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L'ACTUALITE DE LA DANSE 01 juin 2020

Troisième programme Nacho Duato au Théâtre du Châtelet, Paris.

Nacho Duato (2) :
montée en puissance

© Fernando Marcos

Le très militant Herrumbre.

Le troisième programme de la Compania Nacional de Danza a révélé, avec la création en France de Herrumbre, mais aussi avec Txalaparta, un Nacho Duato d'une force expressive et d'une violence inconnues chez lui jusqu'alors. Une véritable montée en puissance pour le chorégraphe espagnol.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 18/03/2005
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Autant la première des deux pièces inscrites Ă  ce troisième programme se situe dans la logique de ce que l'on connaĂ®t de l'art de Nacho Duato, autant la seconde surprend par sa force et sa violence.

    Txalaparta

    Txalaparta, en dĂ©but de soirĂ©e, est une très belle dĂ©monstration stylistique inspirĂ©e par l'instrument du mĂŞme nom. Le programme nous explique en effet qu'il s'agit d'un « instrument Ă  percussion du Pays basque espagnol formĂ© d'une ou deux planches de bois placĂ©es sur deux supports recouverts d'un matĂ©riau isolant. Le bois vibre lentement lorsque deux personnes, les Txalapataris, le frappent Ă  l'aide d'un bâton. Ainsi naĂ®t un son merveilleux et unique qui vient des cĂ©rĂ©monies de fabrication du cidre reproduisant les gestes par lesquels on extrayait le jus de pomme Â».

    © D.R.

    Cela a inspiré au chorégraphe une magnifique suite de duos et d'ensembles, structurés avec une imagination très poétique, mis en valeur comme toujours par des éclairages sophistiqués. Sans violence mais dans une sorte de jubilation énergique, les magnifiques danseurs de la compagnie apparaissent une fois encore tout à tour fragiles comme de fins insectes ou athlétiques comme de sensuelles créatures proches de la nature. C'est tout simplement très beau.

    Herrumbre

    Avec Herrumbre, qui signifie rouille, Nacho Duato aborde un thème infiniment plus profond et dramatique, celui de la torture, de la souffrance de tous ceux qui sont dĂ©tenus et maltraitĂ©s de par le monde, de cette « horreur quotidienne Â» que nous rapportent les mĂ©dias et qui est inacceptable. Duato ne nous a guère habituĂ©s aux pamphlets. Celui-ci est d'une violence exceptionnelle, que seules la perfection de la forme, sa rigueur, son dĂ©pouillement et l'impact d'une interprĂ©tation somptueuse rendent supportables. La musique agresse le plus souvent l'oreille de grincements douloureux mais tellement en circonstance qu'ils sont indissociables de ce que l'on voit, du message incontournable de l'oeuvre.

    Tout l'art de Nacho Duato est de nous bouleverser en profondeur sans céder au réalisme. Tout passe par les moyens de l'art chorégraphique, ce qui est infiniment plus difficile à réussir que la production d'images crues et choc, mais tellement plus efficace pour toucher réellement notre sensibilité. C'est encore plus violent que le N de Prelojocaj qui se situait dans la même ligne de pensée, et l'on sent que le chorégraphe s'est ici livré comme il ne l'avait encore jamais fait, avec une passion tout espagnole, dans la lignée des Goya ou des Picasso. Les danseurs sont admirables en tous domaines, et l'on sort de cette vision de l'enfer que nous côtoyons et tolérons avec la conscience en berne et en lambeaux.






    Irina Milovan : cinquante ans de carrière

    Elle fut pendant dix ans maître de ballet de la Compania Nacional de Danza. La ballerine croate Irina Milovan, aujourd'hui free lance, fêtait ses cinquante ans de carrière à l'occasion de la création en France de Herrumbre.

    Une belle carrière de danseuse, commencée à l'Opéra de Zagreb et continuée ensuite chez Bériozoff à Stuttgart d'abord, au Chili pendant sept ans ensuite, avant de rejoindre à nouveau Bériozoff, mais cette fois à Zurich. Un passage à Bonn et l'âge de la retraite des danseuses arrivant, c'est auprès de Milko Speremblek au Ballet de l'Opéra de Lyon qu'Irina commence sa carrière de maître de ballet. Elle y passe dix ans, monte ensuite au Nederlands Ballet où elle travaille cinq ans avec Jiri Kylian, venu spécialement l'autre soir à Paris pour fêter cet anniversaire. C'est là qu'elle connaît Nacho Duato qui l'emmène avec lui lorsqu'il prend la direction de la Compania nacional de Danza où elle passe une nouvelle décennie.

    Aujourd'hui, ayant repris sa liberté, elle collabore aussi bien avec le Ballet Cullberg qu'avec William Forsythe à Francfort, toujours passionnée par le cours quotidien qu'elle donne et qui est la nourriture indispensable des danseurs. Aussi motivée et dynamique qu'à ses débuts, l'esprit ouvert sur les plus classiques autant que sur le plus contemporains, Irina Milovan est de ceux qui font vivre la danse par leur présence discrète au sein des compagnies. Si elle vit aujourd'hui en Espagne, elle est un peu citoyenne du monde.

    A cĂ´toyer les plus grands dans le travail, elle a acquis une expĂ©rience unique dont elle fait bĂ©nĂ©ficier les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Elle ne dit du mal de personne, mais garde quand mĂŞme une affection très particulière et très profonde pour Jiri Kylian et Nacho Duato, « deux très belles âmes Â», dit-elle. Tous deux Ă  ses cĂ´tĂ©s pour fĂŞter ce demi-siècle au service de la danse, il est Ă©vident qu'ils le lui rendent bien.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 18/03/2005
    GĂ©rard MANNONI

    Troisième programme Nacho Duato au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Txalaparta
    Herrumbre
    Chorégraphies de Nacho Duato
    Avec les danseurs de la Compania Nacional de Danza

     


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