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DOSSIERS 18 août 2018

Les cadeaux de Noël 2013 d'Altamusica

Si comme nous, vous tenez mordicus à pouvoir continuer, ce Noël comme tous les précédents, à écouter de la musique sur support physique, vous serez sans doute intéressés par notre sélection CD, DVD et livres parmi les parutions 2013, qui vous aidera à couvrir vos proches de cadeaux non dématérialisés.
Joyeux Noël à toutes et à tous !

 

Le 20/12/2013
Propos recueillis par La rédaction
 
  • Les cadeaux 2013 d'Olivier BRUNEL
  • Les cadeaux 2013 de Nicole DUAULT
  • Les cadeaux 2013 de Thomas COUBRONNE
  • Les cadeaux 2013 de Yannick MILLON
  • Bonus danse



  • Les 3 derniers dossiers

  • L'art de la symphonie

  • Un monument de granit

  • Les cadeaux de Noël 2013 d'Altamusica

    [ Tous les dossiers ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Furia beethovénienne



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonies
    Ouvertures Leonore I, II, III, Egmont
    NBC Symphony Orchestra
    direction : Arturo Toscanini
    Enregistrements live : Studio 8H, Carnegie Hall (Sy 9), New York, octobre-décembre 1939
    5 CD Music & Arts CD-1275 (5)

    Cycle bien connu des amateurs de vieilles cires que cette intégrale des symphonies de Beethoven par Toscanini sur le vif à la NBC fin 1939, abondamment éditée par le passé, notamment chez Relief, Lys ou Andromeda.

    Alors qu’il vient de quitter une Europe au bord du gouffre, le maestrissimo se lance dans une série de six concerts radiophoniques où transpire une véritable fureur beethovénienne, une violence qui rappelle, dans un autre genre, celle des lectures de guerre de Furtwängler. Face à un orchestre galvanisé, d’une réactivité éclair et tout en attaques fulgurantes, Toscanini imprime une tension rythmique phénoménale et sans relâche.

    Et si l’on connaissait bien cet incontournable de la discographie, le revoilà dans un lifting sonore Music & Arts absolument inouï dû à Aaron Zynder. Alors que la sécheresse du studio 8H était renforcée jusque-là par des pressages moyens, cette dernière restauration numérique, qui restitue sans le déformer un tranchant implacable des accords et une verticalité frappant comme la foudre mais avec une assise grave tout à fait inédite, tient du miracle.

    Réentendrons-nous un jour une Deuxième Symphonie aussi rageuse, un premier mouvement de la Huitième d’une tension aussi éreintante – même si la partie de timbales a été arrangée par le chef italien – qui sont la preuve que Beethoven est avant tout question de puissance d’articulation dans les cordes ? Il est jusqu’à Leonore III de retrouver le bon diapason, les précédentes éditions, RCA y compris, tournant légèrement trop vite.

    Dans ces conditions, on ne comprend vraiment pas pourquoi manquent à l’appel certains compléments comme la Fantaisie chorale, l’ouverture de Fidelio ou surtout celle, anthologique, de Coriolan. Mais il faut absolument connaître cet incunable enfin présenté sous des atours dignes du message toscaninien, concurrence réelle cette fois à l’intégrale officielle de 1948-1952.



     
    La Nouvelle objectivité



    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonies
    Totenfeier
    Des Knaben Wunderhorn
    Magdalena Kozena, mezzo
    Christian Gerhaher, baryton
    Lieder eines fahrenden Gesellen
    Thomas Quasthoff, baryton
    Rückert-Lieder
    Violeta Urmana, soprano
    Kindertotenlieder
    Anne Sofie von Otter, mezzo
    Das Lied von der Erde
    Michael Schade, ténor
    Violeta Urmana, alto
    Chicago Symphony Orchestra (Sy 1, 9)
    Wiener Philharmoniker (Sy 2, 3, 5, 6, Lieder, Erde)
    The Cleveland Orchestra (Sy 4, 7, Adagio 10, Wunderhorn)
    Staatskapelle Berlin (Sy 8)
    direction : Pierre Boulez
    Enregistrements : 1994-2011
    14 CD Deutsche Grammophon 477 9528

    Quoi de commun entre les fulgurances toscaniniennes et l’art d’orfèvre d’un Pierre Boulez ? Rien en apparence, sinon que les deux hommes ont toujours fui la facilité et le sentimentalisme. Jalon de l’interprétation mahlérienne, cette intégrale est proposée pour la première fois en coffret. Rien ne laissait d’ailleurs présager au milieu des années 1990, au moment de la gravure des symphonies instrumentales médianes, qu’un cycle Mahler-Boulez complet serait disponible un jour au disque.

    Les sceptiques ne manquaient pas au départ devant l’aventure tentée par l’auteur du Marteau sans maître, connu pour son approche analytique de chaque partition qu’il aborde, à la manière du compositeur qu’il est lui-même. Très vite, des voix se sont élevées pour déplorer l’aridité objective, presque clinique, de son Mahler, à une époque où le modèle exacerbé de Bernstein servait de mètre-étalon.

    Car bien plus que le journal intime d’une âme à fleur de peau, Boulez célèbre un maître de l’orchestration, dans un éclairage novateur de ces symphonies de la démesure – l’introduction de la Première, expérience sonore inouïe, quasi spectrale – dans une approche ouvertement tournée vers la modernité – la Neuvième, mais aussi le premier mouvement de la Septième, pourtant très lent, auront rarement autant annoncé Alban Berg.

    Certains maillons sont bien entendus plus faibles (une Deuxième un peu éteinte, une Huitième loin de tout mysticisme, le remake bien fatigué, et en deux parties seulement, du Klagende Lied) tandis que d’autres conservent tout leur attrait (une Sixième génialement stratifiée, une Cinquième où le Philharmonique de Vienne opère des miracles, la Neuvième encore, n’était son Adagio final, confinant par trop à la neutralité, les cycles de Lieder avec les Viennois, prodigieux de raffinement).

    Et l’on reste toujours aussi séduit par la finesse de caractérisation timbrique des atmosphères chinoises du Chant de la terre, par ailleurs admirablement chanté par Violeta Urmana, et par une Troisième Symphonie à notre sens dans le tiercé de tête de la discographie. Une somme au final parmi les plus cohérentes.



     
    La Flûte enchantée 2



    Peter von Winter (1754-1825)
    Das Labyrinth
    Christof Fischesser (Sarastro)
    Julia Novikova (Königin der Nacht)
    Malin Hartelius (Pamina)
    Michael Schade (Tamino)
    Thomas Tatzl (Papageno)
    Regula Mühlemann (Papagena)
    Anton Scharinger (Alter Papageno)
    Ute Gferer (Alte Papagena)
    Nina Bernsteiner (Erste Dame)
    Christina Daletska (Zweite Dame)
    Monika Bohinec (Dritte Dame)
    Klaus Kuttler (Monostatos)
    Clemens Unterreiner (Tipheus)
    Philippe Sly (Sithos)
    Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor
    Salzburger Bachchor
    préparation : Alois Glassner & Wolfgang Götz
    Mozarteumorchester Salzburg
    direction : Ivor Bolton
    mise en scène : Alexandra Liedtke
    décors : Raimund Orfeo Voigt
    costumes : Susanne Bisovski & Elisabeth Binder-Neururer
    Enregistrement live : Residenzhof, Salzbourg, août 2012
    1 DVD Arthaus Musik Unitel Classica 108076

    Très joli cadeau que ce DVD témoignant de la redécouverte pour le public de l’opéra le Labyrinthe de Peter von Winter (1754-1825), conçu comme la suite de la Flûte enchantée de Mozart par l’un de ses plus grands admirateurs, et toujours sur un livret de Schikaneder. L’idée de cette exhumation tenait très à cœur à Alexander Pereira qui inaugurait à l’été 2012 son mandat de patron du festival de Salzbourg.

    Donné dans le cadre enchanteur de la cour de la Résidence des Princes Archevêques, ce spectacle sans nuage se déroule dans un climat de célébration mozartienne assez typique du lieu. L’ouvrage n’a certes pas les multiples arrière-plans de son modèle, et restreint donc forcément le champ d’action des metteurs en scène. Mais dans le cadre d’une redécouverte, mieux valait de toute manière jouer la littéralité et le respect du livret, ce qu’Alexandra Liedtke a très bien compris.

    La suite des aventures de Pamina et Tamino, de Papagena et Papageno offre son lot de bonnes surprises et de sourires, et ravira sans peine petits et grands, tant les clins d’œil à l’original sont multiples et savoureux. Pour ne rien dire des costumes bavarois dont sont affublés les oiseleurs, d’un kitsch délicieux, et des prestations tellement évidentes de Malin Hartelius et Michael Schade. Le spectacle idéal à visionner au coin du feu pour les fêtes de fin d’année.



     
    Le come-Bach des Thomaner



    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Matthäus-Passion
    Thomanerchor Leipzig
    Gewandhausorchester Leipzig
    Wolfram Lattke, Évangéliste
    Klaus Mertens, Jésus
    Christina Landshamer, soprano
    Stefan Kahle, alto
    Martin Lattke, ténor
    Gotthold Schwarz, basse
    direction : Georg Christoph Biller
    captation : Michael Beyer
    Enregistrement live : Thomaskirche, Leipzig, avril 2012
    1 Blu-ray accentus music ACC 10256 (disponible aussi en DVD)

    À Noël dernier, nous vous présentions les épatants gamins du Thomanerchor de Leipzig dans un documentaire passionnant retraçant une année scolaire de jeunes maîtrisiens engagés dans une institution séculaire de la prime enfance au Baccalauréat. Au printemps, Accentus publiait cette fois un concert complet où l’on peut admirer in extenso le résultat d’une formation aussi rigoureuse.

    Cette Passion selon saint Matthieu donnée le Vendredi saint 2012 à l’église Saint-Thomas, est dirigée par Georg Christoph Biller, à la tête également de l’Orchestre du Gewandhaus. Tout du long, on est frappé, malgré le diapason moderne, l’absence d’instruments d’époque et de recherche purement musicologique, par la ferveur se dégageant d’une telle exécution, démontrant à quel point la tradition Bach de l’ancienne Allemagne de l’Est a perduré, tout en gagnant en fluidité, grâce aux acquis plus ou moins directement issus de la révolution baroque.

    Et surtout, alors qu’il n’est jamais simple de réunir une brochette de solistes cohérente, on applaudira devant les choix du Cantor, qui a eu la main heureuse en confiant l’Évangéliste à Wolfram Lattke, un ancien de l’école au timbre évanescent, à l’instrument certes mince mais à la voix mixte idéale pour la tessiture haut-perchée du narrateur de la Passion.

    Son frère Martin chante avec style les airs de ténor aux côtés d’un autre diplômé, Stefan Kahle, abordant les airs d’alto avec une magnifique pudeur, et dans un duo anthologique avec le soprano lumineux de Christina Landshammer (plage 22). Le tout sous le patronage spirituel d’un Jésus de la trempe de Klaus Mertens, toujours aussi magistral de dévotion malgré les ans. Une Saint Matthieu touchée par la grâce et portée par un amour de la musique absolument unique.



     
    Buon compleanno, signor Verdi !



    Grandioso !
    Great Verdi recordings from Caruso to Pavarotti
    Sándor Konya, Maria Nemeth, Ebe Stignani, Renata Tebaldi, Antonietta Stella, Grace Bumbry, Ljuba Welitsch, Rita Streich, Kim Borg, Heinrich Schlusnus, Carlo Bergonzi, Dame Joan Sutherland, Koloman von Pataky, Dietrich Fischer-Dieskau, Giuseppe di Stefano, Mario Del Moncaco, Elena Suliotis, Giovanni Foiani, Francesco Tamagno, Petre Munteanu, Pierrette Alarie, Luciano Pavarotti, Leopold Simoneau, Ettore Bastianini, Peter Anders, Erna Berger…
    Quattro Pezzi Sacri (14/01/1952)
    Messa da Requiem (23/10/1960)
    Maria Stader, soprano
    Oralia Dominguez, alto
    Gabor Carelli, ténor
    Ivan Sardi, basse
    Chor der St. Hedwigs-Kathedrale
    Radio-Symphonie-Orchester Berlin
    direction : Ferenc Fricsay
    Enregistrements : 1903-1967
    7 CD Deutsche Grammophon 479 1884

    L’année qui s’achève a connu son lot d’anniversaires. Outre Poulenc et Britten, on a surtout fêté en 2013 Wagner et Verdi. Nous nous attarderons ici sur ce dernier, à travers un petit coffret fort sympathique, dont on tient toutefois à préciser que le titre (Grandioso !) et le visuel façon Photoshop pour les nuls sont tout ce que l’on déteste. Venons-en plutôt à son contenu, provenant du fonds Verdi de chez Universal.

    Vaste panorama où sont disséminés sur les quatre premières galettes des ouvertures et préludes cossus par Ferenc Fricsay, cherchant la couleur plus que l’électricité (Esclaves d’Aïda), L’oreille sera également accrochée par les coups de cravache d’Igor Markevitch dans Giovanna d’Arco et Luisa Miller.

    Le panorama vocal n’est pas moins riche, du timbre somptueux de Grace Bumbry au style impeccable de Rita Streich, de la ligne aristocratique de Koloman von Pataky aux dieux verdiens Tebaldi, Di Stefano, Del Monaco, Bergonzi…, en passant par un Urna fatale de la Force du destin par Fischer-Dieskau à tomber à la renverse. Quelques incunables également, dont les courts extraits d’Otello par le créateur Francesco Tamagno, captés en 1903, laissant entrevoir sous le brouillard sonore un timbre on ne peut plus ténorisant.

    On ira glaner le sommet du coffret sur les CD 5 et 6 (le septième proposant une sélection plus marginale chantée en allemand), contenant les Quatre Pièces sacrées et surtout le Requiem dans la version live de Fricsay au soir de sa courte vie, indisponible depuis longtemps et pourtant parmi les plus noires et enténébrées que l’on connaisse, aux antipodes de sa lecture enlevée en studio, et avec des chœurs de Saint Hedwig excellents. Un concert pétrifiant, porté par l’alto ardent d’Oralia Dominguez, le ténor à la demi-teinte diaphane de Gabor Carelli et par une Maria Stader étonnante de vérité dramatique, tout sauf rossignol viennois.



     
    Alles Gute zum Geburtstag, Herr Strauss !



    Richard Strauss (1864-1949)
    The Great Operas
    Salomé, Der Rosenkavalier (Karajan)
    Elektra, Die Frau ohne Schatten, Intermezzo, Friedenstag, Capriccio, (Sawallisch)
    Ariadne auf Naxos (Kempe)
    Die schweigsame Frau (Janowski)
    Daphne (Haitink)
    Enregistrements : 1956-1988
    22 CD Warner Classics 4 31799 2

    On célébrera en 2014 le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Richard Strauss, auquel Warner Classics consacre déjà un coffret d’opéras de son catalogue à prix cassé. On ne présente plus le Chevalier à la rose et la Salomé de Karajan, le Capriccio de Sawallisch, piliers de toute discothèque qui se respecte.

    Saluons en revanche le retour de l’Ariane à Naxos de Rudolf Kempe, furtivement rééditée par EMI il y a cinq ans et presque aussitôt supprimée. Déjà acclamé dans son anthologie symphonique tout en finesse des lignes, le style du chef saxon a toujours convenu comme un gant à la main parfois un peu lourde du compositeur. Cette Ariane ne fait pas exception, qui affiche de surcroît le rôle-titre radieux de Gundula Janowitz et le Bacchus glorieusement héroïque de James King.

    On retrouve aussi les gravures bavaroises de Wolfgang Sawallisch, un peu sous-estimées en leur temps, notamment Elektra et la Femme sans ombre, où le Kapellmeister ne joue jamais au démiurge, mais dont la sobriété, le côté net des attaques, la rigueur des tempi insufflent une vraie fluidité à une musique qui sait être plus étouffante.

    Tendue comme un fil, la Clytemnestre fascinante de Marjana Lipovšek invite au cauchemar, voix timbrée haut, projection démoniaque, digne génitrice de la Chrysothémis inouïe de beauté du timbre et de féminité de Cheryl Studer. Dans la Frosch, il est bien tard pour René Kollo, tandis que l’Impératrice de Studer irradie à nouveau tout son saoul, reléguant le reste de la distribution au statut de comparses. L’intérêt premier du disque restant la partition intégralissime.

    Quatre opéras plus rares pour compléter ce coffret de 22 CD : l’excellent Friedenstag de Sawallisch (concurrencé depuis par celui de Sinopoli), son Intermezzo porté une Lucia Popp en état de grâce, tout aussi éblouissante dans la Daphné de Bernard Haitink, à redécouvrir d’urgence pour compléter les live transcendants de Böhm, et la Femme silencieuse de Janowski à Dresde, avec de solides routiers wagnériens des années 1970. Sans doute le meilleur coffret du marché (sans les livrets il va sans dire) pour se lancer à l’assaut des opéras de Strauss.



     
    Harnoncourt in excelsis deo



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Missa solemnis, op. 123
    Marlis Petersen, soprano
    Elisabeth Kulman, alto
    Werner Güra, ténor
    Gerald Finley, basse
    Chœur de la Radio néerlandaise
    Royal Concertgebouw Orchestra
    direction : Nikolaus Harnoncourt
    captation : Joost Honselaar
    Enregistrement live : Concertgebouw, Amsterdam, avril 2012
    1 DVD C Major Unitel Classica 712704

    Magnifique moment de spiritualité, cette exécution de la Missa solemnis de Beethoven donnée au Concertgebouw d’Amsterdam en avril 2012 par Nikolaus Harnoncourt restera l’une de ses dernières apparitions à la tête du prestigieux orchestre néerlandais, le chef autrichien, âgé de 84 ans, venant d’y faire ses adieux en octobre dernier. Ce document risque donc de devenir un testament artistique chez un chef n’ayant cessé de réfléchir à la pratique musicale, sans avoir jamais cédé aux sirènes de la passivité intellectuelle ou des acquis qu’il considère comme un cancer.

    Arrivé au soir de son existence, le fondateur du Concentus Musicus de Vienne a fini par se fondre dans les tempi de la tradition sinon dans leurs phrasés et articulations, qu’il dessine toujours avec un soin maniaque. Mais la portée du message qu’il cherche à transmettre dans cette Missa solemnis frappe en plein cœur par son élaboration, sa ferveur, son interrogation de la forme, de la rhétorique.

    Et contrairement à trop souvent par le passé, il est servi ici par un quatuor vocal de tout premier ordre, parfaitement homogène (Marlis Petersen, Elisabeth Kulman, Werner Güra, Gerald Finley), et par un Chœur de la Radio néerlandaise très investi, même s’il n’a pas exactement la plastique des ensembles vocaux auxquels nous a habitué la pratique de la musique ancienne. Mais on sera captivé d’un bout à l’autre par l’accomplissement d’une lecture qui ne renie pas sa subjectivité, et laisse au discours le temps de s’épanouir, y compris dans les longs silences séparant les sections de la messe.



     
    L’âge d’or Mercury



    Mercury Living Presence
    The Collector’s Edition 2
    55 CD Mercury 478 5092

    Cadeau consistant ensuite que ce gros pavé conçu comme le deuxième des (probablement) trois volumes de la collection Mercury Living Presence, qui fit les belles heures du CD dans les années 1990 et témoigne toujours d’un véritable âge d’or de la prise de son, pourtant au sortir de la monophonie, grâce au système d’enregistrement développé par Robert Fine avec seulement trois micros Schoeps M201, d’une précision et d’un impact jamais égalés.

    La valeur artistique de la partie dévolue au répertoire classique est une véritable caverne d’Ali Baba, où les joyaux se succèdent à un rythme effréné (École de Vienne, Dvořák, Bartók, Respighi, Smetana, Tchaïkovski par Antal Dorati (18 CD) ; Ravel, Debussy, Bizet, Chabrier et Saint-Saëns par Paul Paray (8CD)). Ce serait oublier que Mercury a aussi beaucoup gravé de musique américaine plus légère (ou moins légère si l’on préfère) notamment sous la houlette de Frederick Fennell.

    Alors bien entendu, on aurait rêvé que, plutôt que de dispatcher les références classiques dans trois coffrets, l’éditeur ait la bonté de nous les proposer groupées, tout en sachant pertinemment qu’il n’aurait jamais réussi à écouler le cas échéant son fonds de musique de série B. Admettons, mais on s’agace tout de même de l’éclatement thématique de certaines sommes : placer tous les Bartók de Dorati ensemble, à l’exception du Château de Barbe-Bleue échoué dans le coffret précédent, tient alors presque du sadisme, de même que la scission en deux de son intégrale des symphonies de Tchaïkovski, les trois premières étant sans doute prévues pour le prochain coffret.

    Mais business is business. Soit, d’autant que l’opération demeure malgré tout une aubaine rapportée au prix au disque. Il serait donc dommage de ne pas profiter de ce qui est sans doute le dernier soubresaut de ce label sur support physique, probablement proposé pour la dernière fois en CD.

    Laissez-vous donc aller sans honte : même si ce deuxième volet compte presque une moitié de galettes étrangères à ce que vous cherchez (c’est plus que sur le premier volume), comment ne pas sauter sur l’occasion pour thésauriser autant de merveilles de l’histoire du disque ?



     
    Cinquante portraits de chefs



    Christian Merlin
    Les grands chefs d’orchestre du XXe siècle
    Éditions Buchet Chastel (421 pages) + un CD d’accompagnement

    Après Au cœur de l’orchestre, qui démontait la machine infernale du phénomène orchestral, notre confrère Christian Merlin continue de creuser son sillon en s’attaquant cette fois à ceux sans qui les concerts ne pourraient avoir lieu : les chefs.

    À travers cinquante portraits de chefs d’orchestre brossés dans leur ordre chronologique de naissance, l’ouvrage est une pépinière d’anecdotes en tous genres, certaines franchement drôles, d’autres grinçantes, replaçant chaque maestro dans son environnement temporel, familial, social, puis dans le contexte politique de ses années d’activité, et enfin dans sa vie personnelle, jusqu’à certaines convictions bien éloignées de la musique.

    L’auteur met un point d’honneur à situer ces hommes loin du commun des mortels dans la période trouble des dictatures fasciste, nazie et soviétique, en appuyant souvent là où cela fait mal, ainsi que sur les contradictions fréquentes entre le progressisme de leur art et leur conservatisme politique (Krauss, Ansermet…), en insistant notamment quand nécessaire sur la question de l’antisémitisme, fléau aussi répandu dans la profession qu’ailleurs.

    On dévore ces quatre cents pages comme le plus palpitant des romans, écrit dans un style journalistique très accessible, et avec la flamme du passionné. Le livre est agrémenté d’un CD comportant huit heures de musique (37 plages au format Mp3), ainsi que de courtes notices biographiques sur vingt-cinq maestros supplémentaires, parfois aussi importants que les cinquante principaux présentés plus longuement.

    Petit florilège de saillies et anecdotes glanées au fil des pages : le « vous êtes mon orchestre nazi préféré » de Bernstein au Philharmonique de Vienne, le « virez-moi ce con ! » écrit par Knappertsbusch sur la partition de Keilberth à propos du chanteur Hermann Uhde, ou encore Carlos Kleiber, à la fin de sa vie, reclus chez lui devant sa télévision, regardant en boucle des épisodes de Maya l’abeille. À lire et relire sans modération !



     
    Le Théâtre des Champs-Élysées est ouvert



    Théâtre des Champs-Élysées, Comédie et Studio :
    Trois scènes et une formidable aventure

    Verlhac Éditions (660 pages)

    Ainsi nous invite à y pénétrer la couverture du gros livre collectif conçu pour le centenaire du Théâtre de l’Avenue Montaigne, célébré en grande pompe tout au long de cette année 2013. Un ouvrage volumineux qui a fait l’objet de tous les soins, couverture souple et granuleuse, et 660 pages de beau papier mat, assez cartonnées pour ne pas s’abîmer au fil des lectures. Un véritable livre d’art en somme, dont la magnifique iconographie retrace un siècle d’histoire du théâtre de Gabriel Astruc.

    Cent années témoins d’un siècle artistique on ne peut plus riche, abordé de manière chronologique et découpé grosso modo en décennies, de la folle aventure des Ballets russes de Diaghilev à la présence du Groupe des Six, des Ballets suédois aux représentations lyriques de la troupe de l’Opéra de Vienne, des concerts Straram aux Ballets du Marquis de Cuevas, de l’ouverture progressive à l’opéra baroque à la présence annuelle de l’Orchestre Philharmonique de Vienne depuis 1993.

    En passant par des dizaines de récitals et concerts, parmi lesquels ceux des formations parisiennes (Orchestre national, Société des Concerts, Orchestre de Paris, Orchestre Pasdeloup) dont l’historique est retracé de manière synthétique. Ouvrage collectif on l’a dit, confié à l’expertise de nos confrères Gérard Mannoni, Christian Merlin, Rémy Louis ou André Tubeuf, pour ne citer que quelques-uns des auteurs des articles consacrés à la musique – la Comédie et le Studio des Champs-Élysées n’ont pas été oubliés non plus.

    Et plus la période récente est abordée, plus les témoignages se font concrets et émouvants, sous la plume de ceux qui ont eu la chance d’assister à des soirées comme les récitals d’Elisabeth Schwarzkopf, Maria Callas ou Victoria de los Angeles, ceux des monstres sacrés du piano Vladimir Horowitz, Dinu Lipatti, Artur Rubinstein et Wilhelm Kempff, ou encore les soirées d’orchestre conduites par Wilhelm Furtwängler, Arturo Toscanini, Charles Munch, Leonard Bernstein ou Herbert von Karajan.

    Un ouvrage qu’on consultera plutôt comme un dictionnaire, chaque article occupant en moyenne deux pages de texte, agrémentées de somptueuses reproductions d’affiches d’époque, de magnifiques photos qui font revivre l’atmosphère unique de ce lieu si différent des théâtres à l’italienne, qui reste probablement la salle la plus chaleureuse de la capitale. Un cadeau qui accompagnera toute sa vie celui qui le reçoit.



     

    Yannick MILLON
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