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ENTRETIENS 20 aoűt 2019

Le passé retrouvé (12) :
Katia Ricciarelli

Jeune cantatrice considérée comme le grand espoir du chant italien et aussi l'une des plus belles voix de l'époque, Katia Ricciarelli faisait ses débuts à l'Opéra de Paris dans la Bohème au Palais Garnier en septembre 1974 aux côtés de Luciano Pavarotti, dans une nouvelle production de Gian Carlo Menotti qui resta longtemps à l'affiche.
(Entretien réalisé le 20 septembre 1974 pour le Quotidien de Paris).

 

Le 25/07/2005
Propos recueillis par GĂ©rard MANNONI
 



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  • ConsidĂ©rez-vous que ces dĂ©buts Ă  Paris soient une Ă©tape importante dans votre carrière ?

    Je suis extrêmement heureuse de chanter en France et surtout à Paris, car j'aime vraiment votre pays. J'ai déjà chanté dans la plupart des pays d'Europe et il me manquait ce grand théâtre qui est parmi les plus importants. Je prends donc mes débuts ici très au sérieux.

     

    Pensez-vous que Paris est toujours une capitale du chant ?

    Avec le directeur actuel, oui. Et en tant que théâtre, le Palais Garnier est un bâtiment splendide. Aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur, je crois bien que c'est le plus beau au monde. Il y a tellement de belles choses partout que c'est indescriptible. Je n'ai jamais rien vu de plus beau dans ce domaine. L'atmosphère de travail est également très sympathique. Et puis la production de la Bohème dans laquelle je vais chanter compte parmi les plus belles que j'ai jamais vues.

     

    Tout le monde parle de vous comme de celle qui va prendre la relève de la Tebaldi, de la Callas, de la Milanov. Cela n'est-il pas pesant pour une jeune cantatrice ?

    J'ai la plus grande admiration pour toutes ces cantatrices, mais je suis moi-mĂŞme, Katia Ricciarelli, avec mes dĂ©fauts et mes qualitĂ©s propres. C'est comme cela que je veux ĂŞtre jugĂ©e, et non pas en comparaison permanente avec d'autres. Je n'aime pas ça. Etre toujours mis en reflet de la Tebaldi ou d'autres est très dangereux pour une jeune cantatrice qui a encore besoin de s'affirmer. Au stade de la carrière oĂą j'en suis, il faut me laisser la possibilitĂ© de me tromper, de faire des expĂ©riences, de m'habituer Ă  la scène sous tous ses aspects. Etre comparĂ©e Ă  de très grandes artistes dont la carrière est terminĂ©e et qui ont donc pu s'amĂ©liorer sur de nombreuses annĂ©es n'est pas juste. Cela me stresse et s'entendre toujours qualifiĂ©e de « nouvelle Tebaldi Â» ou de « nouvelle Callas Â» est difficile Ă  vivre. Le dĂ©fi est assez effrayant.

     

    Comment bâtissez-vous votre répertoire ?

    Ce n'est pas très facile. J'ai effectivement besoin de me bâtir un répertoire mais il faut tenir compte à la fois des demandes des théâtres et de ce qui correspond aux possibilités actuelles de ma voix. Il m'arrive donc de dire non. Et puis, il y aussi les opéras que j'ai chantés mais qui ne peuvent être considérés comme des oeuvres de répertoire car elles ne sont que rarement données. C'est le cas de pièces comme Giovanna d'Arco, Il Corsaro, I due Foscari, Capuletti e Montecchi, Anacreonte de Cherubini, certains opéras de Gluck. Je les ai faits avec un immense plaisir, mais ce n'est pas vraiment un répertoire courant et sur lequel je peux bâtir toute ma carrière.

     

    Comment travaillez-vous un nouveau rĂ´le ?

    L'idéal serait de pouvoir continuer ce que j'ai fait jusqu'à présent : avoir un peu de temps pour approfondir un rôle pendant un an, en analysant à fond le personnage, en analysant bien tous ses problèmes techniques, en répétant tous les jours les passages difficiles. Mais je sais bien que ce ne sera pas toujours possible. Plus la carrière avance, plus le rythme s'accélère et on a parfois plusieurs opéras à travailler sans pouvoir passer un an complet sur chaque partition.

     

    Qu'est-ce qui vous séduit en premier face à un nouveau rôle possible ? L'importance dramatique du personnage ? La séduction musicale de l'ensemble de l'oeuvre ?

    Avant tout, la nature de l'écriture vocale, et sa sécurité. Je ne veux pas prendre de risques. Je peux donner mon maximum si je me sens en sécurité. Je dois aller chanter Luisa Miller à San Francisco. On me parle beaucoup de la mise en scène, de la production, de l'intérêt dramatique du personnage. Tout cela est important, mais ce qui m'a décidée, c'est l'impression que vocalement, le rôle est bon pour moi en ce moment.

     

    Avez-vous déjà travaillé avec un metteur en scène non traditionnel, comme Ronconi, par exemple, qui bouscule les habitudes des chanteurs et des spectateurs ?

    Pas encore. Je sais qu'ils demandent un très long temps de travail, souvent un mois ou deux de répétitions. Cela doit être très intéressant, mais je n'en ai pour l'instant aucune expérience. Je pense que l'on peut aller contre la tradition, même si le public a du mal l'accepter tout de suite. Malheureusement, ce sont souvent des chanteurs de second ordre qui acceptent de participer à ces expériences. Les grands chanteurs devraient être plus hardis et s'y mettre également.

     

    Travaillez-vous beaucoup votre voix en dehors des rĂ´les que vous pratiquez ou apprenez ?

    Oui, je travaille, mais moins que je ne voudrais et ne devrais le faire car dans ce métier, on passe déjà beaucoup de temps en répétition et en représentation. En fait, c'est en apprenant un nouveau rôle que je travaille le plus. J'ai un peu l'impression de tout reprendre à zéro. Je ne travaille jamais autant qu'à ces moments là. Quand je suis confrontée à toutes les difficultés nouvelles que représente une partition que je n'a jamais chantée, alors je deviens très travailleuse ! En fait, je crois que c'est surtout la régularité qui compte. Je ne suis pas un bourreau de travail, mais je suis très régulière. Et je n'ai pas de professeur particulier. Le travail le plus important pour moi se fait au théâtre.

     

    Qu'aimez-vous dans le répertoire français ?

    Pour l'instant, je n'ai rien chanté en français. J'aimerais beaucoup Manon et Pelléas. Plus que le répertoire allemand. J'ai déjà chanté Elsa dans Lohengrin. Je pourrais aussi aborder Eva des Maîtres chanteurs et Elisabeth de Tannhäuser, mais je dois faire des choix, de style et de répertoire. Je ne pense pas que mon avenir soit dans cette direction. Il faut apprendre avec des professeurs spécialisés. Mais Lohengrin est différent des autres opéras allemands. C'est une partition très italienne. A Paris, j'aimerais beaucoup revenir pour Il Trovatore, qui est l'un de mes opéras préférés.

     

    Quand vous en avez l'occasion, Ă  quoi aimez-vous vous occuper ?

    J'ai très peu de temps pour moi en dehors du travail et des voyages. Et si j'en ai un peu, j'en profite pour me reposer. Quand on prépare un spectacle, il est rare que l'on puisse se consacrer, même épisodiquement, à autre chose. Après la première, il peut y avoir des moments plus calmes. Alors, j'aime visiter un peu la ville dans laquelle je me trouve. A Paris, j'aimerais beaucoup aller au Louvre.

     

    Si l'on vous proposait de jouer dans un film, accepteriez-vous ?

    Tout dépendrait du film et du rôle. Mais a priori, l'agitation qui entoure le tournage d'un film et qui règne dans le monde du cinéma ne m'attire pas. Je suis une personne calme et l'excitation d'un plateau de cinéma m'effraie. Mais s'il s'agissait d'un rôle et d'une histoire qui me séduisent, pourquoi pas ?

     

    Quels sont vos projets après cette Bohème parisienne ?

    Je dois aller à San Francisco pour Luisa Miller, puis à Londres pour Un Ballo in maschera, avec Domingo et Capuccilli, ce qui sera encore une étape difficile et un défi pour moi, avant de revenir à Paris pour Don Carlo. Je gagnerai ensuite Vienne, avant de faire un peu plus tard mes débuts au Metropolitan Opera de New York avec la Bohème et José Carreras pour partenaire. Suivront un Don Carlo à Munich, une nouvelle production d'Otello avec Domingo à Hambourg, et ainsi de suite, comme Simone Boccanegra à la Scala. Je dois aussi débuter dans la Traviata. Et il y aura encore Londres, Chicago, la Scala ! Vous voyez pourquoi je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer à autre chose qu'à travailler de nouveaux rôles ou à me préparer à affronter des partenaires illustres !




    A suivre...


    La semaine prochaine : Pierre Boulez (II)

     

    Le 25/07/2005
    GĂ©rard MANNONI



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