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L'ACTUALITE DE LA DANSE 01 juin 2020

Nefés, de Pina Bausch, au Théâtre de la Ville, Paris.

Pina Bausch fait escale à Istanbul
© Laurent Philippe

Après Palerme, Lisbonne, Budapest, Hong-Kong, c'est par Istanbul que Pina Bausch est passée. Souvenirs de voyage ? Si l'on veut, mais surtout une envoûtante confrontation entre réalité, sensibilité et langage chorégraphique. De la danse dont on cherche à garder longtemps en soi les échos.
 

Théâtre de la Ville, Paris
Le 22/06/2004
Gérard MANNONI
 



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  • Il faut sans doute connaître Istanbul pour comprendre à quel point Pina Bausch a saisi ce qu'il y a de plus essentiel et de plus original dans l'âme de cette ville, emblème d'une certaine Turquie. Istanbul ne ressemble à aucune autre métropole, ni d'Europe, ni du Moyen Orient, ni de nulle part ailleurs. Dans un chaos de structures culturelles et architecturales antiques, anciennes et contemporaines, dans un tumulte de piétons omniprésents et de véhicules à moteur de toutes tailles et de toutes formes, dans une lumière crue ou absente selon les lieux, dans les odeurs grisantes des souks ou rebutantes des grandes artères polluées par les voitures et les camions, dans la violence des disputes de rue ou la moite quiétude des hammams, la vie y a mille aspects, mille visages. Et c'est tout cela, passé au crible de sa sensibilité et traduite dans le langage scénique et chorégraphique qui lui est propre, que Pina Bausch nous fait partager pendant deux heures trente de spectacle

    Plus courte mais plus austère que la deuxième, la première partie comporte essentiellement des solos et quelques scènes parlées du plus style Pina. Musique orientalisante, gestuelle et costumes à l'occidentale, le propos se déroule calmement, du hammam à l'expression plus purement chorégraphique de rapports humains qui peuvent être tendus ou au contraire chaleureux. La danse est somptueuse par la fluidité et l'invention du mouvement, la magie d'une gestuelle et de déplacement tellement rigoureux dans leur liberté. On danse de plus en plus dans les pièces de Pina Bausch, ce qui ne va sûrement pas plaire aux tenants d'une danse, surtout française d'ailleurs, de plus en plus intellectuelle, de moins en moins physique et qui passe plus de temps à se regarder le nombril qu'à le faire bouger.

    © Laurent Philippe

    Peu de mots, peu de gags, et plus on avance dans la deuxième partie, plus les ensembles se multiplient, se structurent, se diversifient. Il y a peu de grands effets, hormis ces deux ou trois projections vidéo de la circulation à Istanbul impressionnantes dans la perfection de leur réalisation. On reste plutôt dans l'intimité, jusqu'à cette extraordinaire double chaîne de tous les danseurs au sol, garçons à l'avant scène, filles au lointain, qui rappellent certains passages magiques de Nelken par exemple. Et puis, il y a cette indispensable présence de l'eau, sous la forme d'une flaque miraculeusement maintenue circulaire, à la fois vivante et figée. On la traverse à l'occasion, mais rarement. L'eau est un élément fondamental à Istanbul.

    Il n'y a jamais rien eu de directement figuratif ni de narratif. Tout a été allusion, commentaires et regard distanciés, et pourtant, une fois encore, nous avons beaucoup appris sur l'âme de cette ville et sur la manière dont la sensibilité de Pina Bausch et de ses danseurs pouvaient la ressentir. La compagnie est comme toujours étonnante, composée de personnalités très diverses à tous égards, mais toutes extrêmement talentueuses. Bien sûr, le propos va bien au-delà d'une simple évocation. Il touche au plus profond des relations humaines, de leurs difficultés et de leurs joies, que ce soit dans l'épanouissement spontané des corps ou dans les contraintes imposées. Il se conclut sur une note pleine d'espoir, tellement moins pessimiste que tant d'autres pièces de la chorégraphe et laisse le souvenir de moments multiples de très belle danse dont on cherche à garder longtemps en soi les échos.




    Théâtre de la Ville, Paris
    Le 22/06/2004
    Gérard MANNONI

    Nefés, de Pina Bausch, au Théâtre de la Ville, Paris.
    Nefés
    mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch
    décor et vidéo : Peter Pabst
    costumes : Marion Cito
    collaboration musicale : Matthias Burkert, Andreas Eisenschneider
    Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal.

     


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