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CRITIQUES DE CONCERTS 26 juin 2016

Récital du pianiste Maurizio Pollini au Théâtre du Châtelet, Paris, dans le cadre de Piano****.

Jubilation cérébrale
© Universal DGG Classics

A côté de Steinway and sons, le grand piano porte une inscription dorée beaucoup plus éclatante en italique : Fabbrini. C'est le nom du facteur qui suit Maurizio Pollini dans toutes les salles du globe et qui était autrefois attaché à la carrière du fantasque Michelangeli. Un moyen pour Pollini de rejoindre son compatriote sur le terrain d'une véritable jubilation cérébrale.
 

Théâtre du Châtelet, Paris
Le 16/06/2005
Nicole DUAULT
 



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  • Le bel instrument qui trône sur la scène du Châtelet révèle dès les premières notes une sécheresse, une dureté surprenantes. Maurizio Pollini a mis à son programme trois sonates de Beethoven, la 1re et la 3e de l'opus 2 puis la 29e, dite « Hammerklavier », que rien ne relie. Chacun s'attend à ce que le pianiste illustre l'évolution de Beethoven, du classicisme de son maître Haydn au romantisme. Les premières notes n'en disent rien. Elle sont claquées, pesées, glorifiées à l'aune du créateur rugueux, violent, intrépide et révolutionnaire que l'on connaît.

    Dans la 1re sonate, Pollini hésite avant de trouver un rythme. Il chantonne puis fait chanter son instrument, mais sans le lyrisme sensible auquel notre oreille est habituée. Point de broderies, point de sérénité. Et c'est plutôt une course à l'abime que le pianiste reprend avec ardeur dans la passionnante 3e sonate dont il souligne le caractère abrupt et énérgique. Dans ses cadences, le pathétique, la virtuosité se confondent avec une rigueur qui suscite un sentiment de plénitude.

    Après une telle vélocité, une vitalité aussi affirmée, que pourra-t-on attendre de la Hammerklavier ? A l'entracte, le facteur vient ausculter et réaccorder l'instrument. Sans doute a-t-il comme Pollini senti l'étonnement de la salle face à un tel piano. Et le pianiste est sensible à ce public très parisien des concerts Piano****, dont beaucoup de cheveux ont blanchi de concert avec les siens, chaque année un peu plus depuis sa première apparition à la prestigieuse série en 1961.

    L'Italien réapparaît. Cheveu très court, calvitie apparente, longue silhouette élégantissime qui, blottie dans un habit pingouinesque, accentue son dos voûté par l'habitude de se pencher sur le clavier, il esquisse une grimace en guise de sourire. Son public lui est acquis, et pourtant, on sent bien qu'il a le trac, ce qui peut paraître déroutant après tant d'années au sommet de l'art du piano. Mais il va rencontrer un véritable triomphe avec la monumentalité impossible de LA sonate que la plupart des pianistes évitent : l'opus 106. « Voilà une sonate qui donnera de la besogne aux pianistes quand on la jouera dans cinquante ans », disait Beethoven. Presque cent quatre-vingt dix ans après sa composition en 1817-19, elle donne toujours autant de fil à retordre aux vaillants interprètes par ses dimensions colossales ? quarante-cinq minutes ?, par l'imbrication de ses thèmes, la concomitance de ses fugues, son atmosphère infernale et ses dissonances stupéfiantes.

    Pollini entraîne l'auditeur dans cette complexité avec une fougue en permanence contrôlée, et fait voguer le dernier Beethov sur des sommets d'intensité. Chaque note est autant intellectualisée que sensiblement restituée, avec toujours une prépondérance du rythme. On est subjugué, conquis. Derniers accords, un sourire, puis un silence, et enfin des tonnerres d'applaudissements. Un nouveau sourire qui apparaît, on ne sait pourquoi, un peu contrit. Après une telle éruption volcanique, on lui fera grâce d'un bis. Mais Pollini revient, et s'assoit de nouveau au piano. Le dos moins voûté, le visage détendu, l'allure plus aristocratique que jamais. Après une performance épuisante, il lui reste encore de l'énergie, de la passion. Il s'amuse alors toujours avec Beethoven à travers deux délicieuses bagatelles.

    Mais le plus étonnant dans ce récital Piano**** hors du commun, c'est que la petite marque apposée par Antonio Fabbrini sur le Steinway aura permis à Maurizio Pollini un rapprochement avec son défunt compatriote Arturo Benedetti Michelangeli, dans une fluidité, un art cérébral porté à une véritable jubilation.




    Théâtre du Châtelet, Paris
    Le 16/06/2005
    Nicole DUAULT

    Récital du pianiste Maurizio Pollini au Théâtre du Châtelet, Paris, dans le cadre de Piano****.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n° 1 en fa mineur, op. 2 n° 1
    Sonate pour piano n° 3 en ut majeur, op. 2 n° 3
    Sonate pour piano n° 29 en sib majeur op. 106, « Hammerklavier »
    Maurizio Pollini, piano

     


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