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DOSSIERS 13 décembre 2018

Les cadeaux de Noël 2009 d'Altamusica

Malgré la crise du disque et la crise tout court, les publications dans le domaine du classique n'ont pas vraiment eu l'air de faiblir en 2009. C'est pourquoi à l'approche d'une nouvelle décennie, les rédacteurs d'Altamusica continuent de vous proposer, parmi les parutions de l'année, une large sélection de CD, DVD et livres cadeaux pour les fêtes.
Joyeux Noël à toutes et à tous !

 

Le 17/12/2009
Propos recueillis par La rédaction
 
  • Les cadeaux 2009 de Gérard MANNONI
  • Les cadeaux 2009 d'Olivier BRUNEL
  • Les cadeaux 2009 de Mehdi MAHDAVI
  • Les cadeaux 2009 de Nicole DUAULT
  • Les cadeaux 2009 de Thomas COUBRONNE
  • Les cadeaux 2009 de Yannick MILLON



  • Les 3 derniers dossiers

  • L'art de la symphonie

  • Un monument de granit

  • Les cadeaux de Noël 2013 d'Altamusica

    [ Tous les dossiers ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Promenons-nous dans les bois…



    Engelbert Humperdinck (1854-1921)
    Hänsel und Gretel
    Angelika Kirchschlager (Hänsel)
    Diana Damrau (Gretel)
    Elizabeth Connell (Gertrud)
    Thomas Allen (Peter)
    Anja Silja (la Sorcière)
    Pumeza Matshikiza (le Marchand de sable)
    Anita Watson (la Fée rosée)
    Orchestra of the Royal Opera House
    direction : Sir Colin Davis
    mise en scène : Patrice Caurier & Moshe Leiser
    décors : Christian Fenouillat
    costumes : Agostino Cavalva
    éclairages : Christophe Forey
    Enregistrement : Londres, Covent Garden, 2008
    2 DVD Opus Arte OA 1011 D

    Qui dit Noël dit ambiance enchanteresse. D’où le choix, pour ouvrir cette sélection, de ce DVD d’un ouvrage rarissime dans nos contrées, capté outre-Manche lors des fêtes de fin d’année 2008. Nos compatriotes Patrice Caurier et Moshe Leiser ont réussi à enchanter Covent Garden avec cette production de Hänsel et Gretel proche de l’idéal, faisant vibrer une certaine corde contemporaine sans trahir en rien l’esprit du conte de Grimm.

    La scénographie de Christian Fenouillat sait traduire la pauvreté – les dimensions ridicules de la chambre des enfants –, le côté familier et effrayant à la fois de la forêt, le surnaturel du Marchand de sable, avec un humour qui fait mouche – le père et ses sacs de supérette – et une direction d’acteurs menée tambour battant, sans pour autant occulter la cruauté – la salle des pendus de la sorcière – ou le pathétique – la joie au bord de l’évanouissement des enfants devant des sandwiches dérisoires pendant la pantomime.

    Irrésistible en petit dur au cœur fragile, Angelika Kirchschlager crève l’écran et use d’une voix de poitrine idéalement adolescente. Plus drôle encore, Diana Damrau joue à merveille le petit chaperon rouge aux joues roses, goulu et espiègle, et distille un chant radieux. Les parents wagnérisent leur saoul et une Anja Silja en totale décomposition vocale mais encore habile en scène complète le plateau. Et chez tous, une diction impeccable.

    La direction de belle opulence narrative de Colin Davis, pas chambriste pour deux sous, est envisagée à la manière d’une bande originale de cinéma féerique, à la tête d’un Orchestre du Covent Garden très charnu.



     
    Un archet décomplexé



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour violon en ré majeur, op. 61
    Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
    Benjamin Britten (1913-1976)
    Concerto pour violon op. 15
    London Symphony Orchestra
    direction : Paavo Järvi
    Enregistrement : 2009
    1 CD Decca 478 1530

    Décidément, 2009 restera pour Universal une très riche année dans le domaine du concerto. Après le Concerto pour violon de Brahms mémorable de Vadim Repin et Riccardo Chailly (DG 477 7470), après le miraculeux album de concertos de Mozart par Mitsuko Uchida (Decca 478 1524), nous ne résistons pas à vous recommander la dernière parution du genre chez le label bleu et rouge, dévolue au violon de Janine Jansen, dans un couplage pour une fois original du concerto de Beethoven avec celui, nettement moins couru, de Britten.

    Dans le premier, portée par les coups de sang, les arêtes vives, le tranchant exemplaire mais aussi une science polyphonique et un raffinement des atmosphères pastorales de Paavo Järvi à la tête d’une Kammerphilharmonie toujours aussi remarquable – ces cordes qui n’ont pas peur des attaques, ces timbales pointues, ces vents d’une justesse jouissive –, la jeune violoniste néerlandaise, sur le fameux Barrère de 1727, déploie un archet somptueux dans une approche plutôt classique, où la sérénité et la hauteur de vue n’entament en rien la vie rythmique ou la verticalité.

    Changement d’orchestre – le LSO – mais une excellence toujours de mise pour le rare concerto de Britten, scruté dans un kaléidoscope jamais aride, évitant toute sécheresse pour se concentrer sur les jeux de timbre – les irisations de feu-follet au centre du Scherzo – et un lyrisme angoissé typique des œuvres écrites à l’orée de la Seconde Guerre mondiale – le dénuement chostakovien de la passacaille finale, en forme de thrène.



     
    Lustre austro-hongrois



    Concert du Nouvel An 2009
    Johann Strauss I / Johann Strauss II / Joseph Hellmesberger II / Josef Strauss / Joseph Haydn
    Wiener Philharmoniker
    direction : Daniel Barenboïm
    Enregistrement : Vienne, 2009
    2 CD Decca 478 1133
    1 DVD Decca 074 3317

    C’est sans doute un cliché, d’autant plus vivace que la saison des bals se déroule effectivement en hiver dans d’opulents palais viennois, et que le Concert du Nouvel An intervient comme son nom l’indique chaque premier de l’an, mais pour échapper pendant deux petites heures aux affres de la vie contemporaine, rien ne vaut à l’occasion des fêtes une petite incursion dans ce XIXe siècle effroyablement bourgeois pour les uns, tendrement nostalgique pour les autres.

    Et si la Sissi qui sommeille en vous aime sa valse charpentée, sa polka avec des biscotos bien ronds, le cru 2009 du Concert du Nouvel An vous ravira sans doute. Daniel Barenboïm s’y illustre dans la lignée des grands symphonistes, avec une pâte sonore dense, un rien sombre, et des couleurs cuivrées, une assise aux antipodes du chant des libellules et des fées ailées d’un Carlos Kleiber.

    Mais cette approche généreuse, exaltant le lustre et la patine du plus séduisant des orchestres, comblera les amateurs de musique à trois temps, par son beau sens narratif – Contes d’Orient –, sa chaleur communicative – ouverture du Baron Tzigane – et, malgré quelques plages assez routinières, ses emballements grisants – Sous le tonnerre et les éclairs.

    Dans l’ensemble, la prise de son du CD rendrait le mieux justice aux options du chef, mais le visuel compte beaucoup dans ce genre d’entreprise – le départ des musiciens dans les Adieux de Haydn. Et malgré le mal de crâne qui vous attend peut-être le 1er janvier au réveil, n’oubliez pas d’allumer France 2 afin de guetter le retour de Georges Prêtre !



     
    Le cycle de la vie



    Leoš Janáček (1854-1928)
    La Petite Renarde rusée
    Elena Tsallagova (la Renarde)
    Jukka Rasilainen (le Garde-Forestier)
    Hannah-Esther Minutillo (le Renard)
    David Kuebler (le Maître d’école)
    Roland Bracht (le Prêtre)
    Harašta (Paul Gay)
    Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra de Paris
    Chœur et Orchestre de l’Opéra de Paris
    direction : Dennis Russell Davies
    mise en scène : André Engel
    décors : Nicky Rieti
    costumes : Elizabeth Neumuller
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano
    réalisation : Don Kent
    Enregistrement : Opéra Bastille, 2008
    1 DVD Medici Arts 3078388

    Voici un nouveau DVD à savourer au coin d’un âtre doucement crépitant. Nous avions souligné en son temps la réussite que constituait l’entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Petite Renarde rusée de Janáček. Au DVD, le spectacle n’a rien perdu de sa magie. Mieux, par le gros plan, qui réaffirme la pertinence de la direction d’acteurs, on découvre une pléiade de détails invisibles en salle, notamment quant au soin dans l’élaboration des animaux.

    La mise en scène d’André Engel est une petite merveille de théâtre et de caractérisation, sans mièvrerie aucune, forte au contraire d’une volonté d’illustrer les velléités de domination de l’homme sur la nature à l’heure des préoccupations écologistes – la « blessure d’acier » de la voie ferrée. Un spectacle captivant, non dénué de désillusion, et dont on n’est pas prêt d’oublier le champ de tournesols gorgés de soleil.

    La captation de Don Kent retransmet intact le climat doux-amer du livret et propose, dans une volonté de continuité dramatique, images de nature filmée et flashbacks censés renforcer l’immersion théâtrale pendant les pages orchestrales.

    La distribution est conforme à notre souvenir : jeune, idéale de fraîcheur. La Renarde d’Ellena Tsallagova, notamment, est d’un frémissement rêvé. Quant à la direction un peu épaisse de Dennis Russell Davies, elle ne gâche en rien la fête. Et si vous ne pleurez pas d’émerveillement lorsque refleurissent les tournesols, éternelle régénération de la nature, c’est que vous avez perdu toute âme d’enfant !



     
    ¡ Caramba !



    Live from Salzburg
    Gustavo Dudamel
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Triple concerto pour piano, violon et violoncelle op. 56
    Martha Argerich, piano
    Renaud Capuçon, violon
    Gautier Capuçon, violoncelle
    Modest Moussorgski (1839-1881)
    Tableaux d’une exposition
    Orchestration de Maurice Ravel
    Orchestre des Jeunes Simón Bolívar du Venezuela
    direction : Gustavo Dudamel
    Enregistrement : Salzbourg, 2008
    + documentaire : School of Listening (Mahler 1)
    1 DVD Deutsche Grammophon Unitel Classica 073 4515

    Dans les frimas hivernaux, rien de tel que la frénésie du jeune latino Gustavo Dudamel, dont DG a immortalisé le premier concert à Salzbourg à la tête de son Orchestre des Jeunes du Venezuela, pour se réchauffer. Fin août 2008, les muchachos de Dudamel débarquaient dans la ville de Mozart et mettaient le feu au Grosses Festspielhaus, décongelant au passage l’un des publics les moins expansifs du monde.

    La qualité numéro un de ce petit énergumène frisotté est de ne jamais confondre énergie et bête agitation, poigne et fracas inutile. Son Triple concerto de Beethoven, en tous points roboratif, risque d’en secouer plus d’un, mais si les musiciens donnent l’impression d’avoir avalé une caisse de piments, c’est au profit d’une lecture jamais gratuite qui sort une œuvre mal aimée de l’ombre des grands concertos beethovéniens. Dans pareille empoignade, à laquelle se livrent de bon cœur les frères Capuçon, c’est la lionne Martha Argerich qui passerait presque pour la plus sage.

    Un rien moins transcendants, les Tableaux de Moussorgski sont menés avec éloquence et parfois une certaine retenue, dans une superbe variété d’atmosphères. La Grande Porte de Kiev est même admirable de monumentalité sans amphigouri. Au passage, on a rarement vu ces dernières années des cordes d’orchestre symphonique sacrifier aussi allègrement du crin d’archet.

    Et plus encore que face à une Marche de Radetzky à l’orchestration douteuse, on ne pourra s’empêcher de tanguer avec les musiciens devant la folie furieuse du Malambo de Ginastera donné en bis. ¡ Ay ay ay !



     
    Concerts d'exception au TCE



    Théâtre des Champs-Élysées
    Wiener Philharmoniker
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 4 en fa mineur, op. 36
    direction : Zubin Mehta (24 avril 2001)
    Franz Schubert (1797-1828)
    Symphonie n° 9 en ut majeur, « la Grande »
    direction : Riccardo Muti (20 janvier 2003)
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 83 (17 mars 2000)
    Orchestre Philharmonique de Vienne
    3 CD Théâtre des Champs-Élysées Wiener Philharmoniker

    Chaque saison depuis 1993, le Philharmonique de Vienne se produit deux à trois fois au Théâtre des Champs-Élysées. Sachant qu’à chacun de ses détours avenue Montaigne, les micros de France Musique sont présents pour diffuser ces moments d’exception, on ne peut que louer l’initiative visant à ouvrir le legs des Wiener à Paris, inauguré par ce coffret axé sur trois moments marquants de la décennie.

    Ce cadeau permet en outre de lier accomplissement musical et rareté, le coffret n’étant disponible que sur place ou sur le site Internet du TCE. Last but not least, le produit est luxueux, aux chaudes couleurs du théâtre, dont on a l’impression de toucher les velours, et reprend la documentation des programmes vendus en salle.

    On peut ainsi retrouver une 9e symphonie de Schubert que l’on n’avait pas vraiment louée à l’époque mais à laquelle les micros donnent une présence charnue, même si Muti se contente d’un ronronnement bien confortable, une 2e de Brahms qui trouve en Seiji Ozawa un défenseur incandescent, reflet d’un concert électrique plein de prises de risques, où la salle avait dû être évacuée en raison d’une alerte à la bombe, et enfin une 4e de Tchaïkovski comptant parmi les plus belles réussites récentes d’un Zubin Mehta galvanisant ce soir-là un orchestre prêt à toutes les folies, déployant les couleurs les plus sublimes qu’on puisse imaginer.

    Des prises de son très présentes, donnant l’impression d’être au cœur de l’orchestre, rachètent le prix un peu élevé (40€) de ces 3 CD d’une durée un peu légère.



     
    La chaleur du grand nord



    Jean Sibelius (1865-1957)
    Symphonies n° 1-7
    Kullervo op. 7
    Peter Mattei, baryton
    Monica Groop, mezzo-soprano
    London Symphony Orchestra
    direction : Sir Colin Davis
    Enregistrements : Londres, 2003-2008
    4 CD LSO Live LSO0191

    Depuis sa création, le label LSO live a permis la publication de pépites, y compris dans certains corpus déjà abondamment enregistrés. On se souvient des Beethoven revisités par Bernard Haitink, on pense aussi aux roboratifs Mahler de Valery Gergiev en cours.

    Chef dont le nom est intimement lié au London Symphony, Sir Colin Davis, auteur d’une très belle intégrale dans les années 1970 avec Boston, puis d’un remake raté chez RCA dans les années 1990 pourtant avec le LSO, remet une dernière fois son Sibelius sur le métier, et accouche de ces passionnantes gravures de concert, d’une absolue splendeur sonore.

    Si ce Sibelius lorgne nettement plus du côté des grandes performances d’orchestre que de l’authenticité des peintures nordiques, on n’en reste pas moins confondu par l’extrême qualité d’un chant d’orchestre très contrôlé, par la plénitude des couleurs, par la perfection de rouages impeccablement huilés, à la dramaturgie maintes fois éprouvée.

    Tempi mesurés, sens de la grande arche, pâte sonore caméléon, de la tenue de bois la plus ineffable au plus puissant tutti, on retiendra notamment un Kullervo de premier plan, une 1re symphonie portée par un puissant souffle – le Finale –, une 7e symphonie au sostenuto et au legato prodigieux, tout en fondu des lignes, et surtout une 4e symphonie parmi les plus miraculeuses de la discographie, moment d’hypnose angoissée, d’une abstraction totale, enténébré par les cordes graves et des solos de bois en apnée – la flûte, la clarinette –, d’un degré d’immersion dans le silence qui laisse sans voix – un Largo tétanisant.



     
    Vertus de la rigueur



    Béla Bartók (1881-1945)
    Le Mandarin merveilleux, suite Sz. 73
    Richard Strauss (1864-1949)
    Burleske pour piano et orchestre en ré mineur
    Rudolf Buchbinder, piano
    Felix Mendelssohn (1809-1947)
    Symphonie n° 3 en la mineur op. 56, « Écossaise »
    Wiener Philharmoniker
    direction : Christoph von Dohnányi
    captation : Hugo Käch
    Enregistrements : Vienne, 1977
    1 DVD Medici Arts 2072208

    Petit plongeon dans un passé pas si lointain avec ce DVD Unitel filmé il y a une trentaine d’années, dans la jeunesse de Christoph von Dohnányi, interprète rigoureux s’il en est, progressiste en matière de mise en scène lyrique, toujours entouré d’orchestres prestigieux, mais souvent considéré comme un glaçon par le grand public. Espérons que cette réédition Medici Arts viendra un peu réchauffer la réputation d’un artiste qui, même s’il n’a jamais appartenu à la race des démiurges ou des grands sensuels, n’en demeure pas moins un excellent technicien d’orchestre.

    Derrière ses lunettes à large monture noire qui auraient tendance à revenir à la mode, le regard du petit-fils du compositeur Ernő Dohnányi est celui de l’aigle, hyper réactif au moindre son parasite ou inexact, s’adaptant à la vitesse de l’éclair au rendu sonore d’une Philharmonie de Vienne ductile à souhait.

    Sous le toucher idéalement ludique et net de Rudolf Buchbinder, on redécouvre une Burleske de Strauss enlevée et détaillée comme rarement. Et si la suite du Mandarin merveilleux est une magnifique occasion d’écouter les Viennois s’essayer à la sauvagerie – avec un succès manifeste qui semble dérouter le chef même –, la Symphonie écossaise de Mendelssohn, splendide de climats, de dosages, de lyrisme – les contre-chants des violoncelles –, est d’un équilibre et d’un cantabile souverains.



     
    Un Ring peut en cacher un autre



    Richard Wagner (1813-1883)
    Götterdämmerung
    Wolfgang Windgassen (Siegfried)
    Martha Mödl (Brünnhilde)
    Josef Greindl (Hagen)
    Hans Hotter (Gunther)
    Gré Brouwenstijn (Gutrune)
    Gustav Neidlinger (Alberich)
    Maria von Ilosvay (Waltraute)
    Jutta Vulpius (Woglinde)
    Elisabeth Schärtel (Wellgunde)
    Maria Graf (Flosshilde)
    Maria von Ilosvay (Erste Norn)
    Georgine von Milinkovič (Zweite Norn)
    Astrid Varnay (Dritte Norn)
    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Joseph Keilberth
    Enregistrement : Bayreuth, 14 août 1955
    4 CD Testament SBT4 1433


    Après l’édition il y a quatre ans du premier Ring de Bayreuth 1955 en stéréo, surprise qui avait fait se demander aux discophiles s’ils n’avaient pas la berlue, Testament récidive en annonçant cette fois la parution du second cycle de cet été béni, lui aussi en stéréo !

    On ne reviendra que brièvement sur ce qu’on a déjà écrit, à savoir que si ces bandes dirigées par le très respectable Joseph Keilberth ne bouleversent pas le panthéon de la direction du Ring à Bayreuth, notamment face aux météores Clemens Krauss (1953) et Knappertsbusch (1956 et 1958), elles n’en sont pas moins fondamentales en ce qu’elles permettent de capter l’ambiance si particulière de l’abîme mystique des années de réouverture dans une prise de son insurpassable, et d’y entendre dans ces conditions optimales les voix légendaires de l’époque à leur zénith.

    Si Testament avait commencé l’édition du premier cycle par Siegfried, il débute cette fois le second par Crépuscule des dieux. Et quel Crépuscule ! Parmi les changements opérés en une quinzaine, Bayreuth a troqué la Brünnhilde d’airain d’Astrid Varnay pour celle, plus modeste de format mais d’un déchirement humain incomparable, de Martha Mödl.

    Il est jusqu’à Keilberth de réagir en grand professionnel à cette nouvelle donnée : là où il se contentait de laisser éclater l'Immolation colossale de la première, il répond plus activement aux soubresauts de désespoir de la seconde. Petits luxes, le Gunther de Hans Hotter, forcément immense et introspectif, loin des stéréotypes, et la présence écrasante de Varnay en Troisième Norne d'un prophétisme à ébranler les colonnes du Festspielhaus.

    Et dire que la Walkyrie vient de sortir ; ruinez-vous, chers lecteurs, mais offrez ces trésors !



     
    Ils ont tout des grands



    Esa-Pekka Salonen (*1958)
    LA Variations
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Symphonie n° 5 en mib majeur op. 82
    UBS Verbier Festival Orchestra
    direction : Esa-Pekka Salonen
    captation : François-René Martin
    Enregistrement : Verbier, 2007
    1 DVD Medici Arts 3078648

    Au fil des ans, le festival de Verbier, dans le Valais suisse, a su attirer un public de plus en plus nombreux et fidèle, grâce aux qualités combinées d’une situation géographique paradisiaque et d’une programmation prestigieuse faisant une large place aux académies d’été.

    Sous la tente de la salle Médran, le 26 juillet 2007, Salonen prenait pour la première fois les rênes de l’UBS Verbier Festival Orchestra, formé d’académiciens, pour un concert événement capté par Idéale Audience. Il n’y a d’ailleurs qu’à observer quelques secondes la manière dont se comporte la toute jeune formation pour saisir l’ampleur du charisme du chef finlandais, qui mobilise à chaque seconde une intense concentration.

    Plus encore que les LA Variations de Salonen himself (créées en 1997), déclaration d’amour à la ville californienne dont il a dirigé l’Orchestre philharmonique pendant dix-sept ans, à travers une peinture sonore habile du brouhaha urbain et bombardant des éclats percussifs et cuivrés tous azimuts, on retiendra la réussite d’une 5e symphonie de Sibelius en tous points supérieure à celle qu’allaient donner Salonen et le Los Angeles quatre mois plus tard à la salle Pleyel.

    Tout le relief qui fera défaut à Paris saute ici aux oreilles, dans cette interprétation d’une énergie, d’un luxe de détails et d’angles saillants qui portent cette partition plutôt discrète à son acmé. L’emballement haletant des timbales à la fin du premier mouvement, la tension superbement accumulée dans les silences de la coda, le contrôle du vibrato des bois dans le mouvement central sont autant de jalons d’une exécution à marquer d’une pierre blanche.



     
    Vers toi qui es si loin…



    Kajia Saariaho (*1952)
    L’Amour de loin
    Daniel Belcher (Jaufré Rudel)
    Ekaterina Lekhina (Clémence)
    Marie-Ange Todorovitch (Le Pèlerin)
    Rundfunkchor Berlin
    Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
    direction : Kent Nagano
    Enregistrement : Berlin (2006), Munich (2008)
    2 CD Harmonia Mundi HMC 8011937.38

    Pour finir, notre véritable coup de cœur. Parce que le fait d’assister, par le hasard contraint d’un abonnement – merci mille fois Gerard Mortier ! – , à la création mondiale du 15 août 2000 à Salzbourg nous a marqué à vie, parce que nous nous souviendrons jusqu’à notre dernier souffle du génial dispositif aquatique de Peter Sellars, où chaque frémissement à la surface de l’eau provoquait sur le mur du Manège des rochers des reflets hypnotiques, parce que nous ressentons encore un frisson mystique à la simple évocation du long decrescendo final de la prière de Clémence, nous ne pouvons que vous recommander de découvrir par le biais de ce CD Harmonia Mundi le premier opéra de Kajia Saariaho, l’Amour de loin.

    Une parution fondamentale qui repositionne en première ligne Kent Nagano, le créateur. Car c’est bien l’orchestre le viatique de cette longue traversée maritime, cet orchestre que le chef américain charge d’une noirceur concrète très différente de la conception atomisée d’Esa-Pekka Salonen (DVD DG 073 4026), cet orchestre auquel il imprime une pulsation soutenue, porteuse des voix, sans jouer le modernisme à tout crin ou l’éparpillement de la matière.

    On en oublierait presque que l’Amour de loin, génialement pensé pour l’orchestre, entêtant à force d’immobilité, est aussi affaire de chant, et qu’il n’a pas encore trouvé une équipe vocale assez francophone pour restituer les subtilités courtoises du livret d’inspiration médiévale d’Amin Maalouf.

    Marie-Ange Todorovitch est ici la seule à demeurer constamment intelligible, malgré un instrument peu séduisant dans la pleine voix. Daniel Belcher, un rien exotique d’accent, a l’éloquence de Jaufré Rudel. Mais surtout, Ekaterina Lekhina vient enfin proposer une alternative aux aigreurs et au français caricatural de Dawn Upshaw. L’émission sait ainsi se faire instrumentale, et sa prière, intérieure, sans hystérie aucune, envoûte, caresse, étreint, puis résonne comme le hululement nocturne d’un chant de baleines.


    Et de la part de toute la rédaction d'Altamusica, Joyeuses Fêtes de fin d'année !

     

    Yannick MILLON
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