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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

Premières distributions de La Sylphide au Palais Garnier, Paris.

La Sylphide (1) : Romantisme bien vivant
© Icare

Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio.

Comme pour la récente série de Don Quichotte, cette reprise de la version Lacotte de La Sylphide a montré une compagnie en plein dynamisme dont la nouvelle génération s'approprie le répertoire avec autant d'enthousiasme que de talent. Premières distributions pour les représentations des 28 juin, 30 juin et 1er juillet.
 

Palais Garnier, Paris
Le 01/07/2004
Gérard MANNONI
 



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  • On aura rarement vu autant de prises de rôles pour un ballet de répertoire que pour cette Sylphide qui termine la saison chorégraphique de l'Opéra de Paris. C'est une réponse magistrale à tous ceux qui considèrent cette compagnie comme une sorte de musée. Remonté sous l'œil de Pierre Lacotte, le ballet, dont pas un pas n'a été changé, paraît revivre d'une vie différente chaque soir grâce à la personnalité de ceux qui s'y lancent pour la première fois ou qui s'y montrent sous un jour renouvelé. Nous sommes ici en plein spectacle vivant, à l'opposé de toute momification, alors que l'on voit chaque jour de prétendues créations mortes ou mortifères dès leur naissance.

    28 juin : Matthieu Ganio, un titre mérité

    Appelé à remplacer Manuel Legris blessé, Mathieu Ganio eut les honneurs d'une Aurélie Dupont comme partenaire pour étrenner son titre d'étoile tout neuf et le justifier sous l'œil critique, voire goguenard, de plus d'un collègue. Autant pour eux. Avec ses jambes de poulain échappé, ses bras aux proportions parfaites, sa haute taille, la beauté encore non sophistiquée de ses traits, Mathieu Ganio a dansé non seulement en authentique étoile, mais a bien confirmé que morphologiquement et techniquement, il a un potentiel qui rappelle celui d'une Sylvie Guillem au même âge. Le saut est puissant sans la moindre lourdeur, les pirouettes parfaites, le jeu de bas de jambes d'une vivacité sans faille. Alors que lui manque-t-il ? On l'aura deviné : la pratique du grand répertoire pour mieux mettre en valeur ces exceptionnelles qualités, mieux bénéficier de son élégance naturelle.

    Il saura vite utiliser son visage autrement qu'avec les deux ou trois expressions dont il le pare actuellement et se départira de ce large sourire trop souvent fixé sur ses lèvres. Il parviendra aussi sans peine à donner une dimension encore plus théâtrale et personnelle aux pas qu'il exécute à la perfection, comme l'ont fait avant lui sur cette même scène Manuel Legris, José Martinez ou Laurent Hilaire par exemple. Cela ne vient pas en un jour.

    Aurélie Dupont, la classe de l'école française

    D'ailleurs, Aurélie Dupont a montré exactement le chemin à suivre. Prise de rôle pour elle aussi, certes, mais prise de rôle par une grande étoile qui a déjà quasiment tout dansé, du plus classique au plus contemporain, de Petipa à Pina Bausch. Une vraie leçon en la matière, où comment être la plus belle pour aller danser dans les bois, comme si toutes ces petites batteries, ces jetés, ces arabesques, étaient un jeu normal pour toute jeune fille, une distraction anecdotique, l'essentiel restant de capter par toutes les roueries possible l'attention et l'amour du beau James. Aurélie Dupont, comme toujours, c'est l'élégance l'esprit, la vivacité, bref la classe de l'école française dans ce qu'elle a de plus personnel et de plus intelligent.

    30 juin : Delphine Moussin et Benjamin Pech

    Delphine Moussin et Benjamin Pech  © Icare

    La plupart de ces qualités se retrouvent aussi chez la première danseuse Delphine Moussin, se lançant pour la première fois dans l'aventure deux jours plus tard. Beauté, finesse, rapidité, technique de pieds étourdissante, expérience des grands rôles, Moussin serait étoile dans n'importe quelle grande compagnie internationale. Ici, apparemment, on n'y a pas encore songé. Tout comme pour son partenaire Benjamin Pech, qui a lui aussi toit dansé au plus niveau et qui reprend le rôle de James avec autant d'éclat et d'assurance que de sens du théâtre. Pech est par nature un romantique et il excelle dans ces personnages tour à tour amoureux frivoles et désespérés, comme on l'a vu aussi dans Giselle. Et sa technique est d'une très belle rigueur. Entre eux deux se glissait la ravissante Effie de Dorothée Gilbert. Cette jeune ballerine qui nous a tant étonnés dans Don Quichotte affirme à nouveau ici une personnalité de tout premier plan. Belle, brillante, elle sait donner une signification à chaque pas, à chaque geste et fait de ce personnage qui peut être assez fade une héroïne de premier plan.

    1er juillet : Isabelle Ciaravola

    Et puis, le troisième soir, il y eut Isabelle Ciaravola. Avec Mathieu Ganio pour partenaire, la nouvelle première danseuse dont on connaissait déjà la beauté absolument romantique, les jolis pieds et la vivacité, a fasciné par la subtilité de son jeu dramatique. S‘appuyant elle aussi sur une technique sans faiblesse, elle compose un personnage mutin, malicieux, têtu, irrésistible en toute pudeur, quintessence de cette séduction féminine romantique que les grands romanciers comme Balzac ou Stendhal ont si bien décrite. Il lui suffit d'un regard coulissé pour que l'on comprenne James et que l'on sache aussi à quel point elle est consciente de la domination qu'elle exerce sur lui et en jouant avec autant d'inconscience que de volonté.

    Le corps de ballet dans son ensemble a accompagné tous ces danseurs d'exception avec sa foi habituel. Et l'on gardera aussi le souvenir de la sorcière incroyable campée par Jean-Marie Didière. Artiste comme pas deux, Didière confère à tous ces rôles de caractère qu'il aborde une dimension dont lui seul connaît les clés actuellement, même si un Richard Wilk ne démérite nullement dans le même rôle. Mais Didière a ce petit plus indéfinissable qu'eut en son temps Georges Piletta dans le même type d'emplois.

    D'autres distributions sont encore à venir. Il en sera donc question bientôt sur Altamusica.




    Palais Garnier, Paris
    Le 01/07/2004
    Gérard MANNONI

    Premières distributions de La Sylphide au Palais Garnier, Paris.
    La Sylphide
    Ballet en deux actes d'après Philippe Taglioni
    adaptation et chorégraphie : Pierre Lacotte
    musique : Jean-Madeleine Schneitzhoeffer

    Avec les étoiles, les premiers danseurs et le corps de ballet du Théâtre national de l'Opéra de Paris.

     


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