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L'ACTUALITE DE LA DANSE |
05 mai 2025 |
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Spectacle des Danseurs Chorégraphes du Ballet de l’Opéra national de Paris.
Créations vérité
El Fuego de la pasiĂłn, d'Allister Madin
Le spectacle Danseurs chorégraphes du Ballet de l’Opéra de Paris attire à juste raison un nombreux public chaque saison. Dans un Amphithéâtre Bastille débordant, l’édition 2011 a permis de retrouver certaines personnalités déjà affirmées et de découvrir des talents en devenir. Dix chorégraphies dont sept créations pour un moment de danse passionnant.
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Outre l’intérêt présenté par la majorité des pièces proposées, ce programme devenu traditionnel a l’attrait de révéler sous des aspects inconnus bien des danseurs que l’on ne voit que rarement s’exprimer en soliste. Dans les ensembles du Corps de ballet, on fait comme les autres. Seul votre physique vous distingue, sauf si votre personnalité est si éclatante que même dans la foule, on ne voit que vous, ce qui est souvent le cas des futures Étoiles.
Mais qui sont en réalité ces autres artistes, globalement excellents mais, surtout pour les plus jeunes, plus anonymes ? Quelles sont leurs réflexions intimes, leurs préoccupations, leurs fantasmes, leurs rêves, bref tout ce qu’ils cherchent à exprimer par leur danse ? Une création chorégraphique, même brève, est révélatrice de tout cela. Il suffit souvent de cinq minutes pour que l’on découvre une foule d’enseignements sur ce qui pousse au fond de lui-même tel interprète à travailler et à aller en scène.
Dix danseurs chorégraphes présentent cette année leurs créations. Toutes ne sont pas abouties au même degré, mais elles font preuve d’un vrai savoir-faire, d’une volonté forte de ne pas s’en tenir à la routine des pas et des spectacles traditionnels, et d’une réelle capacité à s’exprimer autrement qu’avec ce que d’autres ont inventé. Ceux qui, toute proportion gardée, convainquent moins que les autres, s’enlisent généralement dans des intentions trop intellectuelles et abstraites.
Pas facile par exemple quand on vingt-et-un ans et qu’on est Quadrille dans la compagnie, de chorégraphier « l’introspection d’un individu… face au vertige existentiel que provoque chez lui l’impuissance à concevoir la finitude et l’infinitude ». Reconnaissons que Lydia Vareilhes s’y noie un peu sympathiquement avec le Pressentiment du vide.
Danseur expérimenté et très artiste, le Sujet Mallory Gaudion s’enlise aussi quelque peu dans un solo, Narkissos, dont il tente de manière assez improbable de définir les données par un texte pas vraiment translucide lui non plus : « Se libérer du regard des autres. Être soi, seul et sans contrainte. Fuir une altérité impossible. Des verres épars s’échappent des vapeurs alcooliques qui portent le solo vers un Eden égoïste… » Pas facile de faire passer ce message par les seules vertus de la danse. Peut-être Forsythe ou Mats Ek ? Et encore !
De même, la très estimable Myriam Kamionka a-t-elle probablement mal évalué la difficulté de traduire avec Près de toi le lien frère-sœur, avec cependant pour interprètes les excellents Mathieu et Marine Ganio. Joli à voir mais pas totalement lisible.
Avec El Fuego de la pasión en début de programme, Allister Madin parvenait en revanche à créer un climat efficace, solidement conçu et fort bien dansé par lui-même et Caroline Bance. Une rencontre en point d’interrogation dans le monde d’un très sensuel tango.
Belle réussite également du jeune Florent Melac, tout juste entré dans le Corps de ballet, avec Melancholia Splenica, exercice de style très pur sur le mouvement pour cinq danseurs, sorte d’hymne à la mélancolie et à la mobilité des corps.
On retrouve ensuite avec un vrai plaisir l’excellent duo de Bruno Bouché Bless - ainsi soit-IL sur la transcription au piano de la Chaconne de Bach. Cette pièce forte, à la danse large, amplement développée, est dansée par Aurélien Houette et Erwan Le Roux, très engagés, très investis.
Toujours en recherche, Sébastien Bertaud présente une version complétée mais encore en devenir de Fugitif, beau travail très musical, habilement épaulé par des projections vidéo originales. Des structures claires, élaborées avec une science affirmée, de l’énergie et de beaux interprètes, en l’occurrence Laurène Lévy, Axel Ibot, Daniel Stokes et Bertaud lui-même.
De l’imagination aussi pour ce Nocturne, musique de Chopin jouée très professionnellement par le Coryphée Pierre-Arthur Artaud au piano, dansé par Juliette Hilaire et Alexandre Basse. Et comme toujours, Samuel Murez propose une pièce d’une extrême habileté, me2, sur un texte de Raymond Federman. Il y a toujours dans son travail un mélange d’humour et de technicité assez enchanteur, très efficace, bien personnel.
Pour finir, Béatrice Martel, qui vient d’être nommée assistante maître de ballet de la compagnie, avait préparé un joyeux divertissement au second degré pour neuf danseurs, Ça tourne à l’amphi…, dont l’Étoile Isabelle Ciaravola, dans un rôle irrésistible de superstar très attendue et peu présente.
Nouveau maître de ballet sur le poste de Laurent Hilaire qui va succéder à Patrice Bart en avril comme maître de ballet associé à la direction de la danse, Lionel Delanoé joue les producteurs de cinéma plus vrai que nature, avec son habituelle intelligence. Un point final en clin d’œil pour une soirée très révélatrice des richesses individuelles de cette étincelante collectivité qu’est le Ballet de l’Opéra.
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Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, Paris Le 19/01/2011 Gérard MANNONI |
 | Spectacle des Danseurs Chorégraphes du Ballet de l’Opéra national de Paris. | El Fuego de la pasión
chorégraphie : Allister Madin
Melancholia Splenica
chorégraphie : Florent Melac
Le Pressentiment du vide
chorégraphie : Lydie Vareilhes
Bless – ainsi soit-IL
chorégraphie : Bruno Bouché
Fugitif
chorégraphie : Sébastien Bertaud
Nocturne
chorégraphie : Nans Pierson
Près de toi
chorégraphie : Myriam Kamionka
Me2
chorégraphie : Samuel Murez
Narkissos
chorégraphie : Mallory Gaudion
Ça tourne à l’amphi…
chorégraphie : Béatrice Martel |  |
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