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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

Les Saisons russes du XXIe siècle au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Encombrant héritage
© Emmanuel Donny

Petrouchka

L’héritage des Ballets russes de Diaghilev est difficile à assumer. Il ne suffit pas de faire des costumes et des décors flambant neufs ni de revoir les chorégraphies. Ce spectacle décevant du Ballet du Kremlin dans le cadre des Saisons russes XXI du Théâtre des Champs-Élysées en est une nouvelle preuve.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 31/03/2011
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Les Ballets russes de Diaghilev n’ont jamais suscitĂ© autant d’engouement qu’en ces annĂ©es oĂą l’on fĂŞte leurs diffĂ©rents anniversaires. Première venue Ă  Paris, premier spectacle ici oĂą lĂ , première du Sacre du printemps en 2013 au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es. Depuis 2009, hommages et manifestations ont prolifĂ©rĂ©.

    Ainsi, le très sympathique et actif Andris Liepa est-il revenu une troisième fois au Théâtre des Champs-Élysées avec un programme de résurrections assumé par la Fondation Maris Liepa et les Ballets du Kremlin. On aime beaucoup Andris qui fut un très beau danseur et qui met une énergie et un zèle admirables à entretenir la mémoire de la danse russe.

    Mais le problème des Ballets russes et plus complexe et ses spectacles ont été ces dernières années de niveau inégal, celui de cette année ne comptant pas par les meilleurs ! Ce n’est en effet pas en Union soviétique que s’était transmise la tradition Diaghilev, les autorités culturelles l’ignorant alors radicalement. Ce n’est qu’après les premiers signes d’ouvertures de la perestroïka que l’on vit pour la première fois à Moscou certaines des créations des Ballets Russes, par l’Opéra de Paris d’ailleurs, dans un spectacle où intervenaient aussi quelques Étoiles du Bolchoï.

    La tradition, c’est donc en Europe occidentale qu’elle fut gardĂ©e, notamment par les anciennes stars des Théâtres impĂ©riaux ayant Ă©migrĂ© en France, en Grande Bretagne, en AmĂ©rique. D’oĂą le cĂ´tĂ© souvent hasardeux de « versions originales reconstituĂ©es en Russie Â».

    En outre, les spectacle des Ballets russes ont été marqués par d’incessantes audaces qui épataient le public d’alors, par des danseurs d’exception, par la création d’un nombre important de pièces majeures et de chefs-d’œuvre, tout en comprenant aussi bien des ballets de circonstance qui purent alors séduire par leur nouveauté mais demandent aujourd’hui des interprétations de tout premier ordre pour susciter l’intérêt d’un public qui en a vu bien d’autres depuis.

    On pourrait dire la même chose des autres grandes compagnies du XXe siècle, comme celle de Cuevas ou même de l’œuvre globale de la plupart des grands chorégraphes qui ont tous laissé des chefs-d’œuvre mais aussi des ballets demandant à être défendus au plus haut niveau pour survivre.

    Le célèbre Chopiniana de Fokine dut essentiellement son succès et son entrée dans la légende à son interprétation par trois danseurs eux aussi légendaires : Karsavina, Pavlova et Nijinski. Pour donner vie à cet hommage à la danse romantique et l’empêcher de paraître bien fade et convenu au public d’aujourd’hui, il faut naturellement aussi des danseurs d’exception. Ce n’est pas le cas ici.

    Des quatre solistes féminines, aucune, même l’Étoile du Bolchoï Marianna Ryjkina, n’ont la stature de prendre une si glorieuse relève. Magnifique danseur, Nicolaï Tsiskaridze que l’on vit entre autres dans la Bayadère à l’Opéra de Paris et que Roland Petit utilisa si bien dans la Dame de Pique, n’est pas davantage à l’aise, trop grand, trop sculptural pour incarner le Poète, et plus efficace dans les grands sauts que dans la finesse des petites batteries.

    Vient ensuite un surprenant Petrouchka, où une approche très personnelle de la chorégraphie originale de Fokine n’est guère mieux servie par des interprètes moyens et une décoration outrancièrement bariolée et si rutilante qu’elle finit par brouiller la vue et tuer toute poésie et tout impact dramatique. De multiples ajouts acrobatiques brouillent tout autant la lecture de la chorégraphie de Fokine, si originale et si nouvelle pour l’époque.

    Enfin, malgré tout le respect et toute l’admiration que l’on a pour le remarquable danseur que fut Vladimir Derevienko, impossible de nier que c’est pour lui une erreur de s’aventurer dans un rôle comme celui de Petrouchka à ce stade de sa carrière. Rien, dans le contexte général du spectacle, ne peut en outre le mettre en valeur. Ce manque de rigueur et tout simplement de moyens chorégraphiques n’est pas possible pour défendre un ballet comme celui-ci.

    Avec les Danses polovtsiennes, rien ne s’arrange. Il faut aussi un Corps de ballet et surtout un soliste homme d’une tout autre trempe pour que jaillissent vraiment les émotions que doit engendrer cette musique brillante et colorée. N’en voulons pas au danseur aux piètres sauts qui remplace Mikhaïl Lobouchkine malade dans le rôle théoriquement bondissant du Polovstien et regrettons que la ravissante et bien dansante Ilze Leipa n’ait pas elle bénéficié d’un meilleur entourage.

    De tout cela, il ressort à l’évidence que l’on ne peut pas s’emparer d’un tel répertoire pour le proposer dans un lieu aussi mythique que ce théâtre à un public qui voit à longueur d’années ici et sur les autres grandes scènes de la capitale des œuvres de ce type montées et dansées à un tout autre niveau, même avec les meilleures intentions du monde, beaucoup d’énergie, une solide organisation et un long discours de présentation remerciant un par un tous les sponsors – qui a bien pu laisser ce cher Andris Liepa se hasarder à cette exhibition si loin de habitudes françaises ?

    Aussi sympathiques et parfois réussies que soient les manifestions de ces Saisons Russes, il n’y a pas de raison de leur accorder une indulgence spéciale quand l’immense réputation de la danse russe est maintenue par ailleurs avec les admirables danseurs et les belles productions que nous ont proposé par exemple ces derniers temps le Bolchoï ou le Mariinski. Mieux vaudrait peut-être aller vers un répertoire autre que celui qu’assument en permanence ces compagnies historiques et ne pas risquer ainsi de désagréables comparaisons.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 31/03/2011
    GĂ©rard MANNONI

    Les Saisons russes du XXIe siècle au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Les Saisons russes du XXIe siècle
    Chopiniana, musique de Chopin, chorégraphie de Michel Fokine, décors et costumes d’après Alexandre Benois, mise en scène d’Andris Liepa, reconstitution des décors et costumes d’Anna Nejni
    Petrouchka, musique d’Igor Stravinsky, chorégraphie de Michel Fokine, décors et costumes d’après Alexandre Benois, mise en scène Andris Liepa, reconstitution des décors et costumes Anna Nejni
    Danses polovtsiennes, musique d’Alexandre Borodine, chorégraphie de Michel Fokine, décors et costumes de Nicolas Rœrich, mise en scène d’Andris Liepa, reconstitution des décors et costumes d’Anna Nejny
    Avec les solistes et les danseurs du Ballet du Kremlin
    Musique enregistrée

     


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