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L'ACTUALITE DE LA DANSE 04 juin 2020

Reprise de l’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan au Ballet de l’Opéra national de Paris.

Grand théâtre dansé
© Anne Deniau

Distribution de rêve pour cette reprise de l’Histoire de Manon du Britannique Kenneth MacMillan. L’exceptionnel trio d’Étoiles Aurélie Dupont, Josua Hoffalt, Jérémie Bélingard donne toute sa force théâtrale à un spectacle somptueusement monté et construit sans la moindre erreur, malgré les blessures ayant affecté les distributions.
 

Palais Garnier, Paris
Le 25/04/2012
GĂ©rard MANNONI
 



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    La version Manon de MacMillan, réalisée sur différentes pages orchestrales de Massenet, est très figurative, narrative, on pourrait presque dire réaliste, avec des moments d’une vraie violence, d’autres d’une infinie délicatesse. On se dit que le chorégraphe a compris la vérité profonde de l’œuvre littéraire et de la musique quelques années-lumière mieux que la pitoyable approche de Coline Serreau dans la production lyrique vue récemment à la Bastille. Nous sommes ici dans le vrai monde libertin du XVIIIe siècle, avec ses contrastes entre cruauté et raffinement, ses côtés sadiens et ses côtés Pompadour.

    La danse est un exemple parfait de ce que peut exprimer le langage classique sans déroger à ses principes et à son style et en se rapprochant au plus près de l’expression théâtrale. Les visages racontent autant que les corps et le trio d’Étoiles réuni ici a tous les dons pour jouer à fond se jeu difficile.

    Silhouette fine, jambes parfaitement dessinées et idéalement tendues quand il le faut – quelle arabesques ! – Josua Hoffalt est un Des Grieux touchant de jeunesse, de sincérité, de fragilité, technique pure, solide, qu’il maîtrise avec aisance et charme. Comme on s’y attendait, c’est une véritable Étoile. De plus, il est en tous point en accord avec l’incroyable Manon d’Aurélie Dupont. Comme on l’a déjà dit à propos de ses récentes Bayadères, Aurélie Dupont est au sommet de ses possibilités comme ballerine et comme interprète dramatique, une très grande Étoile, incontestablement.

    Avec une grâce infinie, des bras d’une souplesse et d’une expressivité confondantes, une sensualité ingénue, une intelligence qui lui fait comprendre et traduire toutes les nuances des situations en contraste qu’elle vit au cours de ce drame, elle marque l’histoire de ce ballet de façon inoubliable, tout en élégance, en subtilité, pieds superbes, rapport parfait dans les portés avec Hoffalt, ralentis incroyables d’onctuosité. Et quelle beauté !

    Jérémie Belingard est Lescaut, rôle très développé par MacMillan et qui a lui aussi de multiples facettes. Sinistre souteneur qui vend sa sœur au plus offrant, maltraite sa maîtresse et entraîne tout le monde vers une fin tragique avant de périr lui-même lamentablement, il est doté aussi d’une variation d’ivresse d’une drôlerie irrésistible suivie d’une pas de deux tout aussi comique dans lequel Muriel Zusperreguy est une excellente partenaire.

    Bélingard ne sombre jamais dans la facilité vulgaire, restant dans l’esprit de ces débauchés des Lumières symboles d’une société en décomposition mais encore porteuse des scories d’une culture brillante. Superbe technique à tous égards lui aussi, mais cela on le savait déjà, utilisée ici tour à tour dans la force et dans l’humour avec un égal bonheur. Une incarnation épatante.

    Le reste de la distribution est à l’avenant, Corps de ballet et seconds rôles, où l’on retrouve avec joie la beauté et l’éclat scénique de Viviane Descoutures en Madame de grand luxe. Muriel Zusperreguy a beaucoup d’abattage en Maîtresse de Lescaut. Bref, l’une de ces soirées où tout fonctionne et qui viennent rappeler que ces grandes fresques classiques ne supportent aucune approximation dans leurs distributions.

    Rude tâche, il est vrai, que d’y parvenir, avec les blessures à répétition qui frappent la compagnie par moment ! Et surprise plus ou moins agréable pour des spectateurs qui achètent si longtemps à l’avance leurs billets que les distributions leur sont inconnues et qu’ils peuvent tomber sur leur meilleur comme sur le franchement moyen, comme on a pu le constater dans la série des Bayadères.

    Mais c’est aussi un avantage que les salles se remplissent pourrait-on dire les yeux fermés, sur la seule foi du signe Ballet de l’Opéra.




    Palais Garnier, Paris
    Le 25/04/2012
    GĂ©rard MANNONI

    Reprise de l’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan au Ballet de l’Opéra national de Paris.
    L’Histoire de Manon
    Ballet en trois actes d’après le roman de l’Abbé Prévost
    chorégraphie : Kenneth MacMillan
    musique : Jules Massenet
    décors et costumes : Nicholas Georgiadis
    Ă©clairages : John B.Read

    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Koen Kessels

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris

     


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