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L'ACTUALITE DE LA DANSE 01 juin 2020

Soirée Mats Ek au Ballet de l'Opéra national de Paris.

Du grand Mats Ek
© Anne Deniau

Nicolas Le Riche

Si l'illustre chorégraphe suédois a pu être discuté dans certaines de ses relectures, comme celle de la Belle au bois dormant, il n'a donné au Ballet de l'Opéra de Paris que des oeuvres majeures. Après Giselle et Appartement, voici, avec la Maison de Bernarda et Une sorte de, encore deux pièces exemplaires entrées au répertoire.
 

Palais Garnier, Paris
Le 26/04/2008
Gérard MANNONI
 



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  • Inspirée par l'oeuvre célèbre et cruelle de Federico Garcia Lorca, la Maison de Bernarda, créée en 1978 au Ballet Cullberg, nous entraîne au plus sombre des angoisses secrète de Mats Ek. Il a bien des fois traité des rapports difficiles que l'on peut avoir avec une mère trop présente, voire abusive. Le drame qui se joue ici est sans doute le plus extrême, puisque cette veuve castratrice qui cherche à imposer un deuil interminable et total à ses cinq filles, ne réussira qu'à faire rater le mariage de l'aînée et à conduire la plus jeune au suicide. Huis clos violent, sans tendresse, où les quelques éclairs de lumières sont vite éteints, oubliés à jamais.

    Pour renforcer encore la force du personnage central, c'est pour un danseur que fut conçu le rôle de Bernarda Alba, ici magistralement repris par Manuel Legris. Si ce dernier réalise l'une de ses plus fabuleuses compositions, tant au niveau de la danse qu'à celui du jeu théâtral, il faut souligner que tous les autres interprètes atteignent des sommets d'efficacité, de talent et s'imposent de manière fascinante. Tout comme dans Une sorte de
    , d'ailleurs.

    On est ébloui par ce foisonnement de talents, de vrais danseurs-acteurs, aussi aptes à effectuer les pas si difficiles et exténuants imaginés par Mats Ek, qu'à s'investir dans le drame théâtral, dans une économie de moyens scénographiques qui fait reposer l'essentiel du message sur leur seul talent.

    Marie-Agnès Gillot, par exemple, danseuse comédienne et tragédienne, déploie les splendeurs de sa danse si forte, si large, si sûre, si brillante pour incarner une Servante omniprésente, à la fois témoin impuissant et seule présence humaine de ce drame. Mais les autres sont tout aussi convaincantes, Laëtitia Pujol en Soeur aînée aux espoirs matrimoniaux brisés, Laure Muret en Soeur bossue trouble et perverse, Charlotte Ranson, stupéfiante d'aisance, de sensualité, de précision technique en Jeune soeur vouée au suicide, Aurélia Bellet et Amélie Lamoureux en Soeurs jumelles tristement victimes sans aucune chance de bonheur.

    Stéphane Bullion, l'Homme, ne se contente pas de présenter le physique viril idéal de l'emploi, mais crée lui aussi un vrai personnage de théâtre dansant, malgré la relative brièveté de ses apparitions. Et jusqu'au Technicien d'Andrey Klemm, artiste invité, qui impose une vraie présence à ce qui pourrait n'être qu'un personnage anecdotique.

    Avec de pareils interprètes, les aspects les plus profonds de cette chorégraphie aux angles aigus, aux images noires, à la sensualité à la fois bridée et excessive, sont entièrement mis en valeur, dans le contexte musical contrasté de pages de Bach de musique espagnole.


    Une sorte de

    Après des moments aussi forts, on pouvait craindre qu'Une sorte de
    ne paraisse moins essentiel. Il n'en est rien. Créé par le Nederlands Dans Theater en 1997, cette pièce un peu plus courte et plus abstraite se rapproche de l'esprit d'Appartement par ses audaces scénographiques et même par son propos volontairement déjanté. C'est un peu l'univers d'Alice au pays des merveilles ou d'Au-delà du miroir, où rien de fonctionne de façon vraiment habituelle, même si les repères principaux de notre vie sont là.

    Mais tout est décalé, entre rêve et réalité, dans une folie et une absurdité parfaitement claires et logiques, les costumes, les comportements, les rapports. Et la danse est superbe, imaginative, sans cesse renouvelée, dans un contexte coloré, vivifiant, original, tonique. Mais aussi, quelle difficulté d'exécution ! Les danseurs montrent encore à quel point cette compagnie foisonne personnalités dans toutes les classes de sa hiérarchie.

    Nicolas Le Riche, bien sûr, est rayonnant d'astuce, de finesse, déployant une danse d'une extrême précision et une générosité absolue, face à Nolwenn Daniel, belle et parfaitement investie dans son étrange personnage mi-passif mi-actif. Autre couple qui brûle les planches à tous égards, par la force expressive autant que par le charme, celui formé par Miteki Kudo et Benjamin Pech.

    Mais pour être juste, on doit citer tous les autres, car leur rôle n'est guère moindre dans la réussite de ce ballet où la musique de Gorecki est un support étrange et magnifique. Il y a Stéphanie Romberg, Muriel Zusperreguy, Ludmilla Pagliero, Géraldine Wiart, Ghyslaine Reichert et Ninon Raux, toutes lancées avec foi dans cette incroyable aventure frénétiquement décalée, menée à grande allure, et où l'humour est aussi sous-jacent que la poésie. Vincent Chaillet, Josuah Hoffalt, Nicolas Paul, Vincent Cordier, Daniel Stokes et Adrien Couvez ne le cèdent en rien aux ballerines en technique ni en sens du théâtre. C'est éblouissant !

    Tandis que se déroule à l'Opéra Bastille la longue et parfois un peu inégale série du programme Balanchine-Noureev-Forsythe, cette soirée Mats Ek est bien gratifiante et rassurante sur l'état de la compagnie à la veille de son départ pour la Chine.




    Palais Garnier, jusqu'au 11 mai.




    Palais Garnier, Paris
    Le 26/04/2008
    Gérard MANNONI

    Soirée Mats Ek au Ballet de l'Opéra national de Paris.
    La Maison de Bernarda, ballet en un acte
    D'après la pièce de Frederico Garcia Lorca
    chorégraphie : Mats Ek
    musique : Jean-Sébastien Bach et musiques traditionnelles de guitares espagnoles
    décors et costumes : Marie-Louise Ekman
    éclairages : Jörgen Jansson

    Une Sorte de

    chorégraphie : Mats Ek
    musique : Henryk Gorecki
    décors et costumes : Maria Geber
    éclairages : Ellen Ruge

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l'Opéra national de Paris.

     


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