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DOSSIERS 20 octobre 2019

Jordi Savall,
Ange ou Démon ?

© Matthieu Blanchin d


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Pour saluer la r√©√©dition d'une large partie de ses enregistrements chez Na√Įve et une activit√© discographique soutenue pour Alia Vox, Altamusica se propose de tracer un portrait en ombres et lumi√®res du tr√®s essentiel violiste et chef catalan Jordi Savall.

 

Le 09/06/2001

  • Portrait en ombres et lumi√®res
  • Entretien avec Jordi Savall
  • Les irrempla√ßables de Jordi Savall (I)
  • Les irrempla√ßables de Jordi Savall (II)
  • Une Vierge magnifique
  • Concert √† cr√©dit
  • Hesp√©rion XXI, laboratoire d'art et d'essai



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      (ex: Harnoncourt, Opéra)



  • Une Vierge magnifique

    En 1988 pour le Festival de musiques anciennes d'Ambronay, Jordi Savall a laiss√© une interpr√©tation des V√™pres de la Vierge qui a fait date et dont il reste un enregistrement de r√©f√©rence chez Astr√©e-Na√Įve. 12 ans plus tard √† la Cit√© de la Musique, il vient de d√©voiler une nouvelle conception encore plus convaincante.


    Outre la qualité des voix, la surprenante et enveloppante chaleur du rendu sonore, la vision d'Ambronay se caractérisait avant tout par une atmosphère de profond mysticisme et une progression très sensible vers une sorte d'éther de la matière sonore ; le tout culminant dans un Magnificat qui, au lieu de rutiler et d'étinceler de mille feux comme le vocable même le suggère, préférait s'envoler, s'élever, comme pour se fondre au firmament.

    La Vierge regagne sa demeure divine par le transport des Muses. Vision saisissante et en soi magnifique, mais peu plausible historiquement. On sait en effet qu'√† l'√©poque de Monteverdi, les chanteurs de l'op√©ra venaient √† l'√©glise faire les m√™mes num√©ros qu'√† la sc√®ne. L'atmosph√®re n'y √©tait pas exactement √† l'√©l√©vation mystique mais plut√īt √† l'√©talage de pyrotechnie vocale.

    Pour preuve, la seule pr√©sence des voltigeurs du gosier motivait les " fid√®les ", √† tel point que les clercs disaient la messe √† voix basse pour ne pas g√™ner ce " public " venu entendre les chanteurs (d'o√Ļ l'expression consacr√©e des " messes basses "). Et pour ces V√™pres que Monteverdi d√©dia au Pape Paul V afin de s'en attirer les bonnes gr√Ęces, il n'est pas s√Ľr que cela ait chang√© quoique ce soit.

     
    Mais si finalement, la vraisemblance historique n'est qu'un crit√®re qui se discute (n'est-ce pas sous couvert de fid√©lit√© que les plus grandes trahisons se commettent ?), le concert de mai a montr√© que Savall est revenu sur sa conception ang√©lique des V√™pres.Dans un cadre il est vrai peu propice aux √©lans mystiques -la Cit√© de le Musique- le ma√ģtre catalan a d√©livr√© une conception beaucoup plus dynamique et brillante de ce sommet pr√©coce de l'art baroque.

    Ne pas trahir sa complexit√© rythmique est d√©j√† un d√©fi que peu r√©ussissent, mais une formalit√© pour Savall. Sa nouvelle conception plus incisive accro√ģt la lisibilit√© verticale sans rien sacrifier √† l'onctuosit√© latine d'antan. On savait le chef expert en model√© choral, la partition labyrinthique l'oblige √† se surpasser : on n'a jamais entendu un tel √©quilibre entre sculpture et architecture, une telle puissance sans d√©bauche de d√©cibels, simplement par l'impression de majest√© que d√©gage la structure.

    Appuyés sur les charpentes échevelées des harpes (quelle imagination ce Andrew Lawrence-King), les cornets de Jean Tubéry et Jean-Pierre Canihac rivalisent de cascades et de sauts périlleux. Derrière, les solistes ne sont pas tous à la hauteur de l'édifice : les sopranos sont chaussées petite pointure avec des voix de choristes et les protagonistes du Duo Seraphim ne boxent pas dans la même catégorie. Qu'importe, les meilleurs (Garrigosa, Zanasi, Carnovich) comme les autres sont portés puis soulevés par l'irrésistible pouvoir de persuasion du chef.

    On peut imaginer une vision plus italienne, plus extravertie, plus flamboyante, plus aveuglante, plus cinglante, plus Caravage que Zurbaran, mais pas plus rayonnante et comme éclairée de l'intérieur.

    Vendredi 11 mai ¬Ė Cit√© de la Musique

    Claudio Monteverdi : Vespro delta Beata Vergine (1610)
    La Capella Reial de Catalunya
    Choeur de La Capella Reial de Catalunya
    Hespèrion XXI
    Jordi Savall, direction
    Avec Elisabetta Tiso, Monica Piccinini, Lia Serafini, sopranos ; Carlos Mena, contre-ténor ; Lambert Climent, Lluis Villamajo, Francesc Garrigosa, ténors ; Furio Zanasi, baryton ; Antonio Abete, Daniele Carnovich, basses


     

    Eric SEBBAG
  • Portrait en ombres et lumi√®res
  • Entretien avec Jordi Savall
  • Les irrempla√ßables de Jordi Savall (I)
  • Les irrempla√ßables de Jordi Savall (II)
  • Une Vierge magnifique
  • Concert √† cr√©dit
  • Hesp√©rion XXI, laboratoire d'art et d'essai
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