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L'ACTUALITE DE LA DANSE 06 juin 2020

Hommage à Serge Lifar–Thierry Malandain à l'Opéra de Paris.

Lifar il a marqué !
© SĂ©bastien MathĂ©

Nolwenn Daniel

Sublime éphèbe des Ballets russes, précurseur du style néo-classique à l'Opéra de Paris, Serge Lifar est une figure à la fois mythique et oubliée de l'histoire. Le dernier hommage au chorégraphe datait de 1990 à Garnier ; et voilà que Brigitte Lefèvre conçoit un programme autour de cet artiste maudit, pour beaucoup irrémédiablement démodé.
 

Palais Garnier, Paris
Le 17/10/2006
François FARGUE
 



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  • De Lifar, on sait tous deux ou trois choses : sa beautĂ© fabuleuse, ses fameuses sixième et septième positions, mais aussi ses relations opportunistes avec l'occupant, son renvoi de l'OpĂ©ra et son procès d'après-guerre. De Lifar surtout, le public ne voit presque jamais rien. Une ou deux variations, et encore


    Suite en Blanc ouvre cette soirée, crème de la crème du ballet Chantilly fouetté et refouetté jusqu'à l'onctuosité suprême. Un délice, du nanan pour balletomane, trop classique pour les allergiques aux pointes et tutus blancs. Pourtant, on observe les licences toutes lifariennes prises avec le plus pur style académique. Un épaulement mutin par-ci, un fléchissement aguicheur de la jambe par-là, des couronnes de travers, des arabesques décalées.

    Parfaitement bien dansé, la génération montante y est là comme au bal des débutant(e)s, une occasion de briller. On remarque la belle prestance de Laura Hecquet fraîchement distinguée Prix de Danse 2006 du cercle Carpeaux, mais aussi des demoiselles Ould-Braham, Fiat et Daniel pleines de promesses, brillantes mais encore un peu sages. Une demoiselle Cosette aussi, très belle Cigarette aux fouettés de folie.

    Mais dans l'ensemble, Suite marque le triomphe des étoiles. Le Riche dans Mazurka, sur-moelleux, sur-élevé, sûr de son coup. D'aucuns diront qu'il en fait des tonnes. Dans Mazurka encore, retour sur scène de Jean-Guillaume Bart, grande technique classique à laquelle il ajoute ici ce qu'il faut de ralenti félin. Du grand art ! Agnès Letestu dans Cigarette est au summum elle aussi de son art et se fait acclamer comme il se doit. Adage : Aurélie Dupond est toute poésie, émotion ; des poignets les plus subtils de la terre. Dans le même rôle, Claire-Marie Osta semble encore dans les vapeurs de camélias mais dévoile justement une belle et sémillante langueur et sait quand il le faut se faire plus vive que l'eau claire.

    L'Envol d'Icare / © Sébastien Mathé

    Suit l'Envol d'Icare, création de Thierry Malandain pour les danseurs de l'Opéra. Titre et thème sont un clin d'œil à l'Icare de Lifar et rien de plus. On peut du reste s'étonner du thème de l'envol chez un chorégraphe aussi éminemment terrien que Malandain. Au coeur de cette pièce aux palpitations primitives, un héros mi-Dédale, Icare et Thésée est tour à tour absorbé ou refoulé du groupe, une ronde pulsionnelle et entêtante ; une façon d'élu en somme mais qui trouvera le passage d'un ailleurs.

    L'envol, lui, n'aura pas lieu, juste un immense déploiement d'ailes ; somptueux. Benjamin Pech, bel et poignant élu, ne s'élèvera pas du bord d'un de ces plongeoirs superbes conçus par Alain Lagarde. Il s'allonge, ventre et cuisses plaqués à cette planche comme une chair lourde sur l'étal du boucher. C'est cette pesanteur, cette gravité sensuelle qui plait chez Malandain, les bras lourds, poings fermés, le dos rond.

    Voici un ballet simple et mystérieux à la fois, sans trucs, sans artifices, qui suit magnifiquement la partition de Schnittke, apaisante martelante lyrique, inquiétante, prodigieusement insaisissable et seyant parfaitement à ce parcours du labyrinthe. À noter la très belle interprétation de Mélanie Hurel en Ariane et le décor et les costumes étonnants d' Alain Lagarde. À voir et surtout revoir ; une pièce qui fait son chemin


    Agnès Letestu / Mirages / © Sébastien Mathé

    Clou et curiosité de la soirée enfin, avec Mirages. On dira ce que l'on voudra – que c'est une pièce de musée peut-être –, elle est parfaitement structurée, ficelée et efficace. Bien sûr, cette lune est impossible qui laisse ouverte au jeune homme sa maison. Ne le sont pas moins lesdits mirages : nuée de donzelles lie de vin et vert d'eau, femme guirlande de Noël, pages Renaissance, négrillons emplumés à la Marie-Antoinette et fou du roi zébré. Il y a c'est sûr de quoi ricaner. La belle princesse de la fin rattrape cette suite de mirages de pacotille. Isabelle Ciaravolla aux jambes toujours plus belles, aux pieds toujours plus beaux en est l'heureuse conclusion.

    Le soir de la première, Marie-Agnès Gillot est une Ombre habitée mais trop imposante et violente parfois. Nicolas Le Riche, belle bête et beau tempérament lui aussi, est la fougue de la jeunesse même. Il casse presque littéralement la baraque. On pense en le voyant à ce qu'il est dans le Jeune Homme et la Mort de Roland Petit. C'est drôle, à la fin, le décor d'intérieur aussi se soulève et laisse place à un horizon dégagé.

    Invraisemblablement précise, fulgurante, toujours nuancée, Agnès Letestu donne le frisson. Hervé Moreau continue de se révéler comme un des danseurs les plus passionnants de sa génération. Technique splendide et jeu d'une authenticité et d'un naturel rafraîchissants. Les deux réunis pour le duo final au milieu des champs et des paysans restera un des grands moments de l'histoire de ce théâtre.




    Palais Garnier, Paris
    Le 17/10/2006
    François FARGUE

    Hommage à Serge Lifar–Thierry Malandain à l'Opéra de Paris.
    Suite en blanc
    musique : Édouard Lalo (extraits de Namouna)
    chorégraphie : Serge Lifar (1943)

    L'envol d'Icare
    Création
    musique : Alfred Schnittke
    chorégraphie : Thierry Malandain
    décors et costumes : Alain Lagarde
    éclairages : Jean-Claude Asquié

    Les Mirages, féerie chorégraphique en un acte
    livret : Cassandre et Serge Lifar
    musique : Henri Sauguet
    chorégraphie : Serge Lifar (1947)
    décors et costumes : Cassandre

    Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Vello Pähn

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l'Opéra national de Paris.

     


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