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L'ACTUALITE DE LA DANSE 06 juillet 2020

Création de Body and Soul de Crystal Pite à au Ballet de l’Opéra de Paris.

Lamé, le corps
© Julien Benhamou

Très attendue, la deuxième création de Crystal Pite pour l’Opéra rompt avec Season’s Canon qui avait fait son triomphe en 2016 et séduit lentement avec, sur une scène dénudée, un premier et deuxième acte d’une sensibilité et d’une délicatesse rares avant de basculer dans l’univers des fourmis SM à Las Vegas. Une aberration totale au premier sens du terme.
 

Palais Garnier, Paris
Le 26/10/2019
François FARGUE
 



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  • Depuis sa crĂ©ation, The Season’s Canon, lors de la soirĂ©e d’ouverture de la saison 2016 du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, la Canadienne Crystal Pite est devenue en une nuit la reine des chorĂ©graphes Ă  avoir contribuĂ© Ă  l’élargissement du rĂ©pertoire de la compagnie. Ce ne furent pas seulement les danseurs maison et leur directeur d’alors, l’éphĂ©mère Millepied, qui s’enchantèrent de ce ballet mais aussi le public littĂ©ralement en transe devant les forces telluriques Ă©manant de cet opus avec, motif rĂ©current de l’œuvre, ses alignements de danseurs imitant les ondulations de la chenille gĂ©ante ou de la vague qui va et vient.

    Autant dire que son retour au Palais Garnier pour une deuxième création était l’événement le plus attendu de cette première partie de saison. Or, à la fin de la première partie de trente minutes, on se lève pour l’entracte avec un sentiment de manque. Dans le fond, on s’attendait à nouveau à du spectaculaire et Pite, cette fois, nous enchante avec autre chose : une sensibilité à fleur de peau et une infinie tendresse. Ce charme-là, bien sûr, agit plus lentement. On y succombe totalement lors de la deuxième partie.

    Celle-ci, bercée par un best of Chopin, tranche avec le premier rythmé par la voix de Marina Hands décrivant, disséquant pour ainsi dire, la gestuelle des danseurs et donnant, par ce côté quasi clinique, cette impression d’étrangeté, d’indéfinissable qui fait hésiter à totalement adhérer à ces trente premières minutes pourtant de belle facture et de danse somptueuse. Elle y reprend, mais par petites touches, le motif emblématique de ce qu’on pourrait nommer ses vagues humaines. D’ailleurs, on entend simultanément la mer.

    Doit-on y voir les peuples migrants qui s’arrachent à leur terre avant d’être ballotés sur leurs bateaux de fortune ? Car si Pite parle ici de combat, elle livre aussi l’humain dans toute sa vulnérabilité. Magnifique solo d’Hugo Marchand déployant son grand corps avant de s’effondrer tel un albatros aux ailes brisées. François Alu y évolue comme un poisson dans l’eau ainsi que Simon Leborgne, toujours remarquable dans le contemporain, et au vrai, l’ensemble des quelques merveilleux quarante danseurs présents sur le plateau.

    Le tout se clôt sur un bref solo soyeux d’Alu et de Baulac comme on referme en douceur un livre dont on se dit qu’on n’en a pas percé tous les mystères mais qui nous semble parfait et précieux. Le public applaudit, pour dire, poliment. Quinze minutes plus tard, ce sera l’ovation. Car le gag, il n’y a pas d’autres mots, est qu’il y a un troisième acte. Après l’âme (soul), voici vraisemblablement le corps (body), gainé de latex brillant qui fait ressembler les danseurs à des fourmis géantes armées de crochets, tranchants comme des sabres.

    Les filles y ajoutent des pointes acérées sur lesquelles elles défilent comme des mannequins sur de la techno. Les ensembles sont magistraux, le décor fabuleusement blanc antarctique ou ruisselant d’or. C’est à la fois époustouflant et totalement racoleur. D’ailleurs, le public est ravi. Bref, le corps a triomphé de l’âme. Et Pite a vendu la sienne.




    Palais Garnier, Paris
    Le 26/10/2019
    François FARGUE

    Création de Body and Soul de Crystal Pite à au Ballet de l’Opéra de Paris.
    Body and Soul
    chorégraphie : Crystal Pite
    musique : Owen Belton, Chopin, Teddy Geiger
    décors : Jay Gower Taylor
    costumes : Nancy Bryant
    Ă©clairages : Tom Visser

    Avec les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris

     


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