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ENTRETIENS 11 aoűt 2020

Maxim Vengerov : l'étoffe des héros

Il y a une petite dizaine d'années déjà que Maxim Vengerov fait parler de lui. A star was born. " Vengerov, c'est Heifetz d'une main, Kreisler de l'autre ", écrivait The Strad, en 1989. Le jeune prodige n'avait alors que 15 ans ! Un coup de tonnerre dans les cieux trop dégagés du violon international. Depuis, Bell, Repin et Shaham l'ont rejoint au firmament, mais Vengerov continue de tracer sa route, inlassablement.
 

Le 01/03/2000
Propos recueillis par Stéphane HAIK
 



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  • Votre association avec Trevor Pinnock a de quoi Ă©tonner ! Comment cette rencontre s'est-elle faite ?

    Trevor Pinnock, je le connais depuis un certain nombre d'années déjà : la première fois que nous avons joué ensemble, c'était à Salzbourg, pour des concertos de Mozart qu'il dirigeait. Je n'avais que seize ans, mais le courant est bien passé ; nous sommes devenus de bons amis : lui assistait à mes concerts, moi aux siens. Durant toutes ces années, nous nous promettions de tenter une expérience nouvelle, sans résoudre une problématique de taille : comment, dans un répertoire baroque, le violon moderne pouvait-il s'associer au clavecin ? Franchement, il n'existe aucun compromis qui vaille, et remplacer le clavecin par le piano n'est pas une solution sérieuse, non plus. Alors je me suis mis au violon baroque. Tout simplement.

     
    Une révolution pour un violoniste habitué à l'instrument romantique !

    Il y a encore quelques années, c'était tout simplement inenvisageable. La question m'avait été d'ailleurs clairement posée. Ma réponse était très tranchée. Aujourd'hui, ce violon fait partie intégrante de ma vie de musicien.

     
    Que vous a apporté cet instrument ?

    Essentiellement, une idée précise de la grande diversité de timbres et de couleurs que l'on peut obtenir d'un instrument. Vous savez, désormais, je crois que Bach ne doit se jouer que sur violon baroque, si l'on souhaite exploiter toute la richesse de son |uvre. Ne soyons pas pour autant obtus : sur un instrument moderne, Bach sonne bien aussi, avec cette espèce de plénitude absolue et inouïe.

     
    En troquant votre strad pour un violon baroque, n'est-ce pas là une simple fantaisie passagère?

    Non, vraiment pas. Je suis sincère. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas la démarche musicologique, mais l'émotion que cette expérience procure à chaque fois que je la tente :un bien être, un plaisir du coeur.

     
    La facture instrumentale semble donc beaucoup vous intéresser. A 26 ans, vous avez joué sur pas moins de trois Stradivarius : le Reynier - mis à votre disposition par LVMH -, " l'ex Kiesewetter ", confié par un collectionneur américain -, et, depuis un an, vous avez entre les mains " l'ex Kreutzer ". Peut-on parler d'un authentique engouement pour les Strad ?

    Disons que ces trois instruments exceptionnels ont jalonné ma carrière. Une chance, je le reconnais. Plus que le Reynier et " l'ex Kiesewetter ", " l'ex Kreutzer " correspond à mon tempérament. Si je devais le comparer à la voix humaine, je dirais qu'il s'agit d'une belle voix de baryton, bien timbrée, possédant la richesse de couleurs que l'on prête d'ordinaire à cette tessiture, capable d'une " extension " vers les registres grave et aigu d'une égale qualité dans la finesse et la précision. Bref, toutes les possibilités musicales réunies en un seul instrument. (rires)

     
    Avec vos différents instruments, vous avez " visité " tous les répertoires pour violon, notamment la musique russe, avec Tchaikovsky, Prokofiev, Glazounov, Chostakovitch, Chedrine. Pour vous, c'est un peu comme " chanter dans son arbre généalogique ". Indépendamment des époques et des styles, ne pensez-vous pas qu'il y ait une tradition commune à tous ces compositeurs russes ?

    Je ne sais pas si l'on peut aisément parler de tradition musicale russe. Ce terme est trop souvent utiliser à tort et à travers. Cependant, il paraît évident que se dégage, chez les Russes, un esprit commun, qui sert de trait d'union, au-delà des époques. A l'exception de Prokofiev, ce qui unit tous ces créateurs, c'est cette volonté constante et toujours apparente de refléter la vie dans ce qu'elle a de plus sincère, de plus profonde, souvent de plus dépouillée. Ce sont des témoins doués d'un regard toujours pénétrant, analytique et juste. Des espèces d'écrivains publics de leur temps.

     
    Dans le même ordre d'idées, peut-on considérer qu'il y ait une filiation russe, depuis Leopold Auer, qui forma notamment Heifetz et Milstein, jusqu'aux élèves de Bron, dont vous faites partie, aux côtés de Vadim Repin ?

    Là, c'est tout de même différent : les interprètes ne sont pas des créateurs non plus. Quant aux techniques, elles ont évolué naturellement, au fil des décennies. On ne joue plus comme Auer. Les violonistes ont su, aujourd'hui, s'adapter aux conditions acoustiques dans lesquelles ils jouent. En ce sens, c'est un progrès. Restera toujours cependant le souvenir émerveillé de ces violonistes du passé. Mais cela, c'est de la nostalgie. Pas un point d'ancrage.

     
    Zakhar Bron est l'une des références pédagogiques les plus incontestables. Ces années passées à ses côtés resteront-elles gravées dans votre mémoire ?

    C'est le moins que l'on puisse dire. Ce fut tout, sauf une oasis de bonheur. Une sorte de combat permanent pour obtenir ce qu'il souhaitait de ses élèves. En huit jours, je devais, par exemple, apprendre un concerto de Paganini. Imaginez cette tension incroyable dans laquelle j'ai pu vivre !

     
    Malgré un calendrier de concerts chargé, vous consacrez beaucoup de votre temps aux actions humanitaires.

    Plusieurs semaines par an, une quinzaine de concerts gratuits en moyenne, depuis que l'UNICEF m'a confié le rôle d'ambassadeur pour la musique. Je suis allé en Bosnie, en Ouganda, partout où la musique, seul langage universel, peut fédérer les peuples et favoriser la paix.

     
    Le citoyen du monde que vous êtes suit-il les événements politiques en Autriche avec inquiétude ?

    C'est toujours désolant de voir un tel spectacle politique se dérouler devant nos yeux. Mais je ne crois pas en la résurgence des anciens démons. L'histoire ne se répétera pas.

     
    Est-ce Ă  dire que vous allez continuer Ă  jouer en Autriche ?

    Je n'ai pas pour habitude de ne pas honorer mes engagements..

     

    Le 01/03/2000
    Propos recueillis par Stéphane HAIK



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