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ENTRETIENS 11 aoűt 2020

Jean Paul Fouchécourt, le ténor "instrumentiste"

Entre l'opéra baroque et la mélodie française, le coeur de celui qui incarna si bien la Platée de Rameau balance. Confession amusée d'un interprète qui ne ressemble à aucun autre.
 

Le 17/01/2000
Propos recueillis par Michel PAROUTY
 



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      (ex: Harnoncourt, Opéra)


  • Lors d'un concert Ă  Radio-France, vous venez d'interprĂ©ter des mĂ©lodies de Claude Debussy. Quelle place tient la mĂ©lodie française dans votre rĂ©pertoire ?

    En fait, elle commence à prendre une place de plus en plus importante. En décembre, j'ai donné trois récitals de mélodies, un à Abou Dhabi, un à Londres, un autre au Japon. Les Japonais sont incroyablement avides de ce répertoire, quinze jours après l'ouverture des guichets, il ne restait plus un seul fauteuil. Dans les mois qui viennent, j'irai à Moscou, à Caracas, à San Francisco. Le récital me fait retrouver le plaisir que j'éprouvais lorsque je pratiquais la musique de chambre en tant que saxophoniste. En fait, je me définis davantage comme un musicien que comme un chanteur.

    Le récital me fait retrouver le plaisir que j'éprouvais lorsque je pratiquais la musique de chambre en tant que saxophoniste.

     
    Qu'est devenu votre saxophone ?

    Il reste dans sa boîte sauf lorsque j'ai envie de m'amuser un peu. La direction d'orchestre, en revanche, repointe le bout de son nez. On m'a proposé un projet autour de Mozart qui me tente beaucoup.

     
    Vous composez vous-mĂŞme vos programmes ?

    J'y tiens absolument et j'y réfléchis longtemps. C'est très difficile de faire un programme varié, d'autant que je refuse systématiquement de mélanger mélodies et airs d'opéras ; mais il faut éviter à tout prix que les gens s'ennuient.

    © Eric Mahoudeau Jean Paul FouchĂ©court (Ă  droite) absolument impayable en grenouille amoureuse dans le PlatĂ©e dirigĂ© la saison dernière Ă  l'OpĂ©ra Garnier par Marc Minkowski

     
    Dans ce domaine, vous venez de concrétiser un projet discographique qui vous tenait à coeur.

    Peter Czornyi, l'ancien directeur d'Archiv Produktion, vient de fonder son propre label, Glissando, et nous avons prévu trois disques, en collaboration avec Radio France le premier, que j'enregistre ces jours-ci, avec entre autres le claveciniste Olivier Baumont, est consacré à des airs de cour, le second est centré autour de la romance, et le troisième a pour thème Berlioz et ses contemporains.

     
    Quels sont vos projets, dans les mois Ă  venir ?

    Bardolfo dans le Falstaff de Verdi et L'Enfant et les sortilèges au Met, de reprises de Poppée, de Platée, et, bien sûr, des récitals de mélodies.

     
    Comment répartissez-vous vos activités ?

    J'essaie de trouver un équilibre entre les spectacles, les récitals et les concerts avec orchestre cette année, outre des récitals avec le pianiste Jean-Marc Luisada, je chanterai les Illuminations de Britten en écosse, les Huit scènes de Faust de Berlioz avec le Philharmonique de Radio France dirigé par Yutaka Sado, et toujours en concert L'Enfant et les sortilèges de Ravel avec le National et Dutoit, et, à la Cité de la Musique, Le Couronnement de Poppée avec Minkowski. J'ai besoin de cet éclectisme, et j'ai toujours voulu pratiquer simultanément la musique ancienne, la mélodie, les compositeurs du XXè siècle j'aimerais créer des partitions nouvelles écrites pour moi.

     
    C'est la musique baroque qui vous a d'abord fait connaître comment êtes-vous arrivé à ce répertoire ?

    En fait, lorsque j'ai commencé à chanter, je jouais déjà du saxophone et j'étudiais la direction d'orchestre, et je me disais que si le chant ne marchait pas, j'avais d'autres cordes à mon arc. Ma rencontre avec William Christie a tout changé. Découvrir la musique baroque a donné à ma carrière un véritable élan. J'ai fait aussi un choix technique : je pouvais me diriger vers Mozart et Rossini, mais je trouvais que d'autres le faisaient mieux que moi. J'ai préféré un autre répertoire, qui favorisait l'usage de la voix mixte, d'un aigu libre et peu appuyé, une voix naturelle mais en fait extrêmement contrôlée, au prix d'une réelle fatigue. J'ai aussi fait le choix d'une approche stylistique et d'un son bien particulier, d'une émission moins lyrique et moins passe-partout que celle dont la plupart des chanteurs usent habituellement. Il faut savoir trouver son répertoire, ce qui ne veut pas dire se spécialiser à outrance. La même voix ne peut pas tout chanter. Callas abordait aussi bien Bellini que Wagner, mais elle le faisait avec un souci d'exactitude et de différenciation des styles que bien des interprètes d'aujourd'hui ont tendance à oublier.

     
    Et votre rencontre avec Platée ?

    C'était un rôle dont je rêvais depuis longtemps. J'ai fini par l'aborder en 1997 à Edimbourg, dans une mise en scène de Mark Morris, avec un orchestre moderne qui nécessitait la transposition un ton au-dessous d'une partie de la partition, celui de Covent Garden, que dirigeait Nicholas McGegan, une production qui a été ensuite reprise à Londres et que nous allons redonner à New York. Il y a eu, ensuite, Paris, avec Laurent Pelly comme metteur en scène, et Marc Minkowski, et puis Berkeley, toujours sous la baguette de McGegan mais cette fois avec son orchestre baroque. J'adore jouer la comédie et raconter des histoires. Platée est un rôle comme on en rencontre peu, à la fois drôle et pathétique. Je connais des individus comme ça, qui veulent absolument être aimés et qui ne savent pas comment s'y prendre pour y arriver, qui deviennent collants, qui s'accrochent, et finissent par se retrouver seuls. Je construis toujours mes personnages en observant les gens autour de moi.

    Je construis toujours mes personnages en observant les gens autour de moi.

     
    Vous aimez les rĂ´les de composition ?

    Ce qui m'intéresse, c'est d'apporter une touche affective à mes personnages, de trouver en eux une certaine tendresse. Dans le cas d'Arnalta, c'était assez facile et pour sa silhouette, je me suis inspiré d'une dame que j'ai repérée dans la rue et que j'ai suivie. J'ai joué Goro dans Madama Butterfly on le considère en général comme antipathique, mais au fond il ne fait que faire son métier et il pense peut-être aider vraiment Butterfly en lui proposant un nouveau mari. J'ai débuté au Metropolitan Opera de New York dans les rôles comiques des Contes d'Hoffmann d'Offenbach, que je vais retrouver cet été à Orange, dans une mise en scène de Jérôme Savary, puis à Londre on peut faire de Franz une caricature totale, mais pour moi, c'est presque un autiste, muré dans son monde, qui voit tout et ne dit rien.

     
    Le choix des metteurs en scène, c'est important pour vous ?

    Ce qui est essentiel, c'est de rencontrer des gens nouveaux, qui vont me faire aller plus loin. De toute façon, ce qui fait le fond d'un personnage est difficile à changer la forme, c'est un détail.

    ce qui fait le fond d'un personnage est difficile à changer la forme, c'est un détail.

     

    Le 17/01/2000
    Propos recueillis par Michel PAROUTY



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