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L'ACTUALITE DE LA DANSE 20 mai 2019

Programme du Béjart Ballet de Lausanne à l’Opéra de Paris.

Programme culte et cultivé
© Laurent Philippe

Le Marteau sans maître

Il y avait dix-huit ans que le Béjart Ballet de Lausanne ne s’était pas produit sur la scène du Palais Garnier. Deux ans après la disparition de son fondateur, la compagnie suisse dirigée par Gil Roman prouve qu’elle n’a rien perdu de son mordant ni de son talent. Quatre chorégraphies sur les musiques exigeantes de Bartók, Webern et Boulez parviennent à faire salle comble.
 

Palais Garnier, Paris
Le 05/01/2010
Olivier BRUNEL
 



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  • Chaque première semaine de l’année, l’Opéra de Paris invite une compagnie étrangère prestigieuse pendant que son ballet se repose des éprouvantes séries de la période des fêtes. Cette année, place au Béjart Ballet de Lausanne ! Avec une sélection d’œuvres intimistes du chorégraphe français Maurice Béjart (1927-2007) dont le programme musical consacré à trois grands réformateurs de la musique au XXe siècle : Bartók, Webern, Boulez, aurait il y a dix ans encore généreusement rempli des quarts de petites salles d’une manifestation d’avant-garde, disons par exemple le Festival d’Automne.

    Aujourd’hui, il remplit tous les soirs le Palais Garnier pendant une semaine, et pas n’importe laquelle, la première de l’année qui, en général, est celle où le public se remet des fêtes à domicile. Ne nous leurrons pas, le nom de Béjart fait l’effet de baguette magique sur ces trois noms qui sont plutôt ce qu’on appelle dans le jargon du métier un box office poison.

    La Compagnie Béjart Ballet a remonté spécialement pour l’Opéra de Paris les trois dernières pièces du programme. Le soir de la première, une fois admises les dissonances de la Sonate pour deux pianos et percussion de Bartók (1939) et avalée l’austérité des Mouvements pour quatuor à cordes op. 5 de Webern (1909), une partie du bien conservateur public du parterre du Palais Garnier ne cachait pas sa réticence à Dialogue de l’ombre double de Boulez et n’était pas au bout de ses peines, car après l’entracte venait le Marteau sans maître du même compositeur, une autre paire de manches.

    Mais, luxe suprême, dans la fosse et sur la scène (pour Webern et pour l’Ombre Double par le merveilleux clarinettiste Alain Damiens), ce sont les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain dont Pierre Boulez est le fondateur qui, sous la direction de Jonathan Nott, défendaient superlativement ce difficile programme.

    Programme très littéraire aussi car Sonate à trois (1957) s’inspire des ambiguïtés existentialistes du Huis-Clos de Jean Paul Sartre avec trois danseurs et déjà les chaises dont aujourd’hui aucun chorégraphe en peine d’inspiration ne saurait se passer ! Le vocabulaire du grand Béjart est déjà entièrement présent dans cette pièce précoce basée sur des jeux triangulaires de la séduction à fleur de nerfs et dansé très subtilement par Domenico Levré, Elisabet Ros et Kateryna Shalkina.

    Webern Opus V (1966), le seul exempt de substrat littéraire avoué, fait dans son épure penser plus d’une fois à Balanchine, sans que l’on puisse soupçonner Béjart d’avoir voulu lui rendre hommage. La danse se joue de la forme musicale extrêmement rigoureuse de Webern et envahit même les espaces du sacrosaint silence entre les cinq brefs mouvements du quatuor. Paul Knobloch et Kathleen Thielhelm se coulent avec rigueur dans cette chorégraphie pure et profondément originale.

    Dialogue de l’ombre double (1998), qui puise sa source dans deux scènes du Soulier de satin de Claudel, est certainement la pièce la plus intelligente du programme autant par la réussite de Béjart dans sa chorégraphie que par la prouesse musicale, avec un clarinettiste parcourant la scène en dialoguant avec l’enregistrement sur bande magnétique de son propre instrument avec le soutien d’un piano résonnant. Probablement un des meilleurs des rares crus bouléziens. Les deux très jeunes danseurs Kateryna Shalkina et Oscar Chacon excellent dans cette course poursuite entre deux corps, pleine de malice et de joie.

    Le Marteau sans maître, première œuvre qui conféra à Boulez un certain renom, a été inspirée par le recueil de René Char. La partition, complexe et qui convoque un mezzo-soprano et six instruments, est un formidable support à une chorégraphie. Béjart a réalisé une pièce minutieusement réglée, utilisant un maniérisme postural qui compense la rigueur de l’écriture musicale.

    C’est la plus étoffée de ces quatre chorégraphies, véritable mise en scène avec sept danseurs et autant de personnages vêtus de grandes robes noires et cagoulés qui évoquent l’Orient, le culte du Soleil et autres références aussi philosophiques que mystérieuses et dont la chorégraphie inégale comporte des moments très prenants.

    Un tout autre aspect, plus chambriste, de l’art de Béjart que l’on sait gré à l’Opéra de Paris d’avoir montré aux générations qui ne l’ont pas connu et d’avoir démontré ainsi qu’il n’est pas seulement le chorégraphe des grandes cérémonies dans de vastes espaces pour un public populaire.




    Palais Garnier, Paris
    Le 05/01/2010
    Olivier BRUNEL

    Programme du Béjart Ballet de Lausanne à l’Opéra de Paris.
    Sonate à trois
    D’après Huis Clos de Jean-Paul Sartre
    musique : Béla Bartók (Sonate pour deux pianos et percussion)
    chorégraphie : Maurice Béjart

    Dialogue de l’ombre double
    musique : Pierre Boulez
    chorégraphie : Maurice Béjart
    costumes : Anna De Giorgi
    Alain Damiens, clarinettiste

    Webern Opus V
    musique : Anton Webern (Cinq mouvements pour quatuor à cordes op. 5)
    chorégraphie : Maurice Béjart

    Le Marteau sans maître
    D’après le recueil de René Char
    musique : Pierre Boulez
    chorégraphie : Maurice Béjart
    décors et costumes : Joëlle Roustan & Roger Bernard
    Hilary Summers, contralto

    Ensemble Intercontemporain
    direction : Jonathan Nott

    Béjart Ballet Lausanne
    directeur artistique : Gil Roman

     


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