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ENTRETIENS 23 février 2019

Ben Heppner, un héros
à gorge déployée

© Beth Bergman

Depuis Lauritz Melchior et Max Lorenz, on n'avait pas entendu une voix aussi puissante ni d'une telle qualité : le Canadien Ben Heppner est le ténor héroïque (Heldentenor) que l'on attendait. Révélé en 1988 au Met, Heppner vogue depuis d'un grand rôle wagnérien à l'autre. Mais il aime aussi le répertoire italien et campe à l'Opéra-Bastille un remarquable Peter Grimes.
 

Le 20/04/2001
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Vous avez débuté à l'Opéra Royal de Covent Garden dans le rôle de Peter Grimes. C'est encore avec lui que vous êtes pour la fois première invité à l'Opéra de Paris. Qu'aimez-vous particulièrement dans cet opéra ?

    Peter Grimes est une histoire extrêmement moderne qui laisse en grande partie libre l'imagination de l'auditeur. C'est une histoire de différence, d'aliénation, et nous n'avons pas à forcer le jugement de l'auditeur dans une direction précise. C'est déjà pour moi un élément très positif.

    J'ai abordé le rôle en 1994. Depuis, m'a conception du personnage a quelque peu évolué. Je me suis efforcé cette fois de composer un héros un peu plus jeune pour qu'il ait aussi des moments de joie, et qu'il ne soit pas perpétuellement tourmenté ou agressif.

    Au début de l'acte II par exemple, lorsqu'il veut entraîner l'apprenti à la pêche, je crois qu'il est vraiment enthousiaste, joyeux, à l'idée de tous ces bancs de poissons qui l'attendent. Je me suis efforcé de mettre en valeur ces quelques éclairs de joie dans la vie Peter. Il en connaît aussi dans sa relation avec Helen. C'est un aspect souvent négligé. De même, j'ai voulu contrebalancer son incontestable violence par son honnêteté, sa sincérité.

    Méritait-il la haine dont il est l'objet ? Ou bien est-ce seulement un incompris ? Je trouve intéressant de laisser planer cette équivoque qui donne beaucoup plus d'épaisseur psychologique au personnage. Il y a quelque chose de tendre, de touchant, de visionnaire même, en lui, et pourtant il ne se comporte pas toujours comme quelqu'un de bien. Nous sommes tous un peu comme cela. J'ai essayé d'arrondir un peu les angles de son caractère.

     
    Quelle est selon vous la vraie nature de son rapport avec Helen Orford ?

    Avec Graham Vick, nous avons cette fois essayé de souligner certains aspects spécifiques de ce rapport qui est lui aussi assez complexe. Sous ses airs très doux et bienveillants, elle le pousse parfois à bout en attaquant des points très sensibles, et cela modifie sensiblement la responsabilité profonde de Peter dans ses plus violentes réactions vis-à-vis d'elle. Elle est parfois un peu perverse avec lui et elle le fait craquer.

    Nous avons aussi montré que dès le départ, leur relation est plus intime qu'on ne le pense généralement. Ce n'est pas à partir du procès qui commence l'opéra qu'elle s'intéresse à lui, et qu'ils commencent à se lier. C'est une attirance beaucoup plus ancienne et finalement, leur histoire n'est qu'une rencontre ratée. J'ai été content de pouvoir mettre cela en relief car c'est pour moi un des éléments dynamiques importants de l'oeuvre.

     
    Ce rôle de Peter Grimes n'est-il pas le plus humain du répertoire qui correspond à votre voix ?

    C'est vrai, car Peter n'est qu'un finalement un personnage ordinaire dont la psychologie est parfaitement contemporaine, même si Britten situe l'action à l'époque victorienne. Il est beaucoup plus humain que Tristan et ces autres héros mythiques qui ne parlent que philosophie et grands sentiments.

    Peter, même s'il est visionnaire, a les pieds sur terre et réagit comme vous et moi, loin des comportements symboliques des héros wagnériens. Cela me permet de chercher des couleurs sonores différentes pour traduire ce type d'émotions de manière personnelle et pas seulement en faisant les notes. Le chant est un art merveilleux car il permet d'émouvoir de mille manières

     
    Votre voix a en effet des capacités expressives peu courantes chez les "Heldentenors". Est-ce le résultat du travail ou une faculté naturelle ?

    J'ai toujours eu ce potentiel, ou tout au moins j'ai toujours pensé l'avoir, et ces trois ou quatre dernières années ma voix est effectivement devenue capable d'exprimer ces émotions. Je pense donc que c'est dans ma nature mais j'arrive seulement à le concrétiser maintenant parce que la qualité de mon jeu scénique s'est améliorée, tout comme ma technique.

    J'ai été longtemps comme inhibé face au public. J'avais tendance à me cacher derrière la musique, derrière la simple beauté des sons, des notes aiguës. Je n'osais pas exprimer ce que je ressentais. J'ai beaucoup changé et je parviens beaucoup mieux à m'ouvrir et à me libérer.. Maintenant, je veux être un véritable acteur, plus investi dans l'action théâtrale. Je n'ai pas cependant pas d'illusions, je ne serai jamais une bête de scène et j'aime tout autant le concert que le théâtre.

     
    Avez-vous l'intention de développer maintenant votre carrière dans d'autres répertoires que le répertoire germanique ?

    J'aimerais beaucoup reprendre certains rôles italiens ou russes que j'ai chantés au début de ma carrière. Je pense en particulier à Paillasse ou à Hermann dans La Dame de Pique, une oeuvre que j'aime profondément et qui va tenir une place importante désormais dans ma carrière. Je pense aussi à Verdi, avec La Force du Destin et pourquoi pas quelques opéras de jeunesse. Sans doute ferai-je aussi Des souris et des hommes, un rôle de théâtre magnifique.

    Dans quelques mois, je vais enregistrer un récital d'airs d'opéras français et cela devrait me conduire aussi à aborder des rôles de Samson, des Troyens, et pourquoi pas Werther
    Mais pour ce dernier, d'autres le font déjà très bien. En général, je préfère aller là où l'on a besoin de moi plutôt que là où certains de mes collègues font déjà de l'excellent travail ! Chacun à ses qualités. Le plus difficile est de les identifier et de s'y tenir.

     

    Le 20/04/2001
    Gérard MANNONI



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