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L'ACTUALITE DE LA DANSE 03 juin 2020

Caligula de Nicolas Le Riche à l'Opéra de Paris.

Demi-réussite pour Caligula
© Anne Deniau

Avec ce premier ballet d'une soirée, l'étoile Nicolas Le Riche faisait un pari risqué, qu'il a seulement à moitié gagné. Des qualités incontestables dans ce Caligula, un travail très professionnel et de magnifiques moments de danse, mais aussi des faiblesses, que ce soit une certaine hétérogénéité stylistique, ou une absence de construction d'ensemble.
 

Palais Garnier, Paris
Le 21/10/2005
GĂ©rard MANNONI
 



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  • SĂ©duit par le personnage de cet empereur fou au règne très bref, Nicolas Le Riche et le comĂ©dien Guillaume Gallienne, auteur de la dramaturgie, ont voulu sortir des sentiers battus. C'est, dans une approche intĂ©ressante et intelligente, un Caligula aimant la poĂ©sie, le spectacle, s'Ă©vadant dans le rĂŞve, qu'ils ont choisi de peindre, et pas seulement le tyran sanguinaire et dĂ©bauchĂ©. Pourtant, traduire cela par les moyens de la danse, mĂŞme avec l'aide des Quatre saisons de Vivaldi et d'excellents intermèdes Ă©lectroacoustiques de Louis Dandrel, posait des problèmes que le chorĂ©graphe quasi dĂ©butant n'a pas su tous rĂ©soudre.

    Il a d'abord du mal à trouver une homogénéité stylistique qui correspondrait à cette règle des trois unités qu'il pratique, en référence à la tragédie classique. Pourquoi, d'ailleurs, ne pas rassembler en une journée, la dernière de sa vie, tout ce qui fit l'empereur en si peu d'années de règne ? Malheureusement, le chorégraphe se cherche encore trop pour trouver une fusion nécessaire entre des tendances nettement contemporaines héritées aussi bien d'un néo-expressionnisme proche du théâtre et du mime que du néo-classicisme, et un langage purement classique dans la tradition maison. Il est d'ailleurs bien meilleur dans ce dernier mode d'expression, brossant plusieurs beaux pas de deux, notamment ceux de Caligula avec la Lune, cette dernière superbement dansée par Clairemarie Osta.

    © Anne Deniau

    Il y a d'autres moments forts, comme les interventions poétiques de l'acteur Mnester, sortes de parenthèses qui rappellent, sur la musique électroacoustique, les passages au ralenti du monde des fées dans le Songe d'une nuit d'été de Neumeier sur la musique de Ligeti qui alternaient aussi avec de la musique instrumentale accompagnant l'anecdote du monde des humains. Grâce à la gestuelle inventée, grâce aussi au rayonnement miraculeux d'un Laurent Hilaire exceptionnel à tous égards, ce sont des moments magiques. Wilfried Romoli est excellent aussi dans le difficile personnage de Chaera, à la fois victime et assassin, à la chorégraphie malheureusement trop sommairement dessinée.

    La scénographie de Daniel Jeanneteau est efficace, avec sobriété les lumières de Dominique Brugière comme toujours magnifiques, et les costumes d'Olivier Bériot généralement adéquats. Alors, d'où vient cette impression de demi-réussite ? Outre le manque d'homogénéité de la chorégraphie, on ressent un problème de construction générale, les scènes s'enchaînant sans vrai moteur dynamique menant le propos des créateurs. Elles apparaissent plutôt comme des séquences, plus ou moins réussies, mais coupées les unes des autres, d'autant que le personnage principal n'arrive pas à prendre corps.

    Absence de fil rouge

    Chorégraphie trop répétitive et mal définie elle aussi ? Interventions trop brèves et pas assez nombreuses ? Il n'apparaît jamais comme l'élément central de l'oeuvre, comme son fil rouge, mais plutôt comme un invité épisodique dans une histoire qui ne le concerne que de loin. C'est certainement le défaut principal de ce travail par ailleurs mené avec un vrai professionnalisme quant au travail lui-même. Très athlétique, Jérémie Bélingard fait de son mieux pour donner corps à un Caligula qui demeure hélas bien moins présent ne serait-ce que son cheval, Incitatus, brève séquence pourtant, mais dansée par Gil Isoart de manière miraculeuse.

    Nicolas Le Riche n'a sans doute pas bien su trouver son chemin entre un ballet franchement narratif à la Roland Petit et un ballet franchement plus abstrait comme certains Mats Ek. De la belle danse, il y en a cependant, et le public de la première n'a pas ménagé ses applaudissements, voire ses acclamations. C'est un signe. Pour garder son ballet au répertoire, Le Riche pourra certainement le remanier, fort de cette expérience unique qu'est le passage d'un spectacle devant le public, car c'est là qu'apparaissent les forces et les faiblesses, beaucoup mieux qu'au cours des répétitions. Nous manquons terriblement de chorégraphes ayant le désir de s'attaquer à de tels thèmes dans un langage de Oui Danse. Le Riche doit tirer les conclusions de ce travail et trouver les idées lui donnant un second souffle.




    Palais Garnier, Paris
    Le 21/10/2005
    GĂ©rard MANNONI

    Caligula de Nicolas Le Riche à l'Opéra de Paris.
    Caligula
    Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Maxime Tholance
    chorégraphie : Nicolas Le Riche
    dramaturgie : Guillaume Gallienne
    musique : Antonio Vivaldi
    création électroacoustique : Louis Dandrel
    scénographie : Daniel Jeanneteau
    costumes : Olivier BĂ©riot
    éclairages : Dominique Brugière

    Avec :
    Jérémie Bélingard, Wilfried Romoli, Laurent Hilaire, Clairemarie Osta, Gil Isoart, Géraldine Wiart et le corps de ballet de l'Opéra national de Paris.

     



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