altamusica
 
       aide















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




DOSSIERS 22 juin 2024

Chostakovitch l'essentiel
© CD-ROM Chostakovitch

Quand Dimitri Chostakovitch s'est éteint en 1975, sa disparition est pratiquement passée inaperçue aux yeux d'un Occident qui ne voyait en lui qu'un compositeur officiel du régime soviétique. Il doit notamment à l'activisme de chefs comme Bernstein ou Karajan d'avoir gagné la place qu'il mérite : celle d'un compositeur essentiel de ce siècle.
 

Le 15/12/2000
Propos recueillis par Stéphane HAIK
 
  • Chostakovitch d√©cod√©
  • "Le Beethoven du XXe si√®cle" de Mikhail Rudy
  • Chostakovitch par Kirill Kondrachine
  • Chostakovitch par Kurt Sanderling
  • L'√©dition Chostakovitch de Chant du Monde
  • Chostakovitch par le Quatuor Borodine
  • D'autres indispensables
  • Chostakovitch en CD-ROM



  • Les 3 derniers dossiers

  • L'art de la symphonie

  • Un monument de granit

  • Les cadeaux de No√ęl 2013 d'Altamusica

    [ Tous les dossiers ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Chostakovitch d√©cod√©

    Il a connu les √©poques tourment√©es du nazisme et du stalinisme et il est clair que sa musique n'y fut pas indiff√©rente, sa personnalit√© non plus. Difficile en effet de la d√©crypter tant elle s'av√®re complexe. Une chose para√ģt cependant certaine : ses r√©flexions et prises de position sont celles d'un homme de son temps, en proie au doute, pris en √©tau entre id√©alisme et r√©alisme, dans un r√©gime sovi√©tique qu'il fallait apprendre √† amadouer pour mieux esp√©rer le contourner.

    Cette année, le bimensuel belge Crescendo a publié le témoignage passionnant du compositeur russe Victor Kissin, né l'année de la mort de Staline. Il s'y livre au délicat exercice de la "remise en perspective" historique de Chostakovitch, l'homme comme le compositeur ; sans hésiter à relever contradictions et double langage. Point de départ de ses commentaires, une lettre de Chostakovitch à son ami Isaac Glikman. Morceaux choisis.

     
    Lettre à Isaac Glikman

    29.12.1957, Odessa

    Cher Isaac Davydovitch,

    Je suis arrivé à Odessa le jour de la fête nationale des quarante ans de l'Ukraine soviétique. Ce matin, je suis sorti dans la rue. Tu comprends bien qu'on ne peut pas rester enfermé un tel jour. Malgré le temps brumeux et maussade, tout Odessa était dehors. Partout, des portraits de Max, Engels, Lénine, Staline, et aussi de Beliaev, Brejnev, Boulganine(
    )

    Partout, des drapeaux, des slogans, des mots d'ordre. Autour, des visages russes ukrainiens, juifs, joyeux, rayonnants. Ici et là, on entend des exclamations de salut en l'honneur du grand étendard de Marx, Engels, Lénine, Staline, ainsi qu'en l'honneur des camarades Beliaev, Brejnev, Boulganine(
    )

    Partout, on entend parler russe et ukrainien. Parfois, on entend des mots √©trangers prononc√©s par des repr√©sentants de l'humanit√© progressiste venus √† Odessa pour f√©liciter ses habitants le jour de leur grande f√™te. Je me suis promen√© et, incapable de contenir ma joie, je suis retourn√© √† l'h√ītel, d√©cid√© de d√©crire, comme je peux, la f√™te nationale √† Odessa.

    Ne me juge pas trop sévèrement.
    Je t'embrasse bien fort.

    Dimitri Chostakovitch



     
    Commentaires autour de la lettre

    "Dès la troisième phrase, le double langage commence ! Chostakovitch donne ensuite la liste complète de tous ces gens qui sont dans la rue. Ce n'est pas anodin. Il parle comme un commentateur des événements officiels de l'Union soviétique alors qu'il écrit une lettre à un ami. Ensuite, il fait des reprises. C'est cela le grotesque, la méthode qu'il emploie aussi dans sa musique : celle du double langage exagéré et qui devient grotesque. Chostakovitch écrit cette lettre comme une pièce de musique avec les reprises exactes qui en font l'absurdité(
    )"

     


    Du double langage dans la musique

    "Un exemple frappant de ce double langage se rencontre par exemple dans la Septième Symphonie. Le thème de l'invasion nazie, tout à fait débile, est suivi du Cancan de la Veuve joyeuse, l'opérette préférée de Staline, que l'on jouait partout en Union soviétique."

     
    Vers un délicat repentir ?

    "À propos de la Cinquième Symphonie, Chostakovitch disait qu'il s'agissait de l'oeuvre d'un compositeur repenti. C'était la formule obligatoire qui faisait suite à l'affaire de Lady Macbeth du district de Mzensk (
    ) En 1948, au Forum des compositeurs, lorsque Chostakovitch a √©t√© oblig√© de se repentir publiquement, il a lu un texte qu'on avait √©crit pour lui, du style " Je me suis un peu perdu", et puis il a regard√© vers la salle, le regard perdu dans le vide, et, faisant semblant de poursuivre la lecture, il a dit :"et en fait, je voulais sinc√®rement √©crire une bonne musique". C'est un c√īt√© touchant de Chostakovitch


    Finalement, il a inventé un système à deux étages : une oeuvre officielle et "repentie", une oeuvre vraie ; une oeuvre pour eux, une oeuvre pour lui-même. Dans les Symphonies, on le voit clairement. Staline n'était pas dupe du tout. Staline et Chostakovitch jouaient entre eux un double jeu ; de la part de Staline, c'est beaucoup plus pervers, mais beaucoup plus efficace aussi."

     
    Et si le départ d'Union soviétique avait été possible


    "À la fin des années vingt, il voulait partir comme beaucoup d'autres l'on fait. En fait, il voulait faire une carrière de pianiste et rester à l'Ouest en tant que pianiste (
    ) Quand Chostakovitch a demandé à Prokofiev comment la musique russe était accueillie en Occident, ce dernier lui a répondu "très mal" et il a conseillé à Chostakovitch de ne pas quitter l'Union soviétique(
    )"


    Le musicien de son temps

    "Chostakovitch ne faisait ni des symphonies, ni des opéras ; il faisait des romans, des chroniques dans lesquelles il fixait son propre temps, mais avec des techniques mahlériennes. Les Symphonies de Chostakovitch sont des chroniques qu'il faut lire comme des chroniques, comme la lettre à Glikman. C'est la raison pour laquelle, pour moi, le genre qui reflète de la façon la plus authentique son esprit, ce sont ses lettres(
    ) "

     

  • Chostakovitch d√©cod√©
  • "Le Beethoven du XXe si√®cle" de Mikhail Rudy
  • Chostakovitch par Kirill Kondrachine
  • Chostakovitch par Kurt Sanderling
  • L'√©dition Chostakovitch de Chant du Monde
  • Chostakovitch par le Quatuor Borodine
  • D'autres indispensables
  • Chostakovitch en CD-ROM
  •  


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com