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L'ACTUALITE DE LA DANSE 16 octobre 2018

Programme Balanchine-Teshigawara-Bausch au Ballet de l’Opéra national de Paris.

Sommets chorégraphiques
© Agathe Poupeney

Au Palais Garnier, excellent programme contemporain réunissant deux quasi classiques et une création. Les reprises d’Agon de Balanchine et du plus que génial Sacre du printemps de Pina Bausch encadraient la création de Grand Miroir, de Saburo Teshigawara, chorégraphié sur le Concerto pour violon d’Esa-Pekka Salonen.
 

Palais Garnier, Paris
Le 25/10/2017
Gérard MANNONI
 



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  • La soirée avait déjà d’emblée un grand avantage, celui de réunir deux grandes partitions de Stravinski sous la baguette d’un chef parmi les plus éminents de l’époque, lui-même signataire de la création mondiale affichée. D’où la présence dans la salle de certains critiques musicaux rarement vus au ballet. Et puis, pour Agon, c’était aussi l’occasion de la nouvelle génération d’Étoiles comme Germain Louvet et Hugo Marchand, et de très probables futures Étoiles comme Hannah O’Neill, Sae Eun Park et pourquoi pas aussi Audric Bezard et Florian Magnenet. Ajoutez à cela deux Étoiles confirmées, Dorothée Gilbert et Myriam Ould-Braham, quatre excellentes Corps de ballet, mesdemoiselles Gorse, Bon, Boucaud et Stojanov, et vous aurez la recette d’un succès assuré et mérité.

    Créé à New York par le New York City Ballet en 1957, entré au répertoire de l’Opéra en 1974, Agon est un hommage imaginé par Stravinski aux danses françaises du XVIIe siècle, naturellement sous une forme moderne qui lui est personnelle, et qui a inspiré à Balanchine, dans une démarche commune avec le compositeur, l’un de ses ballets les plus purs et les plus rigoureux. C’est ainsi l’une des plus parfaits exemples depuis l’alliance de Tchaïkovski et de Petipa, de ce que peuvent réaliser musicien et chorégraphe de cette ampleur lorsqu’ils œuvrent étroitement ensemble.

    On sait que les danseurs de l’Opéra sont préparés à ce répertoire dès l’École maison et nul ne s’étonnera de voir cette génération s’imposer avec autant d’élégance, de facilité apparente et de plaisir dans ce style toujours aussi difficile à situer entre classicisme et modernité, tant l’invention fuse sans cesse sur des bases traditionnelles. Et la baguette d’Esa-Pekka Salonen éloigne de toute routine cette musique elle aussi hors du temps.

    Pour Grand Miroir, avant toute considération d’ordre chorégraphique, on ne peut qu’être conquis par la partition de ce Concerto pour violon qu’interprète Akiko Suwanai, virtuosité ahurissante, musicalité magistrale. L’œuvre est splendide, par son traitement des timbres et des rythmes, ses couleurs, et l’impression qu’elle donne de ne pas contenir une mesure inutile ni indifférente. Un très grand plaisir musical donc, comme le sera celui de l’interprétation du Sacre du printemps par Salonen, autre moment de grande perfection orchestrale jointe à des images qui gardent leur immense impact.

    En est-il de même des images de Grand Miroir ? Teshigawara s’inspire ici de l’un de ses propres poèmes, dont les premières phrases suffisent à donner une idée de l’univers complexe mais très riche que la danse va devoir s’approprier : « Le miroir double le monde, double sa profondeur, plat reflet de désespoir et d’idéal, amenant au pour depuis les ténèbres un désordre enfoui qui inverse par l’optique les illusions, ses deux faces n’en sont qu’une réalité de l’incessant mouvement de la vie, temps fixe de l’éternité. »

    À partir de cela, terreau aux multiples composants très stimulants pour un imaginaire comme celui de Teshigawara, ce dernier lance une dizaine de danseurs, cinq hommes, cinq femmes, dans les clairs-obscurs de corps tourbillonnants bras ouverts comme emportés par une tempête, autant intérieure qu’extérieure. Il y a de brusques arrêts, comme ceux d’un cœur hésitant entre vie et mort, des lumières changeantes, et surtout une utilisation extrême de l’énergie du corps qui éblouit, perturbe et interroge.

    Difficile de résister à ce souffle et l’on admire celui des danseurs qui parviennent à investir ce monde abstrait de façon aussi physique et à nous y entraîner à leur suite. Il est vrai qu’en même temps la musique est puissante, le violon irrésistible, bref, que tout s’allie pour que nous plongions presque malgré nous dans ces mondes d’au-delà les miroirs aussi fascinants qu’effrayants. Il faut citer tous les danseurs, mesdemoiselles Cosette, Bourdon, Vareilhes, Hilaire, Joanides, messieurs Ganio, Louvet, Gaillard, Conforti, Guillemard, tous formidable d’investissement, de technique, de musicalité.

    Et puis, que dire pour finir de cette énième reprise du Sacre selon Pina Bausch, défendu lui aussi avec une foi absolue par tous les participants, menés par Karl Paquette et par l’Élue d’Eleonora Abbagnato, d’une foudroyante intensité ? L’émotion, le choc, l’explosion de la sensualité de la musique et des rites sacrés qu’elle évoque, tout reste intact et le restera pour les générations à venir.




    Palais Garnier, Paris
    Le 25/10/2017
    Gérard MANNONI

    Programme Balanchine-Teshigawara-Bausch au Ballet de l’Opéra national de Paris.
    Agon
    musique : Stravinski
    chorégraphie : Balanchine
    Grand Miroir
    musique : Esa-Pekka Salonen (concerto pour violon 2009)
    chorégraphie, scénographie, costumes & lumières : Saburo Teshigawara
    Le Sacre du printemps
    musique : Stravinski
    chorégraphie : Pina Bausch
    scénographie, costumes & lumières : Rolf Borzik

    Akiko Suwanai, violon
    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Esa-Pekka Salonen

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra national de Paris

     


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