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ENTRETIENS 11 aoűt 2020

Alexia Cousin ne veut que brûler sur scène
© Atelier Roger Pfund

Elle a vingt ans à peine, et la détermination tranquille de ceux qui ont choisi leur destin à l'aube de leur vie. La jeune soprano française entend mener sa carrière avec passion mais sans précipitation. Troisième grand caractère scénique de sa toute nouvelle carrière, Mélisande constitue une prise de rôle que Genève a salué.
 

Le 22/02/2000
Propos recueillis par Sylvie BONIER
 



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  • Regard bleu et longue chevelure blonde, Alexia Cousin aurait pu n'ĂŞtre choisie que pour son physique de jeune première. C'eĂ»t Ă©tĂ© mal connaĂ®tre la directrice du Grand Théâtre de Genève, qui dĂ©tecte la voix et les sensibilitĂ©s de chanteurs comme personne. C'eĂ»t Ă©tĂ© faire injure Ă  ce nouveau talent montant, qui rĂ©pond docilement mais Ă  contre-courant, au jeu des interviews. " Ma place naturelle est sur scène. Il n'y a pas grand-chose Ă  dire d'autre de ce phĂ©nomène extraordinaire qui se dĂ©roule en spectacle. Devant un public avec lequel une relation immĂ©diate et très forte se vit Ă  chaque seconde. "
    L'histoire, il faut dire, a commencé très tôt. Et presque par hasard. La petite Alexia est une boulimique d'activités extra-scolaires, tant le moule de l'école lui pèse. " J'ai toujours eu un besoin violent de liberté d'expression personnelle. J'aime apprendre, et les études me plaisent. Mais les contraintes du cadre scolaire m'ont très tôt poussée à trouver ailleurs mon épanouissement. Ce n'était pas du zapping, je faisais tout très sérieusement. Gymnastique, guitare, piano, danse, peinture, étaient ma véritable nourriture. Le théâtre m'intéresse aujourd'hui beaucoup. Et puis un jour on m'a suggéré de chanter. L'émerveillement s'est vite installé. "

     
    Cette joie du chant est très liée à votre professeur, non ?

    Tout à fait. J'ai eu une chance extraordinaire de travailler avec Daniel Delarue. Avec lui, j'ai acquis de très solides bases techniques. Il est toujours très présent dans mon travail. Il a rempli mon sac à dos pour que je puisse maintenant partir à l'aventure. C'est quelqu'un de très respectueux de la personnalité de l'autre et qui sait formidablement bien orienter et conseiller.

     
    Êtes-vous déjà consciente des dangers qui vous attendent ?

    Évidemment. Avec lui, nous choisissons les rôles justes au bon moment. Je n'ai, en six années de pratique vocale, abordé que deux personnages sur scène : Iphigénie et Blanche. Mélisande est le troisième. Ce ne sont pas des caractères mineurs. Je dois donc les travailler très en profondeur. Et même si mon expérience de vie n'est pas la même qu'une quarantenaire, je pense avoir des choses à dire dans ce que je chante.

     
    Lesquelles par exemple ?

    Qu'on ne peut pas chanter sans s'engager totalement, physiquement et mentalement. Mes modèles sont ceux qui brûlent sur scène, pas les techniciens d'exception. Je préfère mille fois quelques imperfections mais une grande intensité émotionnelle et artistique. Prenez Callas, la plus à part de tous. Elle a ouvert une voie dans le chant. Après elle, on ne pouvait plus se contenter d'aligner de belles notes. Cette dimension supérieure, aucun autre ne la possède à son niveau. Certains, comme Hans Hotter, Gwyneth Jones, Leonie Rysanek ou Astrid Varnay, sont parvenus à tirer l'art vocal à une hauteur formidable. Je me sens proche de ces artistes, et j'aimerais arriver à transmettre comme eux des sentiments qui transportent. Sinon, ça ne vaut pas la peine et on s'ennuie. Actuellement, je trouve qu'on s'ennuie trop souvent à l'Opéra.

    Mes modèles sont ceux qui brûlent sur scène, pas les techniciens d'exception

     
    Le disque vous satisfait-il davantage ?

    Le live, exclusivement, si possible historique. L'artifice des pratiques actuelles de studio ne me satisfait pas. Si j'arrive à résister à ce mouvement, je serai très heureuse. Pour l'instant, de toute façon, je ne me sens pas en mesure de fixer quelque chose de définitif. J'ai encore trop de choses à apprendre. Mais si je peux imaginer garder des témoignages de moments scéniques exceptionnels, alors je suis prête à tenter le coup.

     
    Dans la production de Genève, vous êtes entourée par de sacrés musiciens, n'est-ce pas ?

    Aborder Mélisande aux côtés de José Van Dam, je dois dire, est un vrai cadeau. Et puis il existe une réelle complicité entre tous, que ce soit Louis Langrée, Mosche Leiser et Patrice Caurier ou Simon Keenlyside. Avec eux, j'ai pu faire évoluer ma vision de Mélisande.

     
    C'est-Ă -dire ?

    Au début, je la ressentais comme une fille presque perverse et sadique, qui mentait tout le temps et faisait souffrir Pelléas en toute conscience. Maintenant, je la vois plus complexe, plus sincère et perdue. Je butais d'autre part sur le texte, qui me semblait trop flou. On peut partir dans tous les sens sur ce livret, et c'est très perturbant. J'ai appris à resserrer le dédale de possibilités qui s'offraient à moi pour m'orienter vers plus de simplicité. Je me suis mise à décrypter le symbole derrière l'image, la pureté derrière la colombe.

    J'ai appris à resserrer le dédale de possibilités qui s'offraient à moi pour m'orienter vers plus de simplicité

     
    À quoi attribuez-vous le départ en flèche de votre carrière ?

    À ma bonne étoile. Mais surtout à une confiance très forte dans mon destin, qui m'a été transmise par les gens que j'aime. Mes parents m'ont toujours encouragée et soutenue dans tout ce qu'en j'envisageais. J'ai la chance d'être entourée par des conseillers sur qui je peux compter et avec lesquels j'ai des rapports d'amitié. Tout cela n'a pas de prix. Mais il n'y a pas de hasard non plus, j'ai bien sûr aussi provoqué les choses en me donnant les moyens de parvenir à mes buts. Je n'ai à aucun moment eu peur. Cette intuition, cette confiance sont essentielles pour que ma vie avance dans le bon sens.

    J'ai la chance d'être entourée par des conseillers sur qui je peux compter et avec lesquels j'ai des rapports d'amitié. Tout cela n'a pas de prix.

     
    Quels compositeurs vous inspirent le plus ?

    Tous ceux qui demandent une grande capacité dramatique. Verdi, Strauss et Wagner sont évidemment les maîtres. Mais je ne suis pas exclusive.

     
    Quels sont vos rĂ´les de rĂŞve ?

    Desdémone ou Elisabeth de Tanhauser, par exemple. Mais il y a tant de merveilles !

     
    Et le récital ?

    Plus tard. Cela demande tant de concentration. Affronter une salle seule sur scène, c'est une aventure impressionnante. Il faut se plonger dans le Lied, puiser dans tout ce qu'on a. Et puis offrir ça au public dans une totale sincérité, en étant présent à chaque seconde

     

    Le 22/02/2000
    Propos recueillis par Sylvie BONIER



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