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ENTRETIENS 20 juillet 2018

Susan Graham a plus d'une corde à son gosier
© © Thierry Cohen

De Monteverdi, dont elle a recrée le mythique opéra Arianna, au Great Gatsby de John Harbison, Susan Graham est l'une des mezzo les plus demandées des scènes opératiques internationales. Également à son aise dans Mozart, Berlioz, Strauss ou Barber, Susan Graham est de ces voix pour lesquelles l'adjectif " naturel(le) " semble superflu tant il est flagrant.
 

Le 03/05/2000
Propos recueillis par Gérard MANNONI
 



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  • Quand avez-vous commencé à travailler le chant ?

    J'ai d'abord travaillé le piano. A cette époque, je me procurais des recueils de chansons que j'avais entendues à la radio, comme celles des Beatles et j'adorais les jouer en chantant. J'ai donc commencé très jeune à jouer et à chanter en même temps. Je ne me rendais pas compte que j'entraînais ainsi ma voix et mon oreille à fonctionner ensemble. En outre, dès mon enfance, pendant mes études de piano ou plus tard, j'ai toujours chanté dans une chorale, à l'école, à l'église. Ca faisait normalement partie de ma vie. Je n'ai commencé à travailler le chant proprement dit que vers seize ans. Au début, je voulais juste voir si je pouvais améliorer mes possibilités en ce domaine. Les concours me passionnaient. J'avais le goût de la compétition et j'en passais beaucoup en piano. A dix sept ans, j'ai tenu le premier rôle dans The Sound of Music et je suis tombée amoureuse de la scène. J'ai compris que j'étais destinée à être chanteuse plutôt que pianiste.

     
    Qu'est-ce qui vous a séduite à ce point dans la carrière de chanteuse ? Faire du théâtre ?

    Faire du théâtre comme chanteuse, c'était un moyen de communiquer avec le public. Quand je chante sur scène, je peux le regarder droit dans les yeux et lui raconter mon histoire. En jouant du piano, on passe par l'intermédiaire de l'instrument et c'est d'abord avec lui qu'on dialogue. C'est lui qui vous aide à raconter votre histoire. J'aime communiquer avec les gens, exprimer ce que je pense, ce que je sens à propos du personnage ou du texte que je chante. L'échange qui se produit alors est ma récompense. Quand mille personnes sont assises dans la salle, elles pensent sans doute que je ne peux pas les voir. Elles se trompent, je regarde tous les visages et quelquefois je chante pour telle ou telle personne en particulier. Elles ne se rendent pas compte qu'elles me donnent beaucoup. C'est un véritable échange, très important pour moi.

     
    Avez-vous toujours eu une voix facile ?

    Au début, j'avais trois voix ! Une voix aiguë, une moyenne et une grave. Mon premier travail fut d'unifier le son, mais j'ai toujours chanté très naturellement. Je ne crois pas qu'il faille se torturer pour chanter. Ca doit rester un processus naturel. Par chance, je ne suis pas wagnérienne et obligée de fournir un volume de son surhumain ! Je ne pourrais sûrement pas crier tout le temps comme çà !

     
    Votre répertoire est extrêmement varié, allant du baroque au contemporain, en passant par la période romantique et ses rôles lyriques comme ceux de Berlioz. Comment l'avez-vous construit ?

    Je n'ai jamais décidé que je ne chanterai qu'un seul type de musique. Je suis au contraire toujours restée très ouverte à tout, dans la mesure où je sentais que ma voix y était heureuse. En outre, aujourd'hui, avec toutes les possibilités qui se présentent, il est certain que pouvoir faire Alcina une saison et The Great Gatsby la saison suivante est très excitant. Je me félicite que l'on ne m'ait pas cataloguée comme interprète de tel ou tel style seulement. Je ne veux en aucun cas chanter ce qui n'est pas normal pour ma voix et ma nature. J'ai des aigus, mais je ne chanterai Tosca pour rien au monde ! On me dit parfois que je suis soprano. Peu importe. Je chante ce que je peux chanter et ce qui m'intéresse. Mon récital au Châtelet comporte beaucoup de musique que la plupart des gens n'ont jamais entendue, notamment de compositeurs américains contemporains. J'aime ces mélodies. Leur texte et leur musique me parlent, et j'aime l'idée de faire partager ce goût au public. Ceci dit, je trouve absolument passionnant aussi de chanter Chérubin, Octavian ou Sesto. J'ai la chance de ne pas devoir choisir les uns ou les autres.

     
    Avez-vous à ce jour approché la plupart des rôles que vous aimeriez chanter ?

    Loin de là ! Je voudrais chanter Poppée, et beaucoup d'autres rôles de Monteverdi. J'ai chanté Minerve dans Le retour d'Ulysse et j'adore la musique de Monteverdi. J'attends aussi avec impatience Didon dans Les Troyens, que je devrais faire au Châtelet en 2003. Ce sont encore deux rôles très différents mais qui m'attirent énormément. Je me dirige vers des héroïnes plus classiques. Quand j'aurai fait Idamante à Paris dans deux ans, je crois que j'aurai épuisé à peu près tous les travestis du répertoire qui me conviennent.

     
    Quand vous abordez un rôle nouveau, le faites-vous en fonction de l'évolution normale de votre voix ou au contraire pour la faire progresser ?

    C'est en effet un aspect important de mon travail. Il m'arrive parfois d'aborder un rôle qui demande un peu plus d'effort que ce qui serait confortable pour ma voix. Je vais par exemple chanter l'été prochain Iphigénie, d'Iphigénie en Tauride de Gluck. Je ne l'aurais sûrement pas tenté cinq ans plus tôt. C'est aigu, tendu, classique de style, avec des exigences nouvelles pour moi qui vont étendre un peu mes possibilités. Comme Didon, qui a aussi des exigences dramatiques nouvelles pour moi. Cela peut éveiller dans la voix quelque chose qui n'a encore jamais été sollicité. Je songe également à Elvire, dans quelques années, autre rôle avec des difficultés que je n'ai encore jamais rencontrées, mais je crois pouvoir les surmonter. Donc, dans une mesure raisonnable, si vous êtes attirée par un rôle qui dépasse un peu ce que vous avez fait jusqu'alors, il faut tenter sa chance et voir si vous êtes à la hauteur de la tâche.

     
    Jusqu'où allez-vous dans le répertoire contemporain ?

    Qu'il s'agisse de musique contemporaine, baroque ou romantique, je chante tout simplement ce que j'aime chanter. Ca peut paraître simpliste, mais j'aime la belle musique, même parmi les mélodies modernes. J'aime que cela me concerne, que ce soit lyrique, qu'il ne faille pas crier. En musique contemporaine, j'aime ce qui parle à mon c?ur, même si cela suppose parfois un détour par ma cervelle !

     
    Vous êtes une excellente actrice. Quand vous abordez un nouveau rôle, le travail théâtral vous aide-t-il pour le travail vocal ?

    Tout se passe très progressivement. Je commence par apprendre les notes. A ce stade le rôle n'existe pas encore. Quand le travail scénique commence, s'élabore peu à peu un échange entre les idées du metteur en scène et les miennes, par stades successifs. Ensuite, intervient l'orchestre avec qui le dialogue est fondamental. Tout cela s'additionne progressivement avec des influences réciproques. Et finalement, arrivent les costumes. Bien souvent, on voit alors un spectacle sous un jour totalement différent de celui des précédentes répétitions. Un costume vous dicte comment bouger, comment vous asseoir, comment vous tenir debout, comment chanter, parfois, et comment vous situer par rapport aux autres personnages, sans compter avec tout ce qui se passe dans l'inconscient. Le travail sur un rôle n'est vraiment terminé qu'après avoir répété en costume. Un rôle de travesti ne nécessite pas un travail particulier, mais un état d'esprit particulier. Tout se passe dans la tête où il faut trouver une énergie différente. Sinon, c'est très artificiel. Il ne s'agit surtout pas jouer au macho, mais il faut aussi que votre physique s'y prête naturellement.

     
    Somme toute, vous êtes une cantatrice heureuse, heureuse de la voix que vous avez ?

    Absolument. C'est un miracle et une bénédiction ! Ma voix, mon physique et mon tempérament correspondent exactement aux rôles que j'aime chanter.

     

    Le 03/05/2000
    Propos recueillis par Gérard MANNONI



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