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DOSSIERS 24 juin 2018

Disparition de Marcel Landowski

Compositeur et rénovateur de la vie musicale en France, le plus connu des opposants à Pierre Boulez est mort, à l'âge de 84 ans. Antoine Livio qui fut son ami témoigne des qualités de l'homme et de l'oeuvre accomplie. Enfin, ce dossier se clôt par une série de repères discographiques et bibliographiques.
 

Le 05/01/2000

  • Marcel Landowski, homme de pouvoir
  • Marcel Landowski, compositeur et philosophe
  • Marcel Landowski, un compositeur au service des autres. Le témoignage d'Antoine Livio.
  • Repères



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  • Marcel Landowski, un compositeur au service des autres.

    1999 aura fini aussi mal qu'il a débuté : le 2 janvier, disparaissait Rolf Liebermann, et dans la nuit du 22 au 23 décembre, Marcel Landowski s'éclipsait. Deux compositeurs qui furent bien davantage que des musiciens enfermés sur eux-mêmes, à l'écoute de la musique que leur dictaient leur coeur, mais passée au laminoir de leur intelligence. L'un et l'autre ont délibérément cessé d'écrire, pour mettre leur fougue et leur foi au service des autres. Et leurs routes se sont croisées, le jour où, au Ministère de la Culture - Jacques Duhamel étant ministre depuis peu - le Directeur de la Musique sur son injonction se mit en quête d'un être capable de remettre l'Opéra de Paris sur des rails
    internationaux.
    Marcel Landowski appartenait à cette race d'hommes pour qui le travail de la terre est un exemple. Son père Paul était sculpteur. Avec de la glaise, il recréait le monde : l'amour, la pensée, la douleur et l'espoir. À son exemple, le jeune Marcel choisit de modeler la musique. Et comme ces musiciens de jadis qui créaient d'abord leur instrument avant de chercher une mélodie, il va mettre toute sa force d'inventivité à sculpter l'univers musical, à lui offrir une vitalité capable d'affronter les réalités nouvelles. Et je ne suis pas loin de croire que les grands révolutionnaires du son repensé, tout comme les jeunes chercheurs d'aujourd'hui, ceux pour qui la musique est une science et passe par le laboratoire de leurs expérimentations, doivent beaucoup, pour ne pas dire tout à Marcel Landowski. Car si celui-ci n'avait pas établi des bases nouvelles, saines et solides, l'IRCAM n'aurait jamais pu être créé. Ou tout au moins pas comme il le fut.
    Marcel Landowski a étudié le piano, la composition et la direction d'orchestre. Mais alors il habite Boulogne, c'est dans sa ville qu'il va se passionner pour ce qui n'était pas encore considéré comme un problème : l'absence d'éducation musicale. Landowski se penche donc sur le cas du Conservatoire de Boulogne dont il devient un directeur inventif et efficace. Si efficace que lorsqu'il faut remplacer André Jolivet comme directeur de la musique à la Comédie française, c'est à lui qu'on songe. Et parce qu'il appartenait au Théâtre français, André Malraux l'appela à ses côtés, à l'heure où De Gaulle lui confie le Ministère de la Culture.

     Marcel Landowski appartenait à cette race d'hommes pour qui le travail de la terre est un exemple.
    Dès cet instant, Marcel Landowski décide de ne plus composer. Il est vrai que sa position est difficile. Après avoir fait figure de jeune révolutionnaire, soudain il se trouve écarté par de plus jeunes qui lui dénient le droit de composer sa musique comme il l'entend, sous prétexte qu'il se défie des nouvelles lois édictées par Schönberg. Et pourtant Landowski possède déjà à son actif plus d'une cinquantaine de partitions dont la critique jusqu'alors a hautement vanté les qualités et que l'on redécouvre aujourd'hui.
    Inspecteur général, puis Directeur de la Musique, Landowski va sillonner la France, amasser notes et réflexions afin de dépoussiérer l'enseignement et de lui conférer un sérieux qui lui faisait cruellement défaut. Il va également créer de nouveaux postes pour les musiciens capables de dispenser ce nouvel enseignement. Il dote la France d'un grand orchestre symphonique - l'Orchestre de Paris - tout en travaillant, en région, à la restructuration des orchestres existant : celui de Lyon, puis celui des Pays de la Loire

    Et comme la vie des orchestres est intimement liée à celle des maisons d'opéra, il s'attaque à ce nouveau travail d'Hercule. Créant à Lyon le nouvel opéra avec Louis Erlo, à Strasbourg, Mulhouse et Colmar l'Opéra du Rhin, avec Pierre Barrat et Alain Lombard. Puis il place Michel Plasson à Toulouse, etc.
    Avec la diffusion de la radio et le développement de l'industrie du disque qui mettent à la portée de tout un chacun l'excellence des grandes philharmonies, de Vienne, Berlin et bientôt d'Amérique du Nord, la vie musicale s'est profondément modifiée dans les années soixante. Marcel Landowski fut le premier à instaurer des mesures afin que la France s'y adapte. Son maître Arthur Honegger était alors président de l'Académie du Disque et avait su attirer son attention sur la qualité des enregistrements et sur ce qui pouvait constituer un péril certain. Comment désormais écouter, sans comparer, les orchestres municipaux voire nationaux avec ces formations étrangères dont cette même radio permettait de découvrir les incommensurables qualités.
    Et cette qualité première de l'exécution musicale qu'il fait tout pour obtenir, et qu'il obtiendra, verra le paysage musical français se modifier de fond en comble. Après les instruments, le chant. L'arrivée à Paris de Rolf Liebermann n'est pas une de ses moindres décisions. Et aura des conséquences sur la formation de tant d'artistes lyriques que désormais les scènes du monde entier s'arrachent, de Michèle Lagrange à Nathalie Dessay, d'Annick Massis à Marie Devellereau, de François le Roux à Jean-Philippe Laffont.
    Après De Gaulle, ce sera Jacques Chirac qui écoutera Marcel Landowski pour que Paris puisse retrouver sa vocation de capitale musicale. Alors sautons à pieds joints sur les honneurs et les titres qui ont jalonné sa carrière de compositeur : Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, Chancelier de l'Institut
    Un jour, il souhaita pour ses quatre-vingts ans, que France Musique lui consacre ses Grands Entretiens et qu'ils me soient confiés. Cela m'a permis de découvrir, au-delà de son oeuvre, un homme exceptionnel, d'une écoute et d'une ouverture à l'autre peu communes.
    Marcel Landowski, né citadin, s'est découvert une âme de vigneron, en dénichant en Provence une terre où il a pu s'épanouir et voir grandir sa famille, tout en cultivant sa vigne. Ce n'est donc pas une image. Mais lorsque je l'ai rencontré, c'était presque le bout du chemin. L'avant-dernière halte. Il était déjà cet homme du terroir. Jouait-il un rôle ? je ne le crois pas. Le terroir l'avait assimilé, digéré, façonné et lui avait permis d'afficher un bon sens et une malice que l'on feint d'ignorer dans les grandes cités. Levé tôt, très tôt même, nous avions ainsi devant nous de longues heures avant que le téléphone ne perturbe nos dialogues. Il sortait de ses poches, de sa serviette, de certains carnets, des petits bouts de papier, des notes prises au hasard d'une rencontre ou d'un instant de silence. Des réflexions à mon intention
    Obstiné et pas facile dans la contradiction, il n'était pas souhaitable de n'être pas d'accord avec lui. Alors il reprenait dès le début son argumentation, comme pour convaincre son vis à vis, mais j'ai vite saisi que c'était parfois pour se laisser le temps de se convaincre, lui, qu'il s'était trompé.
    Et il n'aimait pas se tromper. Il aimait encore moins qu'on le trompe, mais il avait tant de finesse et d'amitié pour les êtres, qu'il pardonnait. Et toutes ces luttes, cette recherche de la perfection, sur le cruel chemin de l'absolu, l'amenait à se mettre en cause, perpétuellement. Il était ainsi le personnage principal de ses opéras, ou plutôt choisissait-il ses personnages en fonction de leur ressemblance profonde avec son moi intérieur, pétri de contradiction et fou d'idéal.
    Du manuscrit de nos " Conversations ", il décida un beau jour de supprimer plusieurs de ces petites phrases qui étaient comme ses éclats de rire. Or il en est une que je regrette, aussi la voici pour parachever cette esquisse de portrait : " J'ai pris l'habitude, aussi bien sur le plan de l'action extérieure que de ma vie intérieure, de faire comme si l'obstacle que l'on pense insurmontable ou trop dur à gravir, n'existait pas. De ne pas prendre la montagne par la face nord, mais de trouver
    je ne dis pas un raccourci, mais un chemin de traverse. De faire comme si je me récite la phrase de Bernanos,
    - Cavalier, jette ton coeur par-dessus la haie, ton cheval suivra !
    Eh bien je pense que le cheval, c'est l'intendance d'une part et c'est le courage. Et si l'on croit que, de l'autre côté de la haie, le coeur a un beau travail à faire, j'essaie toujours de faire, dans l'action qui était la mienne, comme j'ai pu, et dans la musique que j'écris, comme je peux. "

     
    cette qualité première de l'exécution musicale qu'il fait tout pour obtenir, et qu'il obtiendra, verra le paysage musical français se modifier de fond en comble.


    Antoine Livio (1931-2001)
  • Marcel Landowski, homme de pouvoir
  • Marcel Landowski, compositeur et philosophe
  • Marcel Landowski, un compositeur au service des autres. Le témoignage d'Antoine Livio.
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