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DOSSIERS 19 novembre 2017

Les cadeaux de Noël 2011 d'Altamusica

Vous n'avez pas encore fait vos achats de Noël et voyez le réveillon approcher en désespérant de trouver le CD, le DVD ou le livre à offrir à votre entourage ? Altamusica vous donne comme chaque hiver un petit coup de pouce en vous proposant ses sélections pour les fêtes de fin d'année.
Joyeux Noël à toutes et à tous !
Aujourd'hui, les sélections de Noël de Yannick MILLON

 

Le 20/12/2011
Propos recueillis par La rédaction
 
  • Les cadeaux 2011 de Gérard MANNONI
  • Les cadeaux 2011 d'Olivier BRUNEL
  • Les cadeaux 2011 de Nicole DUAULT
  • Les cadeaux 2011 de Thomas COUBRONNE
  • Les cadeaux 2011 de Yannick MILLON



  • Les 3 derniers dossiers

  • L'art de la symphonie

  • Un monument de granit

  • Les cadeaux de Noël 2013 d'Altamusica

    [ Tous les dossiers ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Barenboïm fête Salzbourg



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour piano n° 4 en sol majeur op. 58
    Pierre Boulez (*1925)
    Notations pour orchestre
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Te Deum
    Dorothea Röschmann, soprano
    Elina Garanča, mezzo-soprano
    Klaus Florian Vogt, ténor
    René Pape, basse
    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction et piano : Daniel Barenboïm
    Enregistrement : Salzburg, Grosses Festspielhaus, 26/07/2010
    DVD C Major Unitel Classica 706808

    Tout le musicien Daniel Barenboïm est résumé dans cette captation du concert d’ouverture de Salzbourg 2010, qui fêtait à la fois le quatre-vingt-dixième anniversaire de la naissance du festival ainsi que les soixante ans jour pour jour de l’inauguration du Grosses Festspielhaus.

    On retrouve d’abord le concertiste, jouant au milieu de Wiener Philharmoniker en petit comité et dirigeant depuis le clavier un Quatrième Concerto de Beethoven qui n’a jamais sonné aussi voisin de la Symphonie Pastorale, en paisible flux, d’un déroulement bonhomme hérissé de quelques tensions – l’attaque du mouvement lent, les tutti du Finale, qui se désengourdit progressivement – et parcouru par une nostalgie typiquement viennoise – jusqu’aux funèbres interrogations de l’Andante, dont la conclusion touche au sublime.

    Barenboïm défenseur de la musique de son temps ensuite, au pupitre de la version pour orchestre des Notations de Boulez, occasion d’une joyeuse explosion de gerbes sonores tantôt de chair crue – Notation II, innervée par les timbales de Bruno Hartl –, tantôt d’une texture messiaenesque se parant au contact des musiciens autrichiens de teintes à la Alban Berg – Notation III, où semble errer la silhouette de Lulu.

    Barenboïm héraut du grand répertoire enfin, dans un Te Deum de Bruckner porté par un glorieux quatuor de solistes – le soprano irradiant de Dorothea Röschmann, le ténor évangélique d’un Klaus Florian Vogt idéalement immatériel. Comme son modèle Wilhelm Furtwängler, le chef israélo-argentin défend un Bruckner toujours mobile et rubato, aux effets de masse jamais englués. On oubliera vite les négligences du maestro dans les attaques pour retenir une générosité, un climat habité qui dépasse la simple monumentalité, et un effectif choral et orchestral au grain somptueux.



     
    Alles Guth !



    Mozart-Da Ponte Operas
    Konzertverenigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Nikolaus Harnoncourt, Bertrand De Billy, Adam Fischer
    mise en scène : Claus Guth
    décors : Christian Schmidt
    captation : Brian Large
    Enregistrements : Salzbourg, Haus für Mozart, 2006, 2008, 2009
    Coffret 6 DVD EuroArts Unitel Classica 2058818

    Au risque de nous répéter, profitons de l’occasion de la sortie en coffret de la trilogie Mozart-Da Ponte de Claus Guth à Salzbourg pour rappeler à quel point cette somme compte parmi les plus grandes réussites scéniques des années 2000, les productions les plus débordantes d’intelligence et d’analyse psychologique conçues récemment.

    La demeure bourgeoise à la Bergman de Noces désillusionnées et leur Cherubim infiniment poétique, la sombre forêt où agonise pendant trois heures un Don Giovanni en pleine crise de déréliction, l’expérience des premières blessures amoureuses chez une jeunesse dorée dans Così, et autant de ponts entre trois ouvrages creusant en profondeur l’âme de personnages si finement caractérisés, tout cela s’aborde comme un véritable cycle.

    Remercions au passage Unitel alors tout juste ressuscité d’avoir flairé l’événement et mis en boîte cette trilogie fondamentale, avec un seul regret majeur – hormis des directions aussi dépareillées que celles d’Harnoncourt, De Billy et Fischer –, celui d’avoir livré le Così à la postérité la première année.

    Considéré comme le maillon le moins abouti, la Scuola degli amanti a été repensée de fond en comble lors de son unique reprise cet été, au point qu’il ne serait pas abusif de parler de nouvelle production, véritable laboratoire de l’amour, entièrement épuré, plus cohérent encore et écartant le numéro de Patricia Petibon, ébouriffant mais un peu étranger au climat général.

    Il faudra donc faire avec ce regret éternel, la nouvelle direction de Salzbourg venant d’annoncer l’abandon total des reprises dans la ville de Mozart. À l’issue du visionnage de ces 6 DVD, nous vous invitons donc à relire le compte rendu de Thomas Coubronne pour imaginer à quoi peut ressembler le Così définitif de Claus Guth.



     
    Course à l’abîme



    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni
    Gerald Finley (Don Giovanni)
    Anna Samuil (Donna Anna)
    Kate Royal (Donna Elvira)
    Luca Pisaroni (Leporello)
    William Burden (Don Ottavio)
    Anna Virovlanski (Zerlina)
    Guido Loconsolo (Masetto)
    Brindley Sherratt (Commendatore)
    The Glyndebourne Chorus
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    direction : Vladimir Jurowski
    mise en scène : Jonathan Kent
    décors : Paul Brown
    éclairages : Mark Henderson
    captation : Peter Maniura
    Enregistrement : Glyndebourne, 2010
    2 DVD EMI Classics 0 720017 9

    Mozart encore, et un Don Giovanni tout aussi passionnant dû au Britannique Jonathan Kent, qui signait pour Glyndebourne 2010 une mise en scène aux relents de Dolce vita, fellinienne en diable avec son Don Giovanni-Marcello des plus cyniques, son Leporello-Paparazzo.

    La transposition ne coince jamais aux entournures du surnaturel où tant de relectures s’échouent, l’enfer faisant ici irruption dès une fin de I à couper le souffle, quand la foudre provoque l’incendie du palais où se retranche seul un Dissolu déjà promis à la damnation, et qui devra apprivoiser le froid éternel dans un décor déstructuré tout au long du II.

    Ce sentiment de consomption, de course à l’abîme, est aussi le fait de la battue dévastatrice d’un Vladimir Jurowski phénoménal d’énergie, de vélocité et de violence, à la tête d’un Orchestre de l’Âge des Lumières enivrant de couleurs, de rythmes, de cassures puis de caresses, d’insinuations en contrepoint des lignes vocales – l’érotisme intenable du violoncelle dans Batti, les piaillements des bois dans le Catalogue.

    Un spectacle défendu corps et âme par un Gerald Finley et un Luca Pisaroni idéaux de mordant et de présence. On sera beaucoup moins séduit par l’Anna walkyrisante de Madame Samuil, mal appariée à l’Elvira tout amour, en voix nettement plus fine et précise, de Kate Royal.

    Zerlina frémissante, Masetto très peuple, Ottavio lyrique, Commandeur en revenant de film d’horreur, arraché de son cercueil au cimetière puis surgissant de sous la table du souper, voilà un Don Giovanni (version de Vienne avec sextuor final abrégé) qui vous happe dès la première image et ne vous lâchera plus.



     
    Le clown triste



    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Complete fortepiano concertos :
    Concertos pour clavecin n° 1-4
    Concerto pour pianoforte n° 5-27
    Rondos K. 382, K. 386
    Arrangements de concertos de J.C. Bach
    Viviana Sofronitski, pianoforte
    Musica Antiqua Collegium Varsoviense
    direction : Tadeusz Karolak
    Enregistrements : Varsovie, 2005-2006
    Coffret 11 CD Etcetera KTC 1424

    Mozart toujours, versant instrumental. Parmi la production du divin Wolfgang, le corpus de concertos pour piano est sans doute le plus riche d’un point de vue qualitatif, seize concertos sur vingt-trois datant d’après l’installation à Vienne, décennie des plus grands chefs-d’œuvre, contre six symphonies sur une cinquantaine que compte son catalogue.

    Les références discographiques classiques ne manquent pas, mais on attendait depuis longtemps une intégrale sur instruments d’époque. La discrète Viviana Sofronitzski, fille de l’écorché-vif Vladimir, pianiste émérite de l’après-guerre, s’est entourée d’un ensemble polonais de magnifique facture pour combler cette lacune du disque.

    Le résultat est d’autant plus proche de l’enchantement que par souci d’exhaustivité, le coffret comporte les quatre pastiches initiaux et les arrangements de pièces de Jean-Chrétien Bach, donnés au clavecin, ainsi que les rondos et concertos pour deux et trois pianos.

    En ne tournant jamais le dos à la souplesse, à l’élégance aristocratique, y compris au niveau des sonorités de l’orchestre, à l’opposé du préhistorisme des premiers baroqueux, la pianofortiste défend un Mozart théâtral au meilleur sens du terme, constamment irrigué par la subtilité marivaudienne d’un véritable Jeu de l’amour et du hasard, et donc d’une ambiguïté de clown triste loin du Mozart béat qui a prévalu pendant des décennies.

    Les changements d’humeur bénéficient de la pénétration psychologique idéale de l’instrumentarium ancien, et notamment d’une facture des vents en véritable manteau d’arlequin, exaltant le côté journal intime des années viennoises.

    Tempi équilibrés – seuls les Concertos qui mettent en nage semblent à juste titre portés sur la performance –, couleurs moirées et lumière automnale – un mouvement lent de Concerto n° 22 à pleurer –, fantaisie du toucher qui n’est jamais excentricité – une articulation d’orfèvre –, on s’émerveille à chaque seconde de l’intelligence de la démarche, de la justesse des dosages. Un petit bijou à acquérir sans tarder.



     
    In Memoriam



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Missa solemnis
    Krassimira Stoyanova, soprano
    Elina Garanča, mezzo-soprano
    Michael Schade, ténor
    Franz-Josef Selig, basse
    Sächsischer Staatsopernchor Dresden
    Staatskapelle Dresden
    direction : Christian Thielemann
    Enregistrement : Dresde, Semperoper, 13/02/2010
    DVD C Major Unitel Classica 705 408

    Décidément, Christian Thielemann n’est jamais meilleur que dans les partitions fleuve. Après son impressionnant Requiem allemand munichois paru chez le même éditeur, il livre une Missa solemnis de la même spiritualité inouïe. Délaissant la Bavière pour la Saxe, il porte les forces chorales du Semperoper et la Staatskapelle de Dresde à des sommets.

    Garant de la grande tradition de monumentalité et de lenteur, il n’en privilégie pas moins une image sonore limpide et un soutien constant évitant tunnels et fourmis dans les jambes à l’heure des prestes lectures à effectifs réduits. On notera d’ailleurs l’absence de toute saturation y compris dans les tutti les plus massifs et puissants, et des fugues menées à une allure relativement véloce.

    Les solistes embrassent cette vision proche de Brahms et Bruckner avec une longueur de souffle impressionnante. Et si Michael Schade grimace tout son saoul, si Krassimira Stoyanova, un rien éteinte, ne quitte pas la partition des yeux, aucun incident ne vient troubler ce quatuor homogène porté par des voix graves somptueuses. Non moins exceptionnel, le violon solo de Matthias Wollong donne un Benedictus d’une rare ferveur, d’un élan collectif à panser toutes les plaies du monde.

    Il faut dire qu’on assiste à une sorte d’office, sans applaudissements, commémorant à la fois le bombardement du 13 février 1945 et la réouverture du Semperoper quarante années plus tard. La minute de silence qui suit le dernier Dona nobis pacem n’en est que plus prenante.



     
    Jenůfa de référence



    Leoš Janáček (1854-1928)
    Jenůfa
    Amanda Roocroft (Jenůfa)
    Deborah Polaski (Kostelnička)
    Miroslav Dvorský (Laca Klemeň)
    Nikolai Schukoff (Števa Klemeň)
    Mette Ejsing (Buryovka)
    Coro y Orquesta del Teatro Real
    direction : Ivor Bolton
    mise en scène & décors : Stéphane Braunschweig
    costumes : Thibault Vancraenenbroeck
    éclairages : Marion Hewlett
    captation : Ángel Luis Ramírez
    Enregistrement : Madrid, Teatro Real, 22/12/2009
    DVD Opus Arte OA 1055 D

    Depuis le théâtre du Châtelet, où elle fut donnée pour la dernière fois en 2003, la Jenůfa de Stéphane Braunschweig n’a pas pris une ride, et fait toujours figure de modèle. On se réjouit donc de sa parution au catalogue DVD au gré d’une reprise – pourtant annoncée comme une nouvelle production – au Teatro Real de Madrid.

    La scénographie, entre panneaux de bois et sols écrus, dépeint un univers quasi monacal, illustrant à merveille le poids écrasant de la morale religieuse dans les sociétés rurales. L’enfant de l’héroïne, source de toutes indignations par sa naissance hors mariage, se voit ainsi pris au piège d’un décor de coin de chambre instillant une dose de claustration aussi forte que ces pales de moulin ou cette croix rouge sang délimitant un espace symétrique jusqu’à l’étouffement.

    Ivor Bolton dirige roide, sans l’acuité des timbres qui est le sel de la musique tchèque, mais avec une tension saisissante. Très beau plateau pour compléter ce DVD de base de toute vidéothèque lyrique : le timbre aiguisé d’Amanda Roocroft sert une Jenůfa ardente et intérieure à la fois, dont seuls les aigus à pleine voix bougent.

    Toujours aussi chaotique dans le troisième registre, la Sacristine de Deborah Polaski est l’inverse d’une ogresse, rongée par le doute, victime plus que bourreau, chantant avec nuances et un timbre qui sait être de belle matière. Les demi-frères sont impeccables : Števa au lyrisme bravache de Nikolaï Schukoff, parfait en hâbleur de basse cour, Laca héroïque de Miroslav Dvorský, déployant un instrument d’une rare plénitude.



     
    Bréviaire chambriste



    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Complete String Quartets :
    Quatuors à cordes n° 1-16
    Sonate pour piano n° 9
    Quatuor Artemis
    Natalia Prishepenko, violon
    Heime Müller, violon (1998-2007)
    Gregor Sigl, violon
    Volker Jacobsen, alto (1998-2007)
    Friedemann Weigle, alto
    Eckart Runge, violoncelle
    Enregistrement : Berlin, Cologne, 1998-2011
    Coffret 7 CD Virgin Classics 0 708582 6

    Souvent considéré comme la Bible de la musique de chambre, le massif des seize quatuors à cordes de Beethoven reste un Anapurna, un Everest musical que peu de formations ont réussi à gravir sans s’y casser les reins. Les Berg, les Juilliard, les Budapest, les Italiano, les Pražak pour ne citer que les plus incontournables, comptent parmi les happy few à s’être montrés à la hauteur de pareil bréviaire.

    Le Quatuor Artémis, arrivé aux sommets en une décennie malgré des bouleversements internes qui en auraient laissé d’autres K.O., a semble-t-il rejoint le cercle très fermé des immenses serviteurs beethovéniens. Avec des modulations de textures dans les effets de masse, une gestion des articulations et surtout un dosage du vibrato laissant clairement entendre que la révolution baroque a été digérée, les comparses allemands font feu de tout bois.

    Étalées sur plus de treize ans, les captations témoignent d’une véhémence accrue au fil des prises, d’un ton plus péremptoire qui sied à merveille aux coups de sang réputés du compositeur, à ses accès de colère et de fronde.

    Et si l’on persiste à garder une petite préférence pour l’intégrale des Italiano – entre autres dans le Finale du Quatuor n° 14, phrasé plus ramassé –, on reste pantois devant cet extrême délié – conclusion du Quartetto Serioso –, la vitesse d’archet des tenues, la plénitude des accords – la sonorité de sirène de paquebot qui ouvre l’Opus 127 –, l’énergie considérable d’une Grande Fugue – insérée à sa place d’origine, en conclusion du Treizième Quatuor, privé ici de son finale ultérieur – où chacun semble jouer sa vie.

    Petites précisions éditoriales enfin. Le coffret contient la transcription de la Neuvième Sonate pour piano, et le Quatuor les Harpes, jamais publié séparément, est disponible dans la seule intégrale, geste peu charitable pour ceux qui auraient acquis les volumes séparés au prix fort. Pour les autres, le bonheur sera sans nuages.



     
    Le meilleur de Liszt



    Alfred Brendel plays Liszt – Artist’s choice
    Franz Liszt (1811-1886)
    Sonate en si mineur – Jeux d’eau à la Villa d’Este – Unstern : sinistre, disastro – Nuages gris – Sursum corda – Abendglocken – Variations sur Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen – Danse macabre – Années de pèlerinage : deuxième année, Italie – Vallée d’Obermann – Funérailles – Csárdás macabre – Deux légendes – La lugubre gondola – Invocations – Pensée des morts – Bénédiction de Dieu dans la solitude – Fantaisie et fugue sur le nom de BACH
    Alfred Brendel, piano
    Enregistrements : 1972-1991
    3 CD Decca 478 2825

    2011 a été l’occasion de commémorer deux grands maîtres, Gustav Mahler et Franz Liszt. Gérard Mannoni a souligné l’importance de la parution des Années de pèlerinage selon Bertrand Chamayou chez Naïve. Attardons-nous sur une réédition en nous frottant à la sélection de 3 CD Decca puisant dans le legs lisztien d’Alfred Brendel.

    Coffret admirablement agencé – il s’agit du choix très éclairé de l’artiste –, brossant un vaste panorama de la production pianistique du virtuose hongrois dans des interprétations grattant jusqu’à la substantifique moelle de l’analyse structurelle, jusqu’aux arcanes de la polyphonie. On se réjouira donc d’une sélection portée sur des partitions faisant une grande place à la couleur, à l’atmosphère plus qu’à la pyrotechnie pure.

    Et s’il est un domaine où Brendel excelle comme aucun autre, c’est bien dans les derniers opus énigmatiques de la période de l’Abbé Liszt, quand l’écriture se raréfie et atteint au mysticisme renvoyant toutes les cascades d’accords du monde à leur vacuité.

    On sera donc plongés en pleine interrogation face aux quintes diminuées béantes, aux rythmes pointés d’Unstern, fascinés par l’art de la pédalisation et de la résonance dans Nuages gris. Pas une pièce n’échappe à l’art de la dramaturgie patiente qui porte ce toucher – Sursum corda d’une angoisse irrépressible, Lugubri gondole désertiques à souhait.

    Au passage, on tient l’une des références absolues de l’intégrale de l’Italie, deuxième des Années de pèlerinage. Et bien qu’inconditionnel de la lecture déjantée de Vladimir Horowitz, comment ne pas être subjugué par la radiographie de la Sonate en si – quatrième et ultime enregistrement (1991) –, rigoureuse, attentive à chanter, non sans sculpter le clavier avec une puissance magnifiquement valorisée par la prise de son ?

    On retrouve avec le même plaisir la célèbre Totentanz gravée à l’époque Philips aux côtés de Bernard Haitink, ainsi que le live de la Vallée d’Obermann (Amsterdam 1981) et des Funérailles (Vienne 1981). Au final, avec une telle colonne vertébrale intellectuelle, le souvent décrié Liszt gagne une incontestable aura de respectabilité et touche au sublime.



     
    Mahler granitique



    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonies n° 2, 4, 7 et 9
    Das Lied von der Erde
    3 Rückert-Lieder
    2 Wunderhorn Lieder
    Elisabeth Schwarzkopf, Hilde Rössl-Majdan (2), Fritz Wunderlich (Lied), Christa Ludwig (Lied, Rückert, Wunderhorn)
    Philharmonia Chorus
    (New) Philharmonia Orchestra
    direction : Otto Klemperer
    Enregistrements : Londres, 1961-1968
    Coffret 6 CD EMI Classics 0 83365 2

    À l’initiative de sa branche française, EMI garnit son catalogue de très sympathiques coffrets de fin d’année, permettant entre autres pour la première fois – et pour à peine vingt euros – de disposer en une seule boîte cartonnée de la totalité du legs mahlérien de Klemperer en studio, traduction des textes chantés incluses.

    Fascination intacte d’une Neuvième Symphonie marmoréenne, véritable classique du disque – un Adagio final janséniste, loin des suppliques déchirantes d’un Abbado –, jubilant d’ironie dans une forme d’autodérision typiquement juive souvent saluée par Pierre Boulez. Même incontestable réussite pour un Chant de la terre qui règle la question discographique aux côtés de Bruno Walter.

    Timbres du Philharmonia d’une acuité idéale pour ces poèmes-bonzaïs ciselés comme autant de miniatures, rien n’échappe à la vigilance du vieux maître, et certainement pas la vitalité d’un Fritz Wunderlich indétrônable, ou la radiance d’une Christa Ludwig au sommet, y compris dans les quelques Lieder en complément.

    Un peu sévère, la Quatrième Symphonie bénéficie d’un travail de musique de chambre et du soprano ô combien habile à évoquer la Vie céleste d’Elisabeth Schwarzkopf. Même radiance de la reine du Lied dans une Deuxième Symphonie longtemps célébrée pour sa nervosité – une Marche funèbre initiale en 19’.

    Reste le cas de la Septième Symphonie, qui n’a jamais eu les faveurs de la critique. Il faut dire que l’approche – étendue sur quelque cent minutes, un record ! – a de quoi rebuter par son extrême décantation – le Finale –, par son atonie de façade – l’introduction, comme expirée de poumons à bout –, ses soudains éclats enténébrés, sa fin de premier mouvement plaies béantes à l’air.

    Et pourtant, la fascination l’emporte face à cette approche terroriste, purgatoire aux allures d’enfer où en guise de sérénades, on a droit à deux nuits de cauchemars, de processions claudicantes. Plus le moindre rythme de danse qui distille un tant soit peu d’innocence dans cette vision épuisante de pessimisme, prônant la damnation éternelle.



     
    Humain, trop humain…



    Gustav Mahler (1860-1911)
    The Complete Symphonies
    Studio Cycle :
    Symphonies n° 1-9
    Das Lied von der Erde
    Adagio de la Symphonie n° 10
    Edith Mathis, Doris Soffel (2) ; Ortrun Wenkel (3) ; Lucia Popp (4) ; Elizabeth Connell, Edith Wiens, Felicity Lott, Trudeliese Schmidt, Nadine Denize, Richard Versalle, Jorma Hynninen, Hans Sotin (8) ; Klaus König, Agnes Baltsa (Lied)
    London Philharmonic Choir (2, 3, 8) ; Southend Boys Chorus (3) ; Tiffin School Boys Chorus (8)
    Live Recordings :
    Symphonies n° 5-7
    London Philharmonic Orchestra
    direction : Klaus Tennstedt
    Enregistrements : Londres, 1977-1986 (studio), 1988-1993 (live)
    Coffret de 16 CD EMI Classics 0 94493 2

    S’il est un point commun entre Otto Klemperer et Klaus Tennstedt, c’est que l’un comme l’autre ont dû faire face à la dépression tout au long de leurs existences respectives. Au-delà du parallèle, la manière de Tennstedt, dont EMI réédite à prix doux l’intégrale studio augmentée de prises live pour les symphonies instrumentales médianes, diffère sensiblement de celle de son aîné.

    Ici, peu de dimension analytique, et un interventionnisme très limité sur l’ensemble du cycle, qui respire naturellement, sans tripatouillages ni effets de manche, avec un son ample et un art magistral des transitions. On notera en revanche un climat général ouvertement tourné vers la décadence qu’on rapprochera du Sécessionnisme viennois.

    Si le geste de Bernstein fascine par son expressivité débordante d’énergie de vivre, la battue de Tennstedt happe par son angoisse face à la mort, et déclenche souvent un maelström très sombre, appuyé sur des cuivres graves admirablement burinés, avec son lot de rugosités et de petites imperfections trahissant une véritable fêlure.

    Sostenuto constant, y compris dans des phrasés magnifiques, le cycle présente notamment une Cinquième, une Sixième d’anthologie, la première d’une puissance tellurique mais refusant l’exaltation finale en studio – contre un live au contraire brûlant –, la seconde d’une urgence palpable, aux cordes vibrantes, au mouvement lent déchirant, ainsi qu’un Adagio de Dixième Symphonie d’un désespoir sans appel – la première entrée de tout l’orchestre après l’introduction – jusqu’à un climax d’une acuité insoutenable – la trompette.

    L’Orchestre philharmonique de Londres, sans être exactement le Concertgebouw d’Amsterdam, les Berliner ou les Wiener, délivre une pâte somptueuse, charnue, aux excellentes réserves de tension chez les cordes. Une intégrale des symphonies de Mahler – Chant de la terre inclus – honorablement chantée, d’une fervente humanité, sans vrai point faible, et dont la décadence a été souvent imitée mais jamais dépassée dans son intégrité. Joyeux Noël !



     

    Yannick MILLON
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