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ENTRETIENS 11 aoűt 2020

Georges Pludermacher : une certaine idée de Beethoven
© Christian Chamourat

Plus de quinze ans après un disque remarqué des variations Diabelli et de la sonate opus 111, Georges Pludermarcher a fait le grand saut, en enregistrant une intégrale Beethoven pour Transart. Un Steinway aux caractéristiques révolutionnaires. Un ton différent. Des couleurs insoupçonnées. Des affinités nouvelles. Une esthétique qui, du coup, offre une nouvelle jeunesse à l'Olympe des pianistes.
 

Le 10/01/2000
Propos recueillis par Stéphane HAIK
 



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  • L'intĂ©grale de sonates de Beethoven parue chez Transart a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en public, aux Flâneries Musicales d'EtĂ© de Reims, en 1998. C'Ă©tait un vrai dĂ©fi non ?

    Oui, mais plus que l'enregistrement qui en découle, ce sont les neuf récitals consacrés aux 32 sonates de Beethoven qui ont constitué le vrai pari. J'avais envie de relever à cet instant de ma carrière : comme tous les pianistes, j'avais déjà joué plusieurs de ces sonates, en particulier les derniers opus, sans jamais oser l'intégrale. Hervé Corre — le patron des Flâneries Musicales de Reims — m'a suivi dans ce projet, sans douter un seul moment qu'il puisse ne pas se concrétiser. Il m'a soutenu, conseillé, et convaincu que la " capitale du champagne ", à cette période de l'année, était l'endroit approprié pour ce parcours musical aventureux : un bouillonnement artistique tout particulier jaillit l'Eté dans cette région, avec un esprit volontiers frondeur, qui vient presque défier les interdits et pulvériser les limites que l'interprète s'impose d'ordinaire. À cela s'ajoute un conservatoire national de musique de Reims à l'acoustique superbe, auquel nous avions accès en quasi permanence. La boucle était presque bouclée, et l'idée de conserver une trace de ces récitals a vite fait son chemin. Assez rapidement, Hervé Corre s'est aperçu qu'aucun éditeur ne serait intéressé par des bandes livrées " clef en main " en vue d'une publication. Il a choisi d'en assurer lui-même la parution, pour ne pas laisser ces documents dans un tiroir

     
    Visiblement, la notion d'intégrale vous est acquise : il y a quelques années, vous aviez signé au disque une intégrale des sonates de Mozart pour Harmonia Mundi. Cela dit, votre cheminement intellectuel a dû procéder d'une autre logique


    Le processus auquel l'interprète doit se livrer avant d'aborder les sonates de Mozart est incomparable avec la disposition d'esprit totale qu'exige Beethoven. Mozart n'est pas un compositeur dont la musique relève d'une problématique particulière il n'offre pas une multitude de choix interprétatifs, et la voie semble tracée, dès lors qu'ont été saisies la structure globale et la vue d'ensemble qui en découle. En totale opposition, Beethoven invite d'emblée à une extra musicalité, souvent portée vers des considérations éthiques ou philosophiques, par des climats émotionnels fluctuants qui s'entremêlent parfois dans une logique interne souvent difficile à saisir.

     
    La complexité et le degré de conditionnement propres à Beethoven que vous décrivez aujourd'hui, les aviez-vous déjà perçues il y a une quinzaine d'années, lorsque vous aviez gravé les Diabelli et l'opus 111 pour Lyrinx ?

    Je ne crois pas que mon attitude et le regard que je porte sur Beethoven aient fondamentalement changé : tenter de percevoir la substance de ses sonates suppose du recul et de la réflexion, en même temps qu'elles impliquent que les pianistes qui les approchent de près aient une véritable expérience de leur métier, car Beethoven n'est pas Un mais multiple. Dire cependant que mon interprétation n'a pas évolué serait faux : aujourd'hui, à force de lecture de ses sonates, sans déroger à mes principes fondamentaux, je m'autorise plus de fantaisies, en changeant si besoin tel tempo, en suspendant telle phrase pour lui donner un effet qui soit plus précisément adapté à l'endroit dans lequel je joue.

     
    Sans doute est-ce la maturité que vous avez gagnée dans ces sonates qui vous a permis d'organiser les programmes de ce cycle en fonction d'un choix d'association de tonalités, plutôt que de suivre un ordre chronologique traditionnel. Quels ont été les raisons et les critères de ce choix ?

    Une constatation, tout d'abord : bien que différentes, certaines sonates d'une même période peuvent avoir tendance à s'inscrire dans un même climat, à dégager une même sensation. Quand on s'attaque aux trente-deux sonates en l'espace de neuf récitals, il faut savoir varier les plaisirs et éviter de lasser l'auditeur qui, lui, n'est pas obligatoirement familier à cette somme pianistique. Mon principe d'unité a été simple : première et dernière sonate dans la même tonalité, les autres dans des tonalités voisines, voire identiques. Car chez Beethoven, il y a une qualité de lumière qui est en rapport direct avec une tonalité. On peut par exemple remarquer que le sol majeur est toujours plus ou moins gai, plus ou moins tendre, plus ou moins lyrique.

     
    Outre un ordre établi en fonction des tonalités, l'originalité de cette intégrale est d'avoir été réalisée sur un Steinway disposant d'une quatrième pédale dite " harmonique ", due à Denis de la Rochefordière. Certains parlent de révolution dans l'interprétation des sonates de Beethoven ?

    En contournant avec intelligence les compromis que pose irrémédiablement la musique de Beethoven, cette quatrième pédale est sinon une révolution, du moins une libération importante de la capacité interprétative. Elle développe les moyens d'organiser la durée des sons : d'ordinaire, la durée d'un son était obtenue soit par la pression des doigts, soit par le maintien de la pédale qui, en levant l'ensemble des étouffoirs, laisse le piano entier vibrer en résonance avec le son joué avec cette quatrième pédale harmonique, les étouffoirs des seules notes frappées retombent individuellement, tout en laissant les autres en vibration. Par voie de conséquence, celle-ci vient aussi modifier en profondeur la durée des sons, les sonorités elles-mêmes s'en trouvant de facto multipliée, avec des sons d'une pureté incroyable. Si c'est une révolution, elle s'avérait en tout cas nécessaire.

    cette quatrième pédale est sinon une révolution, du moins une libération importante de la capacité interprétative. Elle développe les moyens d'organiser la durée des sons

     

    Le 10/01/2000
    Propos recueillis par Stéphane HAIK



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