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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Reprise de Lulu d'Alban Berg dans la mise en scène de Willy Decker à l'Opéra Bastille, Paris.

Révolte et désespoir
© Eric Mahoudeau

David Kuebler (Alwa) et Marisol Montalvo (Lulu).

Décidément, Alban Berg est royalement servi par les productions françaises ces temps-ci. Après un Wozzeck absolument exemplaire à l'Opéra de Lyon, Paris reprend la Lulu de Willy Decker à l'Opéra Bastille. Une production à la très belle scénographie et à la solide distribution, mais avec un chef inexistant, que secouera à sa manière la grande Anja Silja.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 09/11/2003
Yannick MILLON
 



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  • On a déjà dit l'importance de la mise en scène de Willy Decker, une des plus intéressantes de ces dernières années à Bastille. Le metteur en scène situe l'univers de Lulu dans une arène, avec en fond de scène des gradins où évolue un groupe d'hommes tantôt témoins, tantôt impliqués dans l'action, avec pour idée centrale le combat entre la bête sauvage et son dompteur.

    L'arène est, au fil des tableaux, le cadre privilégié de ce jeu de séduction qui est surtout un jeu de pouvoir entre Lulu, tout ensemble proie et prédateur, et ses amants successifs. On retiendra au passage de belles idées concernant le portrait de Lulu, réparti sur plusieurs toiles, mais qui reste un peu fade pour qui a connu celui, magnifique, de Mussbach à Salzbourg.

    Dans la fosse, hélas, c'est le néant. Bernhard Kontarsky semble diriger un concerto de Mozart, et ne décolle pas d'un mezzo forte ambiant. Sa direction précautionneuse, d'une grande platitude, est tellement inerte qu'on en vient à ne remarquer l'orchestre que dans les interludes, eux-mêmes d'une rare atonie ? aucune densité dans les cordes, mise en place flottante, battue indifférente. Bref, aucune tension, aucune arche, aucune arête vive.

    Petite Lulu

    Heureusement, la distribution est solide et assez homogène. Laura Aikin, qui s'est cassé un pied pendant les répétitions, est remplacée par Marisol Montalvo, récemment Lulu à Toulouse. La voix est agile et fine mais trop petite, et si les aigus sont plutôt jolis, le bas-médium et le grave sont tantôt ouverts et aigrelets, tantôt abusivement poitrinés pour passer l'orchestre. Mais la prestation reste honorable.

    Wolfgang Schöne, qui campe un Docteur Schön autoritaire et pathétique dès sa première intervention, est toujours aussi remarquable de par son timbre mordant et son ampleur dynamique. David Kuebler, l'un des grands Alwa du moment, semble légèrement moins vaillant qu'à l'accoutumée, et si le médium est parfois détimbré, les aigus sont du moins toujours présents.

    Stephen West est un Athlète répugnant à souhait, avec ses intonations caverneuses au grave développé. De même, on ne peut qu'admirer l'épaisseur que Claude Pia donne au rôle du peintre, pour une fois bien chanté. Quant à Franz Mazura, inusable Schigolch, il est un exemple de longévité, et à presque 80 ans escalade encore aisément les échelles. Le timbre, sombre et rocailleux comme il l'a toujours été, n'a guère subi les ravages du temps, et la projection est toujours exemplaire.

    Bouleversante Geschwitz

    Reste Anja Silja, exsangue en Hérodiade dans Salomé le mois dernier ? mais alors convalescente ? qui malgré d'évidents signes de délabrement vocal réussit à imposer une Geschwitz bouleversante d'humanité et d'épaisseur. Les adieux à Lulu, absolument déchirants, ont certes quelque chose de monstrueux ? vibrato à la tierce très lent, aigus stridents et énormes aussi tranchants que le couteau de Jack l'éventreur ? mais ils laissent la salle ébahie par leur puissance phénoménale, leur incommensurable désespoir, jusqu'au rétablissement, à l'instar de Chéreau, d'un Verflucht ! final enténébré dans les tréfonds de la voix parlée.

    Un moment aussi court qu'éprouvant pour les nerfs, réussissant à imprimer en trente secondes la tension que l'orchestre aurait dû distiller en trois heures, comme si la Geschwitz disait à ce moment précis autant sa révolte face à un chef inerte que sa détresse dans la mort. Devant une telle incarnation, on oublie les réserves techniques pour ne retenir que la puissance dramatique, d'un de ces instants capables de pétrifier une salle entière, et que seules les immenses voix du passé ? les Varnay, Rysanek ou Mödl ? pouvaient prodiguer à ce degré.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 09/11/2003
    Yannick MILLON

    Reprise de Lulu d'Alban Berg dans la mise en scène de Willy Decker à l'Opéra Bastille, Paris.
    Alban Berg (1885-1935)
    Lulu, opéra en un prologue et trois actes
    Livret du compositeur d'après l'Esprit de la Terre et la Boîte de Pandore de Frank Wedekind
    Orchestration du IIIe acte achevée par Friedrich Cerha

    Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Bernhard Kontarsky
    mise en scène : Willy Decker
    décors et costumes : Wolfgang Gussmann
    éclairages : Hans Toelstede

    Avec :
    Marisol Montalvo (Lulu), Anja Silja (la Comtesse Geschwitz), Wolfgang Schöne (Docteur Schön / Jack l'éventreur), David Kuebler (Alwa), Claude Pia (le Peintre / le Nègre), Franz Mazura (Schigolch), Stephen West (un dompteur / l'Athlète), Robert Wörle (le Prince / le Valet de chambre / le Marquis), Alain Marcel (le Professeur de médecine / le Professeur), Eirian James (une habilleuse de théâtre / le Lycéen / un groom), Alfred Kuhn (le Directeur de théâtre / le Banquier), Karen Wierzba (une jeune fille de quinze ans), Elizabeth Laurence (sa mère), Anna Steiger (une décoratrice), Sergei Stilmachenko (un journaliste), Yuri Kissin (un serviteur).

     



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