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ENTRETIENS 21 novembre 2019

Angela Gheorghiu, la dernière Diva
© Uli Weber

Glamoureuse épouse de Roberto Alagna pour le public français, Angela Gheorghiu est plutôt rare à Paris. En attendant la Rondine au Châtelet en juillet, elle devait offrir un panorama de grandes héroïnes italiennes et françaises au TCE, avant d'annuler la veille du concert. Rencontre avec une diva sûre de ses sortilèges et qui n'hésite pas à annuler dès qu'elle ne se sent pas bien.
 

Le 10/01/2005
Propos recueillis par Yutha TEP
 



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  • Contrairement Ă  la plupart des cantatrices de votre gĂ©nĂ©ration, vous avec gravĂ© un grand nombre de rĂ´les en studio. Y a-t-il une diffĂ©rence dans la manière dont vous abordez un rĂ´le pour la scène ou le disque ?

    N'oubliez pas que lorsque je fais un disque, je ne suis pas toute seule : l'orchestre, les choeurs sont avec moi. C'est mon public le plus exigeant, et j'essaye toujours de lui faire plaisir, d'avoir l'intention juste. J'aime cela, et il n'y a pas de grande différence entre un enregistrement et un spectacle. Sur scène, il y a la mise en scène en plus. En concert, le public attend ma voix tout de suite, mais même pour un récital, que ce soit en live ou en studio, cela ne fait pas vraiment de différence. J'ai abordé certains rôles expressément pour le disque ou le DVD. Je ne suis pas d'avis de les faire avant sur scène, ce n'est pas très important pour moi. J'aime la spontanéité, la fraîcheur, que cela me vienne tout de suite. L'instinct est plus précieux que l'expérience.

     

    Votre voix vous permet beaucoup de choses. Cela vous pose-t-il des problèmes dans le choix des rôles ?

    Il y a des voix qui pensent ĂŞtre faites pour tel ou tel rĂ´le. En ce qui me concerne, je ne pense pas que quelqu'un m'ait jamais dit ce que je devais faire. Je connais bien l'opĂ©ra. Mes oreilles ne me trompent pas : j'ai un sens pour savoir quel rĂ´le convient Ă  ma voix, et aussi Ă  ma personnalitĂ©. Je n'aime pas prendre de risques. Parfois, le caractère d'un personnage est si fort que le rĂ´le devient plus lourd, mĂŞme si je m'y sens bien vocalement. Je ne fais jamais semblant : cela me coĂ»te beaucoup. Mais j'adore ĂŞtre sur scène. Evidemment, il y a toujours une part d'angoisse pour les chanteurs, car mĂŞme si nous chantons « lalala Â», la moindre chose devient difficile si nous ne nous sentons pas bien. Avec la voix, rien n'est jamais garanti, car mon instrument est dans mon corps, dans mon âme. Je n'arriverai jamais sur scène en me demandant si les notes vont sortir. Si je me sens bien dans un rĂ´le Ă  la maison, cela signifie que je suis prĂŞte Ă  le faire sur scène.

     

    C'est cette espèce d'incertitude qui vous stimule ?

    Oui ! L'adrénaline, j'en ai des tonnes ! Je suis toujours positive, et j'aime installer un climat positif autour de moi : mes collègues et moi sommes là pour faire un bon spectacle. Je ne suis pas sur scène pour être mauvaise ! C'est pour cette raison que je suis très attentive aux personnes qui m'entourent. Je pose certaines conditions avant d'arriver dans un théâtre. J'ai une relation particulière avec le Royal Opera House de Covent Garden, car c'est un des théâtres les plus professionnels au monde. J'y ai abordé mes rôles les plus importants, j'ai des nouvelles productions faites pour moi, l'orchestre et les choeurs sont magnifiques. Il n'y a pas mieux. J'y ai aussi rencontré Roberto. La relation est très forte avec le public, nous nous adorons. Je suis en quelque sorte leur création. Le public français est à part, je pense – et les japonais, qui sont totalement fous, dans le bon sens, bien sûr –, plus chaleureux, plus expansif.

     

    Vous chantez assez peu Ă  Paris.

    J'ai beaucoup de fans parisiens, français, qui viennent m'écouter partout dans le monde. Cette saison, je serai à Paris en janvier pour un concert, puis en juillet pour la Rondine au Châtelet. Je viens d'avoir des discussions avec Gérard Mortier : nous avons des projets.

     

    Le répertoire italien est au centre de votre carrière. Allez-vous aborder le répertoire allemand ?

    Mon répertoire ne se limite pas aux ouvrages italiens. J'ai enregistré Werther, Carmen, Manon, Roméo et Juliette. Ce sont les plus beaux rôles de l'opéra français ! Je vais aborder Elisabetta de Don Carlo, Lucia, le bel canto
    Le répertoire allemand va certainement venir. J'ai déjà chanté des Lieder. Je pense surtout à Richard Strauss. Sa musique est si sensuelle, sublime. Evidemment, tout le monde me propose Capriccio, Salomé, ce genre de choses. Je sais qu'il existe une Salomé moins difficile, en français, avec une orchestration plus douce.

     

    De toute façon, après Orange, rien ne peut vous effrayer !

    Vérone est plus grand, plus difficile. Mais j'aime bien l'atmosphère, c'est encore plus chaleureux qu'à Orange. J'ai débuté là-bas dans une représentation de gala de la Traviata. Je me rappelle être arrivée sur scène aveuglée par des milliers de lumières : tout le monde a une bougie. Voir ainsi le public tout autour de soi est un spectacle magnifique, inoubliable. J'ai également fait une Traviata à Sienne, sur la Piazza del Campo : cinquante mille personnes et un silence parfait pour écouter un spectacle d'opéra. Et pas un public d'opéra !

     

    Sans doute est-ce une manière d'envisager l'opéra pour le futur ?

    Je suis tout à fait d'accord avec l'utilisation de la technique. Bien sûr, il y a les puristes, qui veulent écouter la voix pure, saine, à l'Opéra. C'est très bien, mais lorsque je chante trois ou quatre représentations dans un théâtre de deux ou trois mille places, le grand public n'y a pas accès, et c'est dommage. Je pense qu'il faut utiliser toutes les armes, si j'ose dire, et qu'il faut accepter ces innovations. Je n'avais jamais fait Tosca sur scène avant le film, mais j'ai adoré le projet, le rôle, j'étais sûre que c'était vraiment pour moi. J'ai tout de suite dit oui à Toscan du Plantier. C'est comme cela que nous l'avons fait. Je ne suis pas quelqu'un qui regarde en arrière : le passé, c'est le passé !

     

    Vous venez de chanter la Rondine à Londres et vous allez la reprendre au Châtelet en juillet. Cet opéra est très peu connu, en France en tout cas. Votre statut de star ne vous permet-il pas d'imposer ce genre d'ouvrages ?

    La Rondine est un opéra magnifique, et cette production a été montée autour de moi. C'est un hommage à lui rendre, et même un service, que de le présenter : imposer le respect envers ce chef d'oeuvre de Puccini. A toutes les époques, et même en ce qui concerne les acteurs et les actrices, il faut essayer de faire quelque chose pour les oeuvres en elles-mêmes, utiliser la force de la notoriété pour faire des choses moins connues, s'y identifier. C'est ce que j'ai fait avec Magda de Civry.

     

    Quel est votre premier réflexe quand on vous propose une production ?

    Ce n'est pas un réflexe, c'est de la réflexion : je me demande quel théâtre, quelle production. Je pense aussi au rôle que je fais avant, après, pour ne pas enchaîner des rôles trop lourds. Il faut garder un équilibre : alterner avec des choses plus légères, faire des récitals, me reposer. Je demande beaucoup de choses avant d'accepter une proposition. C'est en effet devenu une sorte de réflexe. Mais j'ai toujours été comme cela. J'ai fait mes débuts internationaux à Covent Garden. J'ai tout de suite été distribuée dans un ouvrage important, et j'ai pu voir la façon de travailler. Depuis, je n'ai chanté que dans les plus grands théâtres du monde ; c'est ce que je voulais. Tout le monde me disait que je devais chanter dans les petits théâtres pour acquérir de l'expérience, mais j'avais déjà fait cela en Roumanie, pas des rôles entiers, mais des concerts, et à l'Académie de musique, je sentais que ma voix était prête. J'ai fait ma première audition, une bonne prestation dans un rôle de premier plan, dans un grand théâtre. Le lendemain, tout le monde me connaissait et m'appelait. C'est mon histoire, cela c'est passé exactement comme ça ! Dès 1993, j'ai chanté au Metropolitan, puis la Traviata avec Solti. C'était il y a dix ans. J'ai fait un Gala à Covent Garden pour mes dix ans de Traviata. C'est comme si c'était hier.

     

    Y a-t-il des cantatrices qui vous ont inspirée, que vous écoutiez lorsque vous étiez en Roumanie ?

    Uniquement des cantatrices roumaines : ni Caballé, ni Tebaldi, ni même Callas. J'écoutais beaucoup Virginia Zeani. Il y avait aussi une chanteuse dont je ne manquais aucune prestation, Eugenia Moldoveanu, qui chantait dans le monde entier. Des noms assez célèbres, mais je n'écoutais que cela. Je n'avais ni DVD ni vidéos, et quand j'ai fait ma première Bohème, ce que j'avais écouté provenait de la discothèque du conservatoire. La révolution roumaine a commencé en décembre 1989, et en janvier 1990 – les combats étaient très violents –, j'ai reçu un premier appel d'un agent roumain, Luisa Petrov, alors que j'étais encore étudiante. Elle m'a proposé mon premier concert à Amsterdam, pour la télévision hollandaise, et puis j'ai passé une audition à Covent Garden. Le reste est plus ou moins connu et sujet à bavardages.

     

    Et cela vous agace, les bavardages ? C'est très à la mode en France les potins


    Vous croyez qu'il n'y a qu'en France qu'on aime les potins ? En Angleterre, c'est encore pire ! Mais je comprends, c'est normal, et vous êtes tout à fait libre d'aimer ça, c'est la démocratie, non ? Et puis, on est tous comme ça, je crois. Les gens qui le vivent mal sont souvent préoccupés, jaloux. S'ils en souffrent, c'est leur problème. Moi, je ne doute pas. Non, je ne doute pas. Et si je doute, je préfère rester à la maison. Bien sûr qu'il y a toujours une part d'imprévu, même si on se sent bien, par exemple lorsque Roberto s'est blessé à Orange dans Roméo et Juliette, mais nous avons continué. Vraiment, si je ne me sens pas bien, je pense que c'est mieux de rester à la maison.

     

    Le 10/01/2005
    Yutha TEP



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