le reste du plateau sont à saluer sans retenue. C'est dire que Janacek les inspire comme il soulève l'auditeur, qui, dans ce torrent de terreurs, sait retrouver l'espoir par la grâce d'une musique gorgée de lumière et d'amour.




    Grand Théâtre, Genève
    Le 08/03/2001
    Sylvie BONIER

    Jenufa de Leos Janacek au Grand-Théâtre de Genève.
    Jenufa de Leos Janacek.
    Orchestre de la Suisse Romande
    Direction musicale : Jiri Kout.
    Mise en scène : Guy Joosten.
    Décors : André Joosten.
    Avec Anne Bolstad (Jenufa), Suzanne Murphy (Kostelnicka Buryja), Elisabeth Bainbridge (la grand-mère), Anne-Catherine Gillet (Karolka), Mireille Capelle (La femme du bailli), Christine Labadens (une servante), Ethel Guéret (Jano), Victoria Reljin (Barena), Marit Nilsson Sauramo (la tante), John Horton Murray (Laca Klemen), Gordon Gietz (Steva Buryja), Joszef Gregor (le bailli), Frédéric Caton (le contremaître du moulin).

     


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