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L'ACTUALITE DE LA DANSE 04 juin 2020

Première et deuxième distributions pour le programme Ballets russes au Ballet de l’Opéra national de Paris.

Ballets russes (1) :
RĂ´les mythiques

© SĂ©bastien MathĂ©

Nicolas Le Riche (l'Après-midi d'un faune)

Spectacle de fin d’année idéal, ce programme d’hommage aux Ballets russes de Diaghilev dont on fête la première apparition à Paris qui eut lieu voici tout juste cent ans, permet à toute une nouvelle génération de danseurs de s’emparer, avec plus ou moins d’assurance, des rôles mythiques qui marquèrent tout le XXe siècle.
 

Palais Garnier, Paris
Le 13/12/2009
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Le cas des danseurs de l’OpĂ©ra national de Paris reste assez particulier. Ils ont tous, dès qu’ils s’approchent du haut de la hiĂ©rarchie pyramidale de la compagnie, une technique si accomplie qu’elle leur permet normalement d’aborder tous les rĂ´les du rĂ©pertoire patrimoniale comme ceux de la crĂ©ation actuelle. Mais du mĂŞme coup, on se rend souvent compte que technique ne veut pas dire maturitĂ© et que des pas, mĂŞme exĂ©cutĂ©s Ă  la perfection, perdent de leur intĂ©rĂŞt si l’on n’y met pas autre chose.

    Certains y parviennent d’emblée, d’autres, et c’est normal, ont besoin de quelques années d’expérience en plus, d’autres encore ne sont pas, par nature, en phase avec tel ou tel rôle. Le moyen de le savoir ? Qu’ils aillent en scène pour tenter l’expérience et commencer à s’approprier ces rôles dont ils rêvent depuis l’enfance. En cela, Brigitte Lefèvre a raison d’envoyer au feu ceux de toutes générations qui ont le potentiel adéquat. À eux de profiter de cette chance pour s’affirmer, ou progresser, ou réfléchir aux difficultés parfois inattendues qu’ils ont rencontrées.

    Un programme comme celui-ci se prête de façon idéale à cette gestion des personnalités de la compagnie dans un plan de carrière à longue échéance. Prenons quelques exemples. Pour le célèbre Spectre de la rose immortalisé par son créateur Nijinski, nous avons vu aux deux premiers spectacles la toute jeune Étoile Mathias Heymann puis le Premier Danseur expérimenté Emmanuel Thibault.

    Mais il y aura aussi le tout nouveau Premier Danseur Josuah Hoffalt et même le Coryphée Marc Moreau à qui l’ont fait beau cadeau à risque. Nouveau Premier Danseur lui aussi, Vincent Chaillet succédera à l’Étoile José Martinez et au Premier Danseur Stéphane Phavorin dans le Tricorne aux côtés du sujet Alice Renavand. Des défis multiples auxquels s’ajoutent le fait que la plupart des Étoiles et Premiers Danseurs qui dansent ces quatre ballets en alternance effectuent aussi des prises de rôle. Passionnant. On comprend que certains balletomanes soient là tous les soirs !

    Le Spectre de la rose, Prélude à l’après-midi d’un faune, le Tricorne, Petrouchka, c’est un voyage au cœur des plus mythiques pièces des Ballets russes, tant pour les chorégraphies que pour les partitions et les décors. Massine, Fokine, Nijinski, Debussy, De Falla et Stravinsky, Picasso, Bakst, Benois, quel rendez-vous avec les plus grands noms du XXe siècle auxquels est associé le romantisme de Weber! Mais il faut maintenant assumer.

    Le Spectre de la rose

    Des deux premières distributions, il ressort pour le Spectre de la Rose que tout le talent naturel et la superbe technique du jeune Mathias Heymann, s’ils éblouissent, ne parviennent pas donner toute sa dimension au rôle-titre. Qu’y manque-t-il ? Ce qu’Emmanuel Thibault y apporte, une aisance, une âme, une désinvolture, un naturel dans son extraordinaire travail de bras et de mains qui sont du monde du rêve, de l’irréel, de la poésie et pas seulement de la belle danse. Avec leur physique de ballerines romantiques plus vrai que nature, Isabelle Ciaravolla et Delphine Moussin prennent avec honneur la relève de la créatrice Karsavina.

    Prise de rôle de la grande Étoile Nicolas Le Riche dans l’Après-midi d’un faune, où l’on reçoit toujours le même choc au lever de rideau quand apparaît l’incroyable décor de Bakst. Contrairement à ce qui semblait une évidence, Le Riche aborde trop timidement ce ballet difficile entre tous. Peut-être pour ne pas abuser de la sensualité naturelle de son physique et de sa danse, il finit par en manquer, semble quelque peu contraint, plus statue ou gravure que faune dont le comportement érotique scandalisa tant le public de 1912.

    Bullion le plus convaincant en faune

    Le Premier Danseur Stéphane Bullion en revanche, bénéficie sans doute de ses expériences passées, car il convainc plus, sensuel sans affectation, un peu enfantin et presque malicieux, plastique elle aussi parfaite, avec un visage et des regards très signifiants. Une belle interprétation. Les deux Nymphes, Émilie Cozette et Stéphanie Romberg, sont parfaites.

    Avec le Tricorne, on est quand même frappé par la légèreté de l’argument… et même par celle de la chorégraphie. Nous avons été trop gâtés par tout ce que les chorégraphes nous ont donné depuis pour ne pas rester sur notre faim. Il y a fort heureusement les décors et costumes de Picasso et la formidable interprétation de José Martinez le premier soir. Il est vraiment le triomphateur de toute la soirée, incroyable d’esprit, de virtuosité, d’astuce, d’intelligence, exemple parfait d’une Étoile au sommet de sa maturité et de son art.

    Sa partenaire, Marie-Agnès Gillot, fait elle aussi preuve d’autant de sûreté technique et de sens théâtral que d’humour. Sans nullement démériter, Stéphane Phavorin et Eve Grinsztajn n’atteignent pas les mêmes sommets, mais c’est pour eux, comme pour Gillot d’ailleurs, des prises de rôles. Excellents Corrégidor comiques à souhait de Fabrice Bourgeois et Pierre Rétif.


    Jérémie Bélingard touchant dans Petrouchka

    Deux Petrouchka enfin, peut-être le rôle des rôles du répertoire des Ballets russes, se sont pour l’instant succédés. On reprochera à Benjamin Pech, qui y paraît, tout comme Jérémie Bélingard pour la première fois, une certaine timidité dans la composition dramatique du personnage. Là où d’autres comme Patrick Dupond ou Laurent Hilaire notamment nous tiraient des larmes, il reste un peu extérieur à ce mini drame à la russe proche de l’expressionnisme.

    Jérémie Bélingard s’en approche davantage, plus expressif, plus touchant, plus investi, réalisant une très convaincante composition. Mais ici encore, connaissant les vastes possibilités que Pech montre dans d’autres ballets, on peut s’attendre à ce qu’il mûrisse son interprétation. Avec l’un comme avec l’autre, Yann Bridard en Maure et Clairemarie Osta en Ballerine sont parfaits à tous égards. À noter aussi l’apparition de Michael Denard en vieux Charlatan. Peu de temps en scène, mais quelle présence !

    On ne peut conclure un tel commentaire sans louer l’excellence de l’interprétation musicale de l’Orchestre de l’Opéra sous la baguette de Vello Pähn, ni sans souligner le remarquable travail effectué par les ateliers de costumes maison. On se croirait au soir de la création ! Excellent programme de divertissement, donc, pour cette fin d’année, même si tous les interprètes n’ont pas pour l’instant répondu totalement à ce que l’on attendait d’eux. Il était de tâche de l’Opéra de Paris de proposer cet hommage. La variété des distributions en fait aussi le vivant kaléidoscope d’une compagnie pleine de vie.




    Palais Garnier, Paris
    Le 13/12/2009
    GĂ©rard MANNONI

    Première et deuxième distributions pour le programme Ballets russes au Ballet de l’Opéra national de Paris.
    Ballets russes

    Le Spectre de la rose
    chorégraphie : Mikhäil Fokine
    musique : Carl-Maria von Weber orchestrée par Berlioz
    décors et costumes : Léon Bakst

    L’après-midi d’un faune
    chorégraphie : Valsav Nijinski
    musique : Claude Debussy
    décors et costumes : Léon Bakst

    Le Tricorne
    chorégraphie : Léonide Massine
    musique : Manuel de Falla
    décors et costumes : Pablo Picasso
    Andrea Hill, soprano

    Petrouchka
    chorégraphie : Mikhaïl Fokine
    musique : Igor Stravinski
    décors et costumes : Alexandre Benois

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Vello Pähn
    réalisation éclairages : Madjid Hakimi

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris.

     


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