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L'ACTUALITE DE LA DANSE 04 juin 2020

Orphée et Eurydice de Gluck dans la mise en scène de Thierry Malandain et sous la direction de Laurent Touche au Grand Théâtre de Reims.

Un chef-d'oeuvre mutilé
© Olivier Houeix

Refaisant le même pari que Pina Bausch, elle aussi attirée par les opéras de Gluck, le chorégraphe Thierry Malandain a proposé des solutions chorégraphiques au problème posé par le caractère très statique de ce chef-d'oeuvre musical. Un gros écueil cependant avec le choix aberrant d'une version tronquée de la partition, voulu par les producteurs du spectacle.
 

Grand Théâtre, Reims
Le 03/12/2006
GĂ©rard MANNONI
 



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  • OrphĂ©e et Eurydice de Gluck est-il si difficile Ă  monter ? On se rappelle quelques Ă©chec cuisants dont celui de la production de l'OpĂ©ra de Paris au dĂ©but de l'ère Liebermann en 1973, malgrĂ© la prĂ©sence de chanteurs comme NicolaĂŻ Gedda et Christiane Edda-Pierre et une chorĂ©graphie de Balanchine, ou encore celle vue quelques annĂ©es plus tard au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, malgrĂ© aussi la prĂ©sence de Marilyn Horne. Plus dĂ©fendable fut la production de Robert Wilson au Châtelet en 1999 et bien sĂ»r l'approche de Pina Bausch, soutenue par un orchestre et des choeurs somptueux, entrĂ©e au rĂ©pertoire de l'OpĂ©ra de Paris la saison dernière.

    En fait, cet opéra pose plusieurs problèmes tant au niveau de sa réalisation scénique que de son interprétation musicale. Faut-il le traiter en grand opéra ou en opéra ballet, le chanter en français, en allemand ou en italien, opter pour J'ai perdu mon Eurydice, Que faro senza Euridice ou Ach ich habe sie verloren ? Faut-il un contralto, un ténor, un baryton, un contre-ténor pour le rôle d'Orphée ?

    Il ne faut en tout cas sûrement pas faire le choix de l'Esplanade Opéra-Théâtre de Saint-Étienne à l'origine de ce spectacle. Prendre la version française donnée à l'Opéra-Comique en 1921, c'est-à-dire à une époque où l'on n'avait chez nous qu'un respect très lointain des oeuvres baroques, y compris celles de Mozart, est une erreur. Cette version est mutilée de mille manières, déséquilibrée, faisant perdre toute vraie progression dramatique à l'oeuvre et toute continuité musicale. Difficile de donner vie à une partition ainsi désossée.

    Thierry Malandain a pris le parti de la simplicité et du dépouillement, avec des choix décoratifs parfois très heureux, comme ces deux anneaux nuptiaux dans lesquels se retrouvent les héros, où cette furtive apparition du la cuirasse d'Orphée que l'on range à l'ultime tableau, parfois moins, comme ces grosses roses dorées et rouges du dernier tableau. Il aurait pu, comme Pina Bausch, doubler les rôles avec un danseur et un chanteur pour chaque personnage. Il a choisi plutôt de faire passer la progression dramatique par les moyens de la danse que par ceux du jeu théâtral.

    Pour ce, on voit bien qu'il s'est efforcé de retrouver un style aussi proche que possible du classicisme qu'il détourne d'habitude davantage, tout en gardant ses options personnelles fondamentales et en redonnant à la danse le rôle qu'elle jouait à l'opéra à l'époque, c'est-à-dire celui de traduire en image tout ce qui n'est pas action physique concrète des personnages. On oscille alors entre illustration et commentaire, extrapolation ou effet décoratif, assumés par des groupes, des duos ou des solos.

    On peut s'interroger sur la nécessité de redonner dans Orphée cette place à la danse et même de la développer, mais on peut aussi juger que faute de voix d'un impact dramatique des grands Orphées de légende comme Kathleen Ferrier, Fedora Barbieri ou Marilyn Horne, ou encore de l'une ou l'autre des rares stars actuelles, c'est un moyen valable de communiquer la force musicale de l'oeuvre.

    Si elle peut paraître presque trop sage, la chorégraphie de Malandain, sans rivaliser avec le chant des solistes ni s'y superposer, a pour premier mérite une grande musicalité, qui apporte un élément de rêve, d'abstraction, d'immatérialité et de passion bien spécifiques. La gestuelle est fine, élégante, vive, les ensembles biens construits et les danseurs excellents. Elle ne peut, malheureusement, rétablir l'équilibre naturel d'une partition ni d'un drame déformés par le zèle de Paul Vidal, auteur des amputations de 1921.

    Sans tomber dans les excès de certains baroqueux fanatiques, il est quand même léger de tirer un trait sur toute la recherche effectuée depuis une trentaine d'années sur ce répertoire. On a donc finalement l'impression que le chorégraphe n'a pas eu la base musicale qui lui aurait permis d'aller plus loin dans sa recherche, d'affirmer plus nettement sa personnalité comme il le fit dans ses chorégraphies précédentes, même s'il ne voulait pas renouer totalement avec le grand divertissement du XVIIIe siècle que Gluck d'ailleurs était en train de réformer.

    Le mariage de la danse et de l'art lyrique qui fut si longtemps la règle dans l'histoire du théâtre et de la musique est aujourd'hui un défi aussi passionnant que périlleux à relever. Les réussites absolues restent rares car la liberté de chacun est difficile à préserver.




    Grand Théâtre, Reims
    Le 03/12/2006
    GĂ©rard MANNONI

    Orphée et Eurydice de Gluck dans la mise en scène de Thierry Malandain et sous la direction de Laurent Touche au Grand Théâtre de Reims.
    Christoph Willibald (1714-1787)
    Orphée et Eurydice, opéra chorégraphié

    Florian Laconi (Orphée)
    Magali Prelle (Eurydice)
    Pauline Courtin (L'Amour)

    Danseurs du Ballet Biarritz
    Choeur Ars Vocalis
    Orchestre du Grand Théâtre de Reims
    direction : Laurent Touche
    mise en scène et chorégraphie : Thierry Malandain
    décors et costumes : Jorge Gallardo
    éclairages : Jean-Claude Asquié

     


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