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L'ACTUALITE DE LA DANSE 01 juin 2020

Programme Emmanuel Dat, Nacho Duato et Angelin Preljocaj au Ballet de l’Opéra national de Paris.

Noir c’est noir
© Agathe Poupeney

White Darkness, de Nacho Duato

Bien dans l’atmosphère de l’heure, entre crise et pandémie de grippe, ce programme très sombre clôt un hiver rigoureux plus qu’il n’annonce un printemps tardif ! Du peu convaincant Hark ! d’Emmanuel Gat au rude MC 14/22 de Preljocaj, en passant par le pessimiste White darkness de Nacho Duato, on ne pouvait que broyer du noir. De très beaux interprètes, heureusement !
 

Palais Garnier, Paris
Le 02/05/2009
GĂ©rard MANNONI
 



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  • MalgrĂ© ses intentions intellectualisantes et assez fumeuses telles que nous les rapporte le programme, le chorĂ©graphe israĂ©lien Emmanuel Gat n’a pas vraiment rĂ©ussi la crĂ©ation que lui avait commandĂ©e l’OpĂ©ra national de Paris. Ă€ trop se torturer les mĂ©ninges au lieu de « faire Â», comme le disait le grand professeur Kianesff Ă  ses Ă©lèves, en l’occurrence de faire danser, bien des contemporains accouchent d’une souris après un raisonnement Ă©lĂ©phantesque.

    « Le point de dĂ©part de Hark repose sur l’idĂ©e que tout ce qui est nĂ©cessaire Ă  une Ĺ“uvre d’art est contenu en elle-mĂŞme. La pièce n’est pas vue comme le fruit d’un sens qui lui est extĂ©rieur, qui rĂ©side hors d’elle (thème, propos, message…), mais comme une fin en soi. Il ne s’agit pas de l’idĂ©e derrière le travail, mais de l’action sur scène Â»â€¦ et inversement, serait-on tentĂ© d’ajouter Ă  ces propos du chorĂ©graphe qui veulent tout dire et son contraire, et finalement rien du tout !

    Qu’une œuvre d’art soit une fin en soi, on le savait, tout comme le fait que l’essentiel soit ce qui se passe sur scène. Mais encore faut-il, au-delà de ces louables intentions pas vraiment neuves, que ce que l’on voit finalement de la salle retienne l’attention d’une manière ou d’une autre, séduise, intéresse, interpelle ou scandalise. Ici, l’essentiel reste dans la tête du chorégraphe. Le robinet d’eau tiède ouvert pendant vingt-cinq minutes par Emmanuel Dat ne répond à aucun critère précis.

    Dans un contexte tout noir, costumes et décor, il a le seul mérite de montrer l’excellence du travail de douze danseuses du corps de ballet et d’une Première Danseuse, Stéphanie Romberg, notamment de leur travail de pointes. Bravo mesdames, car sans l’excellence technique de ce que vous nous montrez, il serait difficile de résister à un léger assoupissement dans cette pénombre philosophique. Oublions le reste au plus vite !

    Même si ce qu’il exprime est un peu trop manichéen, le travail chorégraphique de Nacho Duato dans White Darkness est d’une toute autre ampleur, d’une portée bien plus grande. Entré au répertoire de l’Opéra en 2006, le ballet traite du thème de la drogue avec quelques images frappantes. Du noir encore, hormis ces impressionnantes cascades blanches qui, par intermittence, agressent ou caressent, comme on voudra, les protagonistes.

    L’énergie de Duato est très spécifique, faite autant de souplesse et de relâchement que de force libérée, de vitesse que de ralentis. Cinq couples structurent la chorégraphie, tous remarquables de fidélité au style, d’investissement, de solidité technique, d’imagination dans l’approche d’une chorégraphie pourtant si rigoureuse qu’elle ne laisse pas tant de place à l’expression personnelle.

    Et pourtant, Alice Renavand, magnifique de présence, d’intériorité, de drame tour à tour contenu et exprimé, Jérémie Bélingard, à la fois si puissant et si subtil, Caroline Robert et Alessio Carbone, Laurence Laffon et Josua Hoffalt, ce dernier décidément dans une phase évolutive qui doit le mener très loin, Eléonore Guérineau et Daniel Stokes, Charlotte Ranson dont la personnalité continue à s’affirmer avec éclat et Alexis Renaud, sont tous parvenus à paraître comme de vrais individualités.

    EntrĂ© au rĂ©pertoire en 2004, MC 14/22 « ceci est mon corps Â» d’Angelin Preljocaj , pièce pour douze garçons faisant pendant Ă  Hark pour douze filles, reste une Ĺ“uvre forte et accomplie oĂą Preljocaj a rĂ©ussi justement ce que Gat a ratĂ©, une alliance intelligente entre le spirituel et le physique, la pensĂ©e et l’action, cinquante-cinq minutes intenses oĂą danse et théâtre jouent Ă  cache-cache dans un climat de violence en directe rĂ©fĂ©rence aux multiples traditions picturales liĂ©es aux reprĂ©sentations christiques.

    Ce que l’on voit est absolument conforme au propos annoncé sans en être une illustration figurative ni narrative au premier degré. Bien loin de là. On arrive précisément là où Gat souhaitait arriver, à cet aboutissement où l’œuvre est une fin en soi, même si elle est porteuse de messages ou de références. Pas facile à réussir, c’est vrai, et n’est pas Preljocaj qui veut !

    On ne peut ici encore que souligner l’excellence de l’interprétation y compris dans certaines séquences qui ne seraient pas faciles à faire passer avec moins de talent et de professionnalisme. Bien noir encore, ce ballet, mais après tout, qui a vraiment envie de rigoler en ce moment ?




    Palais Garnier, Paris
    Le 02/05/2009
    GĂ©rard MANNONI

    Programme Emmanuel Dat, Nacho Duato et Angelin Preljocaj au Ballet de l’Opéra national de Paris.
    Hark
    Création mondiale
    chorégraphie, costumes et lumières : Emmanuel Dat
    musique : John Dowland

    White Darkness
    chorégraphie : Nacho Duato
    décors : Jaffar Chalabi
    costumes : Lourdes Frias
    Ă©clairages : Joop
    musique : Karl Jenkins – Caboort

    MC 14/22 « ceci est mon corps Â»
    chorégraphie : Angelin Preljocaj
    costumes : Daniel Jasiak
    Ă©clairages : Patrick Riou
    création sonore : Tedd Zahmal

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris

     


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