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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Turangalîla-Symphonie de Messiaen par l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Mariss Jansons au festival de Lucerne 2008.

Lucerne 2008 (3) :
Plus beau que nature

© Matthias Schrader

Une semaine après celle de Rattle et Berlin à Salzbourg, nouvelle Turangalîla, dans le cadre du festival de Lucerne 2008 avec le Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Mariss Jansons : la confirmation que cette œuvre reste problématique pour les orchestres internationaux et que trouver le ton juste dans Messiaen n’est pas donné à tout le monde.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 07/09/2008
Thomas COUBRONNE
 



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  • Si la semaine passée, Rattle nous avait déçu dans la Turangalîla-Symphonie par un rubato envahissant et une expressivité trop romantique, Jansons pécherait plutôt par un excès de mesure et de sagesse. Pour le coup, la lecture rythmique et polyphonique est limpide, les différents blocs aérés et parfaitement assis dans une battue simple et régulière, et aucune afféterie de la direction ne vient contrecarrer le primitivisme de la musique.

    Malheureusement, les cordes exquises du Concertgebouw, la percussion bridée – à l’exception de la grosse caisse et des claviers – parfois presque jusqu’au ridicule – les cymbales frappées –, les cuivres ronds et purs et le jeu trop fondu des ondes Martenot tirent la jubilation puissante de l’œuvre vers un angélisme raffiné et une douceur souriante.

    Loin de la gravité colossale de quelque idole précolombienne « terrible et fatale », le thème statue se voit ainsi à chaque apparition déclamé comme un cantique certes solennel mais gentiment chrétien par des trombones et tubas de toute rondeur ; puis ce sont des climax qui n’aboutissent que sur des tutti soyeux jamais déflagrateurs ni libérateurs, avec les ondes systématiquement en retrait, comme un violon dans la masse ; et les répétitions obsédantes, renforcées par de nouveaux groupes instrumentaux, se font à chaque fois plus légères et plus lisibles, sans la profusion et la densification de plus en plus compactes qui rendent les excès de la partition à la fois grisants et asphyxiants.

    Seule réussite de Rattle à Salzbourg, le Jardin du sommeil d’amour ne prend pas ici le temps de respirer, et son tempo cursif ne restitue pas l’atemporalité qui nous semble la clef de voûte de l’univers rythmique de Messiaen : « tous les philtres sont bus ce soir », lit-on dans les Cinq rechants, et le sablier de s’arrêter de couler. Mais la fluidité de Jansons et son souci de ne pas s’enliser l’éloignent du sens de cette seule page d’immobilité de la partition. L’apesanteur sera pour une autre fois.

    Un piano scrupuleux

    Jean-Yves Thibaudet livre un jeu pianistique soigné et scrupuleux mais un peu en mal d’imagination, heureusement énergique et enthousiaste, qui alterne avec la discrétion d’une Cynthia Millar concevant visiblement son rôle d’ondiste – à tort, à notre sens – trop uniment comme celui d’un instrument parmi l’orchestre et non d’un soliste concertant.

    C’est ainsi la couleur de l’orchestre de Messiaen qui s’en trouve banalisée, et de manière générale il nous apparaît tout au long du concert combien cette musique est tributaire des caractéristiques sonores de l’orchestre français – le fagott (voisin allemand du basson français) est bien sûr très exotique, mais aussi un certain léché des cordes, bien moins adéquat que le son clair des violons français, ou les cuivres, trop nobles et profonds.

    Peu de nos orchestres ont la splendeur du Concertgebouw, mais il faut rendre à César ce qui est à César, et il nous semble que la Turangalîla appartient décidément aux orchestres français. Il faut assumer une certaine fraîcheur, une certaine naïveté, et comprendre que cette œuvre n’est ni le Sacre du printemps ni Daphnis et Chloé : sans cela, soit par trop de suavité, soit par trop de roideur, on ne saurait que faire paraître kitsch une ferveur des plus sincères.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 07/09/2008
    Thomas COUBRONNE

    Turangalîla-Symphonie de Messiaen par l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Mariss Jansons au festival de Lucerne 2008.
    Olivier Messiaen (1908-1992)
    Turangalîla-Symphonie (1948)

    Jean-Yves Thibaudet, piano
    Cynthia Millar, ondes Martenot

    Koninklijk Concertgebouworkest Amsterdam
    direction : Mariss Jansons

     


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