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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

Création des Enfants du Paradis de José Martinez à l’Opéra de Paris.

Les Enfants du paradis (1) :
Du cinéma à la danse

© SĂ©bastien MathĂ©

Mathieu Ganio (Baptiste)

Pari risqué mais brillamment gagné par le danseur Étoile José Martinez à qui l’Opéra avait confié la chorégraphie de cette création mondiale d’après le film culte de Carné et Prévert. Une belle entrée dans l’histoire de la danse pour tous ces personnages mythiques, et de longues acclamations de la part d’un public enchanté.
 

Palais Garnier, Paris
Le 21/10/2008
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Après Kader Belarbi et Nicolas Le Riche, voici dont JosĂ© Martinez consacrĂ© « Ă‰toile chorĂ©graphe Â» du Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris. On ne peut que se fĂ©liciter de voir ces possibilitĂ©s de s’exprimer proposĂ©es Ă  des danseurs de la compagnie, et pas seulement pour de petites pièces anecdotiques. Les Hauts de Hurlevent et Caligula sont des pièces importantes et ces Enfants du Paradis mĂ©ritent tout autant de figurer dorĂ©navant au rĂ©pertoire maison.

    La conception du ballet a cette fois pour origine une idée de François Roussillon et Brigitte Lefèvre proposée à José Martinez, triple paternité donc. D’une certaine manière, José Martinez risquait plus gros que Belarbi et Le Riche, car les personnages de Carné et Prévert appartiennent très fortement à l’histoire mythique du cinéma et même à notre patrimoine culturel général.

    Barrault, Arletty, Brasseur, Casarès, quel quatuor ! Mais si l’on y rĂ©flĂ©chit bien, malgrĂ© tout le percutant des dialogues, n’est-ce pas d’abord un climat gĂ©nĂ©ral et la silhouette, le visage des acteurs qui nous enchantaient ? Bien sĂ»r, on ne peut oublier la voix d’Arletty disant « Garance, c’est un nom de fleur Â», ni la bouleversante pointe d’accent de Maria Casarès.

    Mais aussi quels yeux et quelles silhouettes, quelles incroyables façons de marcher ! Le rôle de Jean-Louis Barrault est en grande partie muet, mais reste naturellement le cas du rôle de Pierre Brasseur. Et là, François Roussillon et José Martinez, dans leur adaptation, ont eu l’idée géniale de transformer le personnage acteur Frédérick Lemaitre en danseur. C’était la solution.

    Le ballet est de structure classique, avec grands ensembles, ou plutôt, à l’exception du début de la deuxième partie, grands mouvements de foule, variations, pas de deux ou de trois traditionnels. L’originalité du travail de Martinez est dans la manière dont il parvient à caractériser chaque personnage, à le différencier des autres, en lui attribuant presque des leitmotive chorégraphiques.

    © Sébastien Mathé

    Un Lacenaire tout en angles, un Comte tout en retenue et componction, une Garance très sensuelle mais raffinée et presque fragile dans chaque geste, chaque figure, une Mélanie plus en retenue, plus sobre, un Baptiste tout alangui et hésitant sauf quand la passion l’arrache à ses rêves, un Frédérick devenu un danseur hyper virtuose, virevoltant, séduction même de la danse vive et rapide, à chaque instant de sa vie. Il est aidé dans ces portraits par le physique absolument idéal des interprètes de cette première distribution – il y en aura trois autres.

    Isabelle Ciaravola a la beauté hors du temps de Garance, les yeux immenses, l’arrondi du visage, la grâce un peu nonchalante, la distinction innée qui faisait de ces filles du peuple d’idéales compagnes de grands aristocrates. Jambes superbes, pieds incroyables, elle danse à la perfection et incarne son personnage au-delà de la danse. Comme le font d’ailleurs tous les autres.

    Mathieu Ganio trouve en Baptiste un rôle qui marquera sa carrière. Même immobile, il a cette présence poétique si attachante, qui se développe dans chaque mouvement selon des fluctuations d’une émotivité tout intérieure, aussi délicate et souffrante que ses sentiments profonds. Et sa danse est très belle.

    Notons au passage que Martinez n’a pas cherché, sauf pour Frédérick, à jouer le jeu de la grande virtuosité extérieure. Difficile, technique, sa chorégraphie n’utilise dans un langage classique souvent détourné que ce qui est nécessaire au récit, à la caractérisation. C'est d’ailleurs pourquoi, le côté frénétiquement cabotin de Frédérick est traduit par les très athlétiques démonstrations techniques qu’Alessio Carbone enlève avec un brio et une aisance qui font la joie du public. Un beau retour dans la compagnie pour ce Premier Danseur qui alla un an voir ailleurs si les chaussons étaient plus verts.

    Muriel Zusperreguy a toute la douloureuse souffrance de Mélanie, la femme qui sent son amour lui échapper et qui s’y accroche avec foi. Quant à Benjamin Pech, il campe un Lacenaire aigu, dangereux, on ne peut plus convaincant. Belle présence aussi de Nolwenn Daniel en ballerine partenaire des prouesses de Frédéric.

    De manière presque trop prolixe en première partie, où l’intrigue tarde un peu à se mettre en place, Martinez a bâti de beaux ensembles de foule, pour reconstituer toute la vie du petit peuple parisien du Boulevard du crime. Avec de poétiques décors d’Ezio Toffolutti que l’on change sans cesse à vue obtenant presque ainsi la fluidité du cinéma, les lieux défilent, intérieurs, extérieurs, et ces masses s’animent d’une vie juste assez figurative, juste assez artistiquement traitées. Ce n’était pas facile à faire.


    Accord parfait des décors et des costumes

    Autre Étoile maison engagée dans l’entreprise, Agnès Letestu a dessiné les quelque cent cinquante nouveaux costumes de la production, les cent cinquante autres, ceux des masses moins personnalisées, ayant été pris dans les réserves et adaptés à l’époque et au livret. Le travail de Letestu est superbe d’efficacité, de goût, d’imagination, de raffinement.

    Une vraie décoratrice costumière est définitivement née avec cette production. La grande Étoile n’en était pas à son coup d’essai en la matière, mais n’avait, elle non plus, jamais travaillé sur une œuvre d’une telle ampleur. Aucun excès dans les formes ni dans les couleurs, mais juste ce qu’il faut pour que tout corresponde au moment de l’action, que tout ce qui doit se voir se voie et que le reste se fonde harmonieusement dans les ensembles. Quel travail, et quelle réussite !

    Enfin, que dire de la partition de Marc-Olivier Dupin, commande de l’Opéra de Paris ? C’est une musique de théâtre fort efficace, généralement agréable à entendre, respectant les données de base de la musique de danse, bien variée suivant les scènes, au point même de ne pas avoir une personnalité bien marquée. On pense ici à Bartók, là au Casse-Noisette de Tchaïkovski, un peu à Prokofiev ou à Stravinski.

    Cela peut être pris comme un compliment ou un regret, mais ce n’est aucunement une musique prétentieuse ni inutilement agressive comme celle dont se parent beaucoup de créations actuelles. Il y a une sincérité et une sorte de bonne volonté à ne pas nuire au propos de la danse qui sont bien appréciables et que défendent avec enthousiasme le jeune chef Pablo Heras-Casado et les musiciens de l’Ensemble orchestral de Paris.

    Le spectacle a Ă©tĂ© longuement acclamĂ© par un public visiblement enchantĂ©. Trois autres distributions vont maintenant alterner, dont une comprenant les « remplaçants Â», c’est-Ă -dire de plus jeunes danseurs tenus en rĂ©serve, qui ont travaillĂ© les premiers rĂ´les et Ă  qui l’on donne une possibilitĂ© de s’y exprimer, ce qui est aussi positif pour eux que passionnant pour le public qui suit la vie de la compagnie.




    Palais Garnier, Paris
    Le 21/10/2008
    GĂ©rard MANNONI

    Création des Enfants du Paradis de José Martinez à l’Opéra de Paris.
    Les Enfants du Paradis, ballet en deux actes
    chorégraphie : José Martinez
    musique : Marc-Olivier Dupin
    adaptation : François Roussillon et José Martinez
    décors : Ezio Toffolutti
    costumes : Agnès Letestu
    éclairages : André Diot

    Ensemble Orchestral de Paris
    direction : Pablo Heras-Casado

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris.

     


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