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L'ACTUALITE DE LA DANSE 30 mai 2020

Programme Bel/Millepied/Robbins au Ballet de l’Opéra national de Paris.

Danse classique à l’honneur
© BenoĂ®te Fanton

Soirée très attendue au Ballet de l’Opéra de Paris avec deux créations de Jerôme Bel et Benjamin Millepied, et l’entrée au répertoire d’une œuvre majeure de Jerome Robbins. Beau succès dans le climat particulier de la toute récente démission du directeur de la compagnie. Mais de tout cela, la danse classique ressort encore grandie.
 

Palais Garnier, Paris
Le 05/02/2016
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Cette programmation se voulait certainement au moins en partie rĂ©volutionnaire. Il en a en fait rĂ©sultĂ© un magnifique hommage Ă  la danse classique, notamment avec la pièce Tombe de JĂ©rĂ´me Bel, que l’on attendait comme exprimant la volontĂ© de dĂ©sacralisation de la tradition proclamĂ©e par le chorĂ©graphe adepte de la non danse. Bel avait demandĂ© aux danseurs de l’OpĂ©ra de proposer des projets leur permettant de danser avec un partenaire avec lequel ils n’auraient aucune raison logique de se retrouver sur le plateau de Garnier.

    Il y eut beaucoup de propositions, beaucoup de décantage pour parvenir à trois courtes pièces durant en tout trente minutes. Le thème de Giselle, le ballet des ballets, était retenu, et, grâce au talent, à l’imagination et aussi à l’ouverture des danseurs sur le monde extérieur, nous avons eu trois moments d’émotion forte, trois moments différents mais illustrant chacun à leur manière la magie de ce lieu, de ce répertoire et de l’univers classique.

    Grégory Gaillard, Coryphée dans le Corps de ballet, a choisi d’inviter la jeune caissière du supermarché où il fait ses courses et qu’il voit presque quotidiennement. Henda Traore, ravissante jeune femme de couleur, s’est donc retrouvée chaperonnée par le danseur depuis les coulisses jusque sur le plateau de Garnier, explorant au fil de ses explications, les différents éléments concrets participant à un spectacle, celui du deuxième acte de Giselle en l’occurrence.

    Des projecteurs aux cintres, des pendrillons aux poursuites et à la tombe en bois de Giselle, Gaillard expliqua tout, tranquillement, gentiment, sans condescendance ni ostentation, juste avec un amour profondément ressenti de tout ce qui fait son cadre normal de travail à lui. Plusieurs moments magiques, dont celui où le décor du II s’enlève vers les cintres, découvrant les batteries de lumières et au lointain le foyer de la danse, tout doré. Et puis, pour conclure, dans le cercle lumineux d’une poursuite, la jeune femme dansant comme tous les jeunes d’aujourd’hui et Gaillard s’animant autour d’elle, passant peu à peu à quelques grands jetés et figures traditionnelles. Confrontation de deux mondes mais magie de ce théâtre et de ce genre de spectacles merveilleusement mis en valeur.

    Sébastien Bertaud, Sujet, avait choisi pour partenaire inattendue la jeune et jolie Sandra Escudé, apprentie ballerine privée accidentellement d’une jambe, mais n’ayant pour autant renoncé à aucune de ses passions, l’équitation et la danse. Et sur son fauteuil roulant, guidée par Sébastien, voici devant nous une version reconstituée et adaptée du pas de deux de Giselle, aux entrées aussi subtiles, fluides, rapides et immatérielles que par n’importe quelle Étoile en titre. Dans une gestuelle élégante et de beau style, rencontre tendre, passionnelle, entre deux jeunes, dans un monde de fantômes, s’achevant sur une très émouvante sortie, le danseur blotti sur les genoux de sa partenaire, roulant tous deux vers un destin plus heureux que celui offert par le monde des mortels.

    L’Étoile Benjamin Pech a voulu associer le public en général, à travers la personne de la délicieuse Sylviane Milley, balletomane compulsive, petite silhouette présente au premier rang à tous les spectacles, attendant les danseurs, notamment Benjamin, chaque soir à la sortie, s’offrant sur ses propres deniers les voyages et les séjours lui permettant de les suivre en tournée. Chère Sylviane, si souvent proche de moi dans les salles où dansait l’Opéra, depuis tant d’années, et même au Japon lors d’une tournée de la compagnie à Tokyo !

    Benjamin Pech voulait lui faire l’honneur de passer cette fois de l’autre côté de la rampe. Mais elle a 85 ans et la maladie l’a privée de réaliser ce rêve. C’est à la projection des dernières répétitions en studio que l’on assiste, nouveau moment d’émotion, l’Étoile manipulant sa frêle partenaire avec autant de précautions que si elle était une précieuse porcelaine, mais aussi avec beaucoup de respect et d’amour. Vraiment très beau, cette manière de faire tomber la barrière de la rampe qui sépare les danseurs de ceux qui les aiment à la passion.

    Jerôme Bel a-t-il vraiment voulu casser les mythes de la danse classique ? On ne sait plus. Les danseurs, en tout cas, on tous rendu à leur art un hommage détourné mais original, fervent, illustrant l’amour qu’ils lui portent et en traduisant certains des aspects les plus magiques et les plus immortels.

    Suivait la très jolie création de Benjamin Millepied la Nuit s’achève, sur la Sonate Appassionata de Beethoven, vaillamment interprétée par Alain Planès. Dans un style classique pur, Millepied a une fois encore mis en valeur la technique des danseurs de la compagnie, six artistes, connus comme la Première Danseuse Amandine Albisson, l’Étoile Hervé Moreau ou Marc Moreau, et sortis par lui du rang comme Ida Wilkinskovsky, Sas Eun Park ou Jeremy-Loup Quer, tous belles personnalités, superbes techniciens et vrais stars de demain. C’est certes proche de Robbins, mais ça a de l’allant, du charme, de l’éclat. Le public a chaleureusement applaudi le chorégraphe, ne lui manifestant pas de rancune pour sa fuite précipitée.

    La soirée s’achevait par l’entrée au répertoire des Variations Goldberg de Jerome Robbins, longue pièce de presque deux heures, défendue au piano par l’excellente Simone Dimmerstein, une tâche peu aisée. Corps de ballet et Étoiles se sont investis avec foi dans cette chorégraphie très musicale, pleine de fantaisie et de rigueur aussi. Aux côtés des Étoiles Myriam Ould-Braham, Laura Hecquet, Ludmilla Pagliero, Josuah Hoffalt, Matthieu Ganio et Karl Paquette, la forte personnalité et la superbe danse de Germain Louvet, une fois encore, n’est pas passée inaperçue.




    Palais Garnier, Paris
    Le 05/02/2016
    GĂ©rard MANNONI

    Programme Bel/Millepied/Robbins au Ballet de l’Opéra national de Paris.
    Tombe
    conception : Jérôme Bel, assisté de Chiara Gallerani
    Avec Henda Traore et Grégory Gaillard, Sandra Escudé et Sébastien Bertaud, Sylvian Milley et Benjamin Pech
    La Nuit s’achève
    choréraphie : Benjamin Millepied
    musique : Ludwig van Beethoven
    scénographie : Camille Dugas
    costumes : Alessandro Sartori
    Ă©clairages : Madjid Hakimi
    Alain Planès, piano.
    Les Variations Goldberg
    chorégraphie : Jérôme Robbins, réglée par Elyse Borne et Ben Huys
    musique : Johann Sebastian Bach
    costumes : Joe Eula
    Ă©clairages : Jennifer Tipton
    Simone Dinnerstein, piano

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris

     


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