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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

Nouvelle production de Roméo et Juliette de Berlioz mise en scène par la chorégraphe Sasha Waltz et sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra national de Paris.

Un Roméo et Juliette de feu et de cristal
© Bernd Uhlig

Aurélie Dupont (Juliette) et Hervé Moreau (Roméo)

Belle réussite de Sasha Waltz pour sa première collaboration avec le Ballet de l'Opéra national de Paris. Avec dans la fosse un Valery Gergiev très inspiré et sur scène des danseurs envoûtés, elle aborde le mythe et la symphonie dramatique de Berlioz de manière aussi ardente que translucide. Un vrai beau succès pour l'Opéra.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 05/10/2007
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Sasha Waltz Ă  l'OpĂ©ra de Paris ! Qui l'eĂ»t cru voici seulement quelques annĂ©es ? Et pourtant, c'est un vrai beau succès que vient de remporter sa vision du RomĂ©o et Juliette de Berlioz. On sait que l'oeuvre est très difficile Ă  reprĂ©senter. Ce n'est en effet ni vraiment un opĂ©ra, ni vraiment un ballet, ni une vraie symphonie lyrique, ni un oratorio, mais l'une de ces formes hybrides sorties de l'imagination gĂ©niale de Berlioz et qu'il nomme ici « symphonie dramatique Â». Il y a des choeurs, trois chanteurs – un tĂ©nor, une mezzo et une basse – qui interviennent de manière très ponctuelle, un orchestre abondant et, bien sĂ»r, les danseurs, dans cette approche scĂ©nique, comme dans celle de BĂ©jart il y a dĂ©jĂ  bien longtemps.

    L'exécution musicale, si importante, est magistrale, menée par Valery Gergiev avec une intelligence, un goût et une subtilité fantastiques. Une lecture à la fois colorée, brillante et limpide comme du cristal, avec une flamboyance exceptionnelle. L'Orchestre de l'Opéra le suit avec son habituel talent et, fait très rare, applaudit le chef depuis la fosse aux saluts.

    Ekaterina Gubanova a une voix magnifique. On le sait notamment depuis son triomphe ici même en Brangäne en 2005, mais on ne comprend pas un mot de ce qu'elle chante. Yann Beuron, à qui Sasha Waltz a réglé une sorte de chorégraphie, ce qui n'est pas une très bonne idée, chante bien, on le sait aussi, mais il ne rend guère justice au texte, même si on le comprend parfois un peu mieux.

    En revanche, le jeune Mikhail Petrenko, déjà star internationale des basses à 31 ans, est totalement compréhensible, et la voix est d'une pure beauté. Il peut se permettre en outre de doubler torse nu le Frère Laurent de Wilfried Romoli en exécutant presque les mêmes pas et les mêmes figures dans la scène finale. Un véritable exploit pour cet artiste exceptionnel aux côtés d'un Romoli superbe et expressif comme toujours et à la présence rayonnante. Excellent travail des choeurs préparés par Peter Burian.

    © Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

    Dans un très sobre décor de Pia Maier-Schriever, Thomas Schenk et Sasha Waltz – deux grands praticables blancs amovibles et beaucoup de jeux de lumières – avec des costumes blancs et noirs hors du temps de Bernd Skodzig d'une grande sobriété et pourtant très évocateurs de temps anciens qui peuvent être aussi bien quelque Grèce antique qu'une Renaissance dépouillée, Sasha Waltz a effectué un très remarquable travail.

    Sans jamais chercher la provocation, dans un style qui peut dérouter car il se situe en marge de toute école et de toute tendance à la mode, avec une vraie logique de mouvements individuels et d'ensembles caractérisés par la souplesse et la fluidité, elle effleure l'histoire sans la raconter vraiment, mais en la racontant quand même de manière très claire, par allusions, par touches essentielles, de manière subtilement figurative sans l'être réellement.

    Trois personnages principaux seulement, Roméo, Juliette et Frère Laurent, mais d'emblée un climat d'affrontements, dangereux, hostile, même si la gestuelle reste toujours élégante et souple. On entre et on sort en courant, les groupes se développent en lignes qui se désagrègent spontanément, on se frôle plus qu'on ne se touche, ou bien on se fond avec les autres corps comme en une seule et même matière.

    De l'agressivité, il y en a, mais toujours dans une vivacité fluide sans hargne. Les ensembles sont d'une parfaite homogénéité bien que presque chaque danseur ait souvent ses propres pas et ses propres gestes, sensiblement différents de ceux des autres. L'improvisation sur des schémas précis est à la base de ce travail d'une grande intelligence musicale, visuellement plus proche du dessin que de la peinture, de l'orfèvrerie que de l'architecture, malgré le savant agencement des espaces.


    Moreau et Dupont, Roméo et Juliette idéaux

    Il faudrait citer quasiment tous les danseurs participant à ces ensembles. Ils sont tous très motivés, investis avec tout leur enthousiasme et toute leur foi dans ce que leur a proposé la chorégraphe. Et comme ils ont beaucoup de talent, on ne peut s'étonner de leur réussite. Quelques noms cependant, peut-être plus en relief que d'autres, notamment chez les garçons, avec Josua Hoffalt, Sébastien Bertaud, Vincent Chailley ou Axel Ibot mais, encore une fois, tous et toutes sont excellents.

    Pour Roméo et pour Juliette, Sasha Waltz a conçu une chorégraphie de grande classe, toute en subtilité, en finesse, sur la pointe de la sensibilité, avec entre autres deux pas deux d'anthologie. Hervé Moreau et Aurélie Dupont en sont les interprètes parfaits à tous égards. Lui, cheveux mi-longs, silhouette idéale, sait rendre émouvant ou vivant le moindre geste, la moindre attitude. Il est l'élégance même, toujours expressif, jamais indifférent, avec une danse sans concession dans la précision, dans la sincérité. Une grande Étoile, décidément, comme on le constate à chacune de ses apparitions.

    Elle, à la fois fragile et forte, juvénile sans mièvrerie, passionnée et passionnante, habite ce personnage mythique avec une approche de la danse qui est au pinacle de sa perfection en tous domaines. Ils sont ensemble au coeur de ce travail collectif dont Brigitte Lefèvre et Gerard Mortier ont osé tenter l'expérience. Une réussite qui leur incombe autant qu'à l'ensemble des protagonistes et qui, si elle rappelle par son audace l'Allegro de Robyn Orlin, montre une facette diamétralement opposée de la création chorégraphique contemporaine et des possibilités d'une compagnie qui n'a pas fini de nous étonner.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 05/10/2007
    GĂ©rard MANNONI

    Nouvelle production de Roméo et Juliette de Berlioz mise en scène par la chorégraphe Sasha Waltz et sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra national de Paris.
    Roméo et Juliette – Hector Berlioz / Sasha Waltz
    Symphonie dramatique op. 17, h. 77 (1839)
    Texte d'Émile Deschamps d'après William Shakespeare

    Création chorégraphique

    musique : Hector Berlioz
    chorégraphique : Sasha Waltz
    décors : Pia Maier-Schriever, Thomas Schenk & Sasha Waltz
    costumes : Bernd Skodzig
    Ă©clairages : David Finn

    Ekaterina Gubanova (Juliette)
    Yann Beuron (Roméo)
    Mikhail Petrenko (Frère Laurent)

    Avec les Étoiles Aurélie Dupont, Hervé Moreau, Wilfried Romoli, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris.

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Valery Gergiev
    préparation des choeurs : Peter Burian

     


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