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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

AndréAuria d'Edouard Lock, White Darkness de Nacho Duato et Amoveo de Benjamin Millepied à l'Opéra de Paris.

Retour vers le futur
© Anne Deniau

Marie-Agnès Gillot, dans White Darkness de Nacho Duato.

Une reprise, une entrée au répertoire et une création mondiale de Benjamin Millepied : c'est avec ce type de programme tout contemporain que le Ballet de l'Opéra de Paris affirme plus que jamais sa nouvelle personnalité et son ouverture toujours renouvelée. Une soirée en contrastes, superbement dansée.
 

Palais Garnier, Paris
Le 10/11/2006
Gérard MANNONI
 



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  • Programme tr√®s structur√© pour cette soir√©e contemporaine o√Ļ le Ballet de l'Op√©ra √©blouit une fois de plus par la capacit√© de ses danseurs √† s'adapter √† tous les styles au plus haut niveau. Andr√©Auria d'Edouard Lock, belle pi√®ce rigoureuse et assez aust√®re, m√©ritait pleinement d'√™tre reprise. Elle avait √©t√© cr√©√©e ici-m√™me en novembre 2002 et n'a rien perdu de son impact ni de son int√©r√™t. La puret√© des lignes, la v√©locit√© des corps mise en valeur par de tr√®s savants √©clairages, la pr√©cision de la r√©partition de figures qui occupent le plateau plus par groupes isol√©s que par vastes mouvement collectifs, tout contribue √† cr√©er un univers o√Ļ la sensibilit√© passe par la g√©om√©trie et le dessin du geste.

    Les tr√®s esth√©tiques panneaux imagin√©s par le sc√©nographe St√©phane Roy participent de cette vision sombre mais d√©bordante de vie et d'√©nergie. La musique originale de David Lang est indissociable de cette logique o√Ļ l'on se tient en permanence √† la fronti√®re du charnel et de l'abstrait. Il serait injuste de na pas citer tous les interpr√®tes, excellents, investis, visiblement passionn√©s.

    √Čmilie Cozette est en pleine √©volution, toujours plus lib√©r√©e et √©panouie. Une vraie personnalit√© qui se r√©v√®le. Yann Bridard, que l'on retrouve aussi dans White Darkness, reste l'un des √©l√©ments artistiquement les plus personnels et originaux de la compagnie. Et tous les autres s'inscrivent dans la m√™me excellence, Aur√©lie Bellet et Laurence Lafon, Jean-Philippe Dury, lui aussi omnipr√©sent dans tout ce qui est cr√©atif, Karl Paquette, St√©phane Bullion, M√©lanie Hurel, vraiment chez elle dans ce type de r√©pertoire, Caroline Bance, Fanny Fiat et Gil Isoart, lui aussi √©tonnamment efficace dans tous les styles de toutes les √©poques.

    White Darkness

    L'entrée au répertoire d'une oeuvre de Nacho Duato était très attendue. Figure majeure de la création actuelle, le directeur de la Compania Nacional de Danza espagnole avait choisi avec Brigitte Lefèvre le très fort White Darkness, commentaire sublimé sur les périls mortels de la drogue. On sait la puissance de l'inspiration et du style de Duato, créateur d'une danse à la fois très souple et très physique, d'exécution complexe mais procurant toujours une impression d'énergie naturelle.

    Sa chorégraphie s'inscrit dans un décor aussi sobre que significatif, avec ces impressionnantes coulées de poudre blanche tombant des cintres, et s'appuie sur une très efficace musique de Karl Jenkins, juste assez dramatique, juste assez pudique. Duato est toujours extrêmement musical, ce qui ajoute encore à cette sensation de large déploiement d'énergie spontanée que procurent ses chorégraphies.

    White Darkness bénéficie de deux interprètes d'exception, Marie-Agnès Gillot, magistrale dans cette incarnation de violence désespérée, et Wilfried Romoli, impressionnant d'humanité, de conviction, avec une magnifique qualité de danse. Cette qualité, cette conviction, on les retrouve aussi chez les quatre autres couples qu'il serait inexact de qualifier de secondaires, tant tout un chacun est ici indispensable à l'osmose générale. Il s'agit de Laure Muret et de Stéphane Phavorin, d'Alice Renavand et de Vincent Chaillet, deux vraies personnalités en pleine épanouissement, de Muriel Zusperreguy et Simon Valastro, d'Aurélie Bellet et Yann Bridard, une savante alchimie réunissant quasiment tous les grades de la compagnie dans une fascinante énergie créatrice.

    Création de Benjamin Millepied

    La cr√©ation de Benjamin Millepied, Amoveo, √©tait naturellement l'autre grand objet de curiosit√© du programme. Trente ans, danseur au New York City Ballet, quelques oeuvres √† son actif dont un Casse-Noisette √† Gen√®ve lou√© par tous, Millepied joue gros en concluant une soir√©e aussi intense. Il a su √©tonner, surprendre, charmer et faire r√©fl√©chir, gr√Ęce √† son imagination, √† son indubitable talent de cr√©ateur et √† l'√©quipe dont il s'est entour√©, Paul Cox pour les d√©cors, Marc Jacobs pour les costumes et Patrice Besombes pour les √©clairages.

    Amoveo est une pi√®ce d'un style inhabituel, d'une facture qui peut d√©router par son originalit√© car beaucoup plus nouvelle qu'il n'y para√ģt tout d'abord, m√™me si elle traite d'un th√®me aussi intemporel et √©ternel que celui de l'amour. En effet, si l'on veut chercher, comme c'est in√©vitable, √† d√©finir ou √† d√©crire le style de ce ballet, on doit reconna√ģtre que classique ne convient pas plus que ce que l'on nomme d'ordinaire n√©oclassique ou contemporain.


    Un style ¬ę n√©o-ballets russes ¬Ľ

    C'est un peu tout cela √† la fois, et l'on serait tenter de forger un nouveau qualificatif, celui de ¬ę n√©o-ballets russes ¬Ľ. Comme chez Diaghilev, il y a en effet un vrai esprit d'aventure, de d√©couverte, avec une excellente musique ¬Ė des extraits d'Einstein on the beach de Philip Glass interpr√©t√©s √† la perfection par le Choeur Accentus, des solistes et un r√©citant de haut vol ¬Ė une sc√©nographie novatrice, hardie, oeuvre d'un authentique cr√©ateur et participant absolument √† la vie du spectacle et de la danse.

    S'ajoute un vrai travail de cr√©ation pour les costumes, surprenants, personnels, raffin√©s, m√™me s'ils ne flattent pas toujours la silhouette des danseurs, mais en parfaite osmose avec les id√©es du chor√©graphe. Et puis, bien s√Ľr, une chor√©graphie qui prend ses sources dans le langage classique, s'en lib√®re, le mod√®le √† sa mani√®re, montre ses affinit√©s avec toute l'√©cole n√©oclassique am√©ricaine, mais s'avance encore sur d'autres chemins personnels, sans tomber pour autant dans aucun des trucs √† la mode qui pullulent partout ces derni√®res ann√©es. Il y a de la noblesse dans la gestuelle, de l'imagination dans la gestion des groupes, des trouvailles dans le travail de bras comme dans le rapport au sol, un pas de deux d'anthologie par sa science du ralenti, de la fusion progressive des corps et de la mani√®re dont se colore et s'organise peu √† peu un climat d'intimit√©.

    L'√©nergie est sous contr√īle, d√©ploy√©e √† bon escient seulement, car l'univers de Millepied n'est pas celui de l'agression ni de la violence, ni d'une danse athl√©tique ou ext√©rieure. Elle est en phase avec la s√©duction des couleurs et de la mati√®re des costumes, avec la pr√©sence vivante de cette toile de fond claire et color√©e en mouvance perp√©tuelle, qui nous rappelle la lente progression du d√©cor d'Einstein on the beach.

    © Anne Deniau

    On est dans la lumière, mais une lumière sans agressivité, attirante. En tous domaines les références sont multiples, à des temps récents, à des temps présents, à des temps à venir, en gestation. Elle sont transcendées par cette culture nouvelle de créateurs jeunes à la sensibilité forgée aujourd'hui, sans frontières, sans exclusives, dans un renouveau de l'alliance des arts plastiques et de la danse. Comme aux Ballets russes, mais avec le vécu d'un siècle de plus, comme un siècle séparait déjà Diaghilev des balbutiements du ballet romantique.

    Une critique ? Il y en aurait s√Ľrement √† formuler, mais ce n'est ici ce qui importe. On remarque par exemple une certaine difficult√© √† vraiment parfaire la fusion entre les masses et les deux solistes qui semblent venir parfois un peu en invit√©s au lieu de s'int√©grer avec naturel, mais avec Aur√©lie Dupont et Nicolas Le Riche, Millepied tient deux si fortes personnalit√©s que la t√Ęche n'est gu√®re ais√©e √† cet √©gard. Ils s'imposent l'un comme l'autre avec une aisance imp√©rieuse, un √©clat irr√©sistible, soutenus par une vingtaine d'autres danseurs ardents √† d√©fendre l'oeuvre nouvelle, √† se jeter avec autant de bravoure que de talent dans ce passionnant combat qu'est une cr√©ation mondiale.

    Amoveo est une oeuvre riche, multiple, difficile à jauger dans sa totalité à première vision, le type même de création qui vous laisse mille questions en tête, ouvrant bien des perspectives auxquelles on ne s'attendait pas.




    Palais Garnier, Paris
    Le 10/11/2006
    Gérard MANNONI

    AndréAuria d'Edouard Lock, White Darkness de Nacho Duato et Amoveo de Benjamin Millepied à l'Opéra de Paris.
    Andréauria
    chorégraphie : Edouard Lock
    musique : David Lang
    scénographie : Stéphane Roy
    costumes : Liz Vandal
    éclairages : John Munro
    pianos : Denis Chouillet & Frédéric Lagnau

    White Darkness
    chorégraphie : Nacho Duato
    musique : Karl Jenkins
    décors : Jaffar Chalabi
    costumes : Lourdes Frias
    éclairages : Joop Caboort

    Amoveo
    chorégraphie : Benjamin Millepied
    musique : Philip Glass
    décors : Paul Cox
    costumes : Marc Jacobs
    éclairages : Patrice Besombes

    Choeur de chambre Accentus
    direction et orgue : Nicolas Muhly

    Avec les √Čtoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l'Op√©ra national de Paris.

     


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