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ENTRETIENS 20 juillet 2018

Salvatore Licitra : une vraie voix à l'italienne

Le ténor Salvatore Licitra.

Cinq ans de carrière à peine et déjà la notoriété qu'apportent la Scala de Milan et la reconnaissance de chefs comme Daniel Oren ou Riccardo Muti, le jeune ténor italien Salvatore Licitra a fait ses débuts à l'Opéra national de Paris Bastille dans Le Trouvère. Une vraie voix à l'italienne, comme on n'en avait plus.
 

Le 27/05/2004
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Vous n'avez quasiment pas connu de « petits débuts ». Avez-vous donc ce que l'on appelle une voix naturelle ?

    J'ai découvert que j'avais une voix quasiment par hasard, à l'âge de dix-huit ans. Je chantais les chansons que j'entendais à la radio et au lycée, j'étais connu pour parler et chahuter avec une voix très sonore ! C'est ma mère qui m'a conseillé d'aller trouver un professeur qui pourrait m'apprendre ce qu'était l'opéra, car j'ignorais tout de cette musique et de ce type de spectacles. L'aventure a commencé ainsi. J'ai travaillé pendant une dizaine d'années, mais malheureusement avec deux professeurs qui n'étaient pas excellents pour moi. A vrai dire, ils m'ont fait perdre sept ans. J'ai alors rencontré Carlo Bergonzi en 1996 et pendant deux ans j'ai suivi ses cours à Busseto. J'ai ensuite débuté dans Un Bal masqué à Parme en 1998. J'avais vingt-neuf ans.

     

    Que vous a appris le grand ténor Bergonzi, un peu oublié aujourd'hui ?

    Il m'a appris à chanter avec ma voix à moi, en suivant mon instinct, sans chercher à imiter qui que ce soit. Il m'a aussi conseillé de me lancer sans plus attendre, que tout viendrait avec la pratique. Depuis, de spectacle en spectacle, je cherche à enrichir mon expérience dans cet esprit, avec l'aide des chefs d'orchestre pour tout ce qui est des connaissances musicales, du style, de l'interprétation. J'ai ainsi l'impression de progresser peu à peu, au fil des rôles et des productions. Aujourd'hui, je n'ai plus de professeur mais je travaille mes rôles avec un pianiste à New York que je vois tous les mois. Je préfère que plus personne ne touche à ma voix. C'est trop dangereux. J'en ai fait l'expérience ! Les professeurs, comme les concours, peuvent vous détruire la voix. Je préfère prendre conseil auprès de grands chanteurs, comme Placido Domingo avec qui j'ai un rapport très chaleureux. Ces grands artistes sont toujours prêts à aider les plus jeunes.

     

    Comment vivez-vous ce passage rapide de l'état d'étudiant à celui de vedette internationale ?

    Je n'ai changé aucune de mes habitudes, ni ma façon de m'habiller, ni ma façon de vivre ! Je m'aime comme je suis, sociable, féru de voyages. J'aime parcourir le monde, rencontrer des gens nouveaux. Rien n'a changé dans mon style de vie, mais je suis conscient de la responsabilité qui est maintenant la mienne. On attend beaucoup de moi, autant le public que la critique. Ce que je fais, je le fais simplement, en offrant ce que j'ai appris et que j'ai préparé avec le plus de sérieux possible. Chanter est un grand privilège et je veux faire plaisir à un maximum de gens. C'est aussi une chance d'avoir débuté dans de grands opéras comme Un Bal masqué, l'un des plus difficiles. J'adore Verdi, car il est merveilleux pour la voix. On y sent encore l'influence de Mozart et du bel canto, avec une certaine ligne et une certaine élégance. Le répertoire vériste est beaucoup plus dangereux car on a tendance à donner trop de voix. Quand j'en chante, je m'efforce de le faire en songeant au style verdien, pour ne pas abîmer ma voix et garder une certaine élégance dans la ligne vocale.

     

    Manrico, dans Le Trouvère, est un peu un rôle fétiche pour vous puisque vous l'avez chanté à la Scala de Milan dans la nouvelle production dirigée par Riccardo Muti en 2000 (enregistrée par Sony) et que vous faîtes aussi vos débuts à Paris dans ce rôle.

    Sans parler vraiment de rôle fétiche, je suis profondément convaincu que pour chanter ce répertoire, il faut avoir un certain type de voix. Pour le répertoire baroque, il ne faut pas la voix de Paillasse. Je pense que la nature indique une certaine direction. Si on la suit, cela vient naturellement, sans risque de se ruiner la voix. Les cordes vocales doivent travailler naturellement, sans forcer. Ainsi, je crois, par chance, avoir le type de cordes vocales qui correspond à des rôles comme Manrico ou Alvaro du Bal Masqué, ou Cavaradossi ou Pollione, un peu barytonnants, avec un médium très solide. Le Trouvère est sans doute avec La Traviata l'opéra le plus populaire de Verdi, mais avec la particularité de demander à la fois des qualités belcantistes et dramatiques. Il faut autant de mezza-voce que d'héroïsme. Manrico était donc un rôle adéquat pour mes débuts à Paris. Malheureusement, j'ai pris froid avec le temps bizarre qu'il faisait alors et j'ai préféré annuler la première car je ne voulais pas me présenter au public parisien avec des moyens diminués. J'aurais peut-être dû annuler aussi la deuxième représentation, mais je l'ai assurée, sans avoir pour autant totalement récupéré. C'est allé mieux ensuite.

     

    Quels sont les nouveaux rôles que vous allez aborder dans les années qui viennent ?

    Mon répertoire potentiel est très étendu. Je dois aborder La Fanciulla del West, André Chénier, Paillasse, Cavalleria Rusticana. Je voudrais aussi chanter dans Manon Lescaut, Turandot, que je n'ai pas encore abordés. J'ai un choix énorme. Ce sont des opéras que j'adore pour leur théâtralité et le pur plaisir vocal qu'ils donnent à l'interprète. En fait, je ne fais pas de projets à long terme. J'ai abordé la carrière au jour le jour et je continue, selon l'évolution de ma voix. On m'avait prédit que je ne durerais que deux mois, puis quatre mois. J'ai maintenant six ans de carrière et ma voix va de mieux en mieux. Je chante dans le monde entier, à la Scala, au Metropolitan Opera, à l'Opéra de Paris. Je vais débuter à Covent Garden la saison prochaine.

     

    Que pensez-vous du répertoire français ? Il y a aussi beaucoup de rôles pour vous.

    J'ai pensé à Don José et aussi à Werther, mais avant d'affronter un répertoire qui n'appartient pas à ma culture, je veux connaître la langue. Je n'imagine pas de chanter des mots sans comprendre ce qu'ils veulent dire. C'est indispensable pour y mettre l'expression qui convient. Il faut aussi prononcer correctement et c'est un gros travail. On verra. J'ai encore le temps de me préparer car je n'ai pas encore fait le tour du répertoire italien.

     

    Le 27/05/2004
    Gérard MANNONI



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