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CRITIQUES DE CONCERTS 23 octobre 2018

Nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart mise en scène par Christoph Marthaler et sous la direction de Sylvain Cambreling au festival de Salzbourg.

Salzbourg 2001 (4):
Une belle sortie

Pour la dernière année de Gerard Mortier à Salzbourg, le festival propose une vision audacieuse des Noces de Figaro, dans une production détonante et controversée du metteur en scène suisse Christoph Marthaler, à laquelle le public, frileux lors des premières représentations, semble maintenant accrocher.
 

Kleines Festspielhaus, Salzburg
Le 13/08/2001
Yannick MILLON
 



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  • Dans la vision de Christoph Marthaler, les Noces se déroulent entre deux vitrines de robes dans la boutique de mariage très seventies du Comte et d'une Comtesse visiblement portée sur la boisson. Suzanne est une godiche simplette, Marcelline une standardiste vulgaire, Chérubin un ado rebelle avec son baladeur.

    Figaro n'est guère plus dégourdi que sa promise et le trio infernal Bartolo-Marcelline-Basilio est affublé de tics nerveux, tout comme Antonio, jardinier monomaniaque. La mise en scène regorge de trouvailles pour la plupart inénarrables dont la moins astucieuse n'est pas de donner un rôle actif sur scène au continuiste. Le génial Jürg Kienberger habite en effet à l'étage du magasin, au milieu d'animaux empaillés. Participant parfois directement à l'action, il se déplace toujours avec sa chaise attachée au derrière.

    Dans le Kleines Festspielhaus, le public aura souvent ri de bon coeur. Et contre toute attente, point de huées pour le metteur en scène, alors qu'on en avait entendu quelques-unes, traditionnelles pour toute nouvelle production décapante, le soir de la première. Mais si Marthaler a décidé de jouer la carte de l'humour, il évite avec soin le grotesque et garde toujours en point de mire la profondeur de la partition.

    Un continuiste au synthétiseur

    Souvent décrié pour sa lenteur ? sa Damnation de Faust salzbourgeoise ? Sylvain Cambreling fait preuve ici d'une direction à la fois précise, vivante, théâtrale et enlevée, modèle d'esprit et d'énergie pour cette partition qui ne supporte aucune relâche. De son côté, la Camerata Academica Salzburg bénéficie d'un son très homogène rehaussé de bois fastueux. Le travail sur le continuo est tout simplement grand avec en prime une surprise, un synthétiseur que Jürg Kienberger utilise pour le bruitage de la scène, sans pour autant dédaigner des ustensiles plus traditionnels comme cette bouteille de verre dans laquelle il siffle l'accompagnement.

    Très sollicité par la mise en scène, le plateau n'appelle pas exactement les mêmes éloges. Christiane Oelze est une Suzanne moyenne, à la voix trop petite et aux aigreurs désagréables, souvent noyée dans les ensembles, malgré un Deh vieni non tardar d'une rare beauté. Lorenzo Regazzo est un Figaro honorable mais dont le timbre reste un rien mat. Grande voix souple et homogène, l'Almaviva de Peter Mattei, qui n'est pas sans rappeler celui d'un Fischer-Dieskau, est tout de classe.

    Comtesse en mal de justesse et Chérubin introverti

    Angela Denoke est sans doute la plus belle voix du plateau : pleine, au superbe vibrato, aux teintes automnales. Seulement, la justesse est souvent douteuse ? un Porgi amor intoné constamment trop haut ? et l'émission en arrière, même si les intentions témoignent d'un réel sens de la ligne. Christine Schäfer, quant à elle, campe un Chérubin peu ordinaire : indolent, introverti, en demi-teinte, à l'opposé des amoureux éperdus. Un peu juste quant à la projection dans Non so più, elle reçoit une ovation méritée pour les ineffables pianissimi de son Voi che sapete.

    Cassandre Berthon laisse indifférent pour sa Barberine quelconque alors que le Bartolo de Roland Bracht et la Marcelline d'Helene Schneiderman n'accusent en rien leur âge respectif ; et quels acteurs ! Seule paille de la distribution : le Basilio au timbre ingrat, à l'émission poussive et aux aigus éclatés de Guy Renard.

    Reste qu'il fallait plus d'un mauvais noceur pour entamer la réussite d'un projet dont la cohérence et l'humour balaient toutes les faiblesses individuelles. Mais outre le public, on imagine que celui qui se sentit le plus à la noce fut Gerard Mortier, qui aura au moins réussi une belle sortie.




    Kleines Festspielhaus, Salzburg
    Le 13/08/2001
    Yannick MILLON

    Nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart mise en scène par Christoph Marthaler et sous la direction de Sylvain Cambreling au festival de Salzbourg.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, opera buffa en quatre actes, K. 492
    Livret de Lorenzo Da Ponte, d'après Beaumarchais

    Association de concert du Choeur de l'Opéra de Vienne
    Camerata Academica Salzburg
    direction : Sylvain Cambreling
    dontinuo : Jürg Kienberger
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors et costumes : Anna Viebrock
    éclairages : Olaf Winter

    Avec :
    Peter Mattei (le Comte Almaviva), Angela Denoke (la Comtesse Almaviva), Christiane Oelze (Susanna), Lorenzo Regazzo (Figaro), Christine Schäfer (Cherubino), Helene Schneiderman (Marcellina), Roland Bracht (Bartolo), Guy Renard (Basilio), Eberhard Francesco Lorenz (Don Curzio), Cassandre Berthon (Barbarina), Frédéric Caton (Antonio), Hannelore Auer, Karen Schubert (deux paysannes).

     



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