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CRITIQUES DE CONCERTS 20 juillet 2018

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Martin Kusej et sous la direction de Nikolaus Harnoncourt au festival de Salzbourg 2002.

Salzbourg 2002 (2):
Une scène de petite tenue

© Hans Jörg Michel

Une nouvelle ère s'est ouverte pour le festival de Salzbourg, avec son nouveau directeur Peter Ruzicka. Le public pensait être débarrassé de la provocation façon Mortier. Il n'a pas dû être déçu avec la première production de cette année, le très controversé Don Giovanni de Mozart dirigé par Harnoncourt et mis en scène par Martin Kusej.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 16/08/2002
Yannick MILLON
 



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  • Passons rapidement sur la mise en scène, vide mental effrayant dont n'émerge aucune idée. Citons pour l'oublier aussitôt la banalité affligeante du décor, un carrousel blanc façon Tournez Manège qui finit par donner la nausée. Les personnages entrent, sortent, font du bruit, tournent avec le carrousel, c'est tout. La mise en scène se veut provocante, elle ne l'est qu'au lever du rideau : une pub pour la marque de sous-vêtements Palmers montre des jeunes femmes fesses à l'air.

    Le public salzbourgeois d'ordinaire réfractaire à toute modernité n'est même pas choqué, il rit ! On remarque des femmes en soutien-gorge et slip blancs dans les moments importants de l'intrigue. Dans la scène du cimetière, on les retrouve, mais visage et corps ravagés, façon scène de la baignoire dans Shining. À la fin, on nous les ressert, mais court-vêtues de noir. Comble de trahison, c'est Leporello qui achève son maître au couteau. Ce n'est même pas choquant, c'est purement gratuit et digne d'une série américaine pour ados attardés.

    Quant aux éclairages, on aura rarement vu travail aussi inepte, avec ces lumières blanches saturées, ces néons cliniques, ces changements brusques et maladroits, ces spots aveuglants sciemment dirigés sur le public pendant dix minutes. On ne peut que s'inquiéter devant un tel néant scénique, surtout quand on songe que Kusej est déjà programmé en 2003 et 2005 pour La Clémence de Titus et les Noces de Figaro, toujours avec Harnoncourt, et qu'il accompagnera aussi le retour de Boulez à Bayreuth pour Parsifal en 2004.

    Lenteur analytique

    Fort heureusement, la scène n'est pas tout. La lenteur des tempi d'Harnoncourt avait déclenché l'ire des puristes à la première. Depuis, le chef autrichien a revu sa gestion du temps mozartien, notamment dans Mi tradì, encore lent mais moins exagérément étiré.

    On peut certes détester cette lecture ultra analytique, le fourmillement de détails dans l'accompagnement des airs, les contrastes très marqués dans les nuances, mais tout sonne ici avec la plus grande finesse - Batti, batti o bel Masetto, avec le superbe violoncelle solo de Franz Bartholomey, Dalla sua pace suspendu et kaum hörbar - avec un réel sens de l'équilibre, sans pour autant dénigrer quelques chocs orchestraux.

    Ainsi de la mort de Don Giovanni, immense crescendo dramatique avec une âpreté, une intensité qui sautent à la gorge. L'entrée fracassante du Commandeur, les szforzandi qui lacèrent comme des coups de couteau, l'urgence imprimée aux derniers instants très jugement dernier du héros s'avèrent un grand moment de théâtre musical.


    Kapellmeister Harnoncourt ?

    Harnoncourt étonne beaucoup : sa souplesse rythmique - important rubato - sa capacité à sculpter le son de l'orchestre - qui sonne divinement - n'étaient il y a encore peu de temps pas sa marque de fabrique. Restent les récitatifs, insipides et vides - le clavecin et le violoncelle plantent un clou par-ci par-là - car beaucoup trop distendus et truffés de silences inutiles.

    D'aucuns ont pu voir dans ces caractéristiques un retour à la tradition dont s'était toujours démarqué le trublion Harnoncourt. Il n'en est rien. Exception faite des tempi dignes d'un Kapellmeister, les recherches du chef autrichien qui fait un sort à chaque phrasé, certains tics - articulations atypiques, notes blanches sur certaines tenues expressives ou inquiétantes, sonorité orchestrale jamais chargée - n'ont rien d'un chef traditionnel comme Furtwängler ou Mitropoulos, qui avaient dirigé ici-même Don Giovanni dans les années cinquante.

    Certes peu spontané, ce Mozart comporte des beautés rarement entendues ailleurs et un réel travail imaginatif, un questionnement témoin d'une démarche intelligente. Un tel raffinement peut ne pas plaire, mais on y trouve un degré d'achèvement rare dans d'autres approches beaucoup moins risquées. L'ensemble est digne d'éloges, surtout avec pareille distribution vocale.

    Excellente distribution sans rôle-titre

    Seule faille dans le plateau, le rôle-titre. Thomas Hampson y déçoit beaucoup, comme dans son Liederabend Mahler du 14 août. Les ?illades de la nouvelle coqueluche de Salzbourg sont tout simplement fatigantes. Le baryton américain, cultivé, intelligent, se prend pour un nouveau Fischer-Dieskau, qu'il singe très mal. Il manque l'essentiel à ce DFD au rabais : la voix.

    Cette dernière est médiocre avec son grave inexistant, son médium éteint et un aigu certes intéressant mais presque systématiquement remplacé par un cri. Ildebrando D'Arcangelo, excellent Leporello, a le double de prestance de son maître, et un timbre bien plus charnu et présent, tout comme Melanie Diener, somptueuse Elvira.

    Michael Schade est l'un des plus impeccables Don Ottavio qu'on ait entendus, avec sa demi-teinte sublime, sa fine musicalité et sa voix radieuse, fruit d'une technique d'une rare santé. Anna Netrebko, Donna Anna au fort tempérament, tient avec aisance un rôle des plus exigeants. La voix est jeune, corsée, avec un médium parfaitement assuré et des aigus d'une facilité déconcertante.

    De même, la Zerlina de Magdalena Kozena, tendre, juvénile, captive dès qu'elle ouvre la bouche. Le Masetto de Luca Pisaroni, beau gosse, un rien beauf, a plus de charme que celui qui veut lui piquer sa femme ; et la voix est belle, tout simplement. Enfin, cerise sur le cadeau, le Commandeur de Kurt Moll, 64 ans, avec son timbre incroyablement sombre, sa projection de wagnérien et sa technique qui semble défier les ans.

    Au final, ce Don Giovanni aurait fait une bien belle version de concert sans cette mise en scène décidément de bien petite tenue.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 16/08/2002
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Martin Kusej et sous la direction de Nikolaus Harnoncourt au festival de Salzbourg 2002.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791
    Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte
    Association de Concert du Choeur de l'Opéra de Vienne
    Orchestre du Mozarteum de Salzbourg (scène)
    Orchestre Philharmonique de Vienne
    direction : Nikolaus Harnoncourt
    mise en scène : Martin Kusej
    décors : Martin Zehetgruber
    costumes : Heide Kastler
    éclairages : Reinhard Traub
    préparation du choeur : Rupert Huber


    Avec : Thomas Hampson (Don Giovanni), Ildebrando D'Arcangelo (Leporello), Melanie Diener (Donna Elvira), Anna Netrebko (Donna Anna), Michael Schade (Don Ottavio), Magdalena Kozena (Zerlina), Luca Pisaroni (Masetto), Kurt Moll (le Commandeur).

     


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