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ENTRETIENS 11 aoŻt 2020

James Conlon, à Bastille pour le plaisir

Chef principal de l'Orchestre de l'Opéra de Paris sous l'ère Gall, James Conlon, actuel directeur de l'Opéra de Los Angeles, revient dans la fosse de Bastille pour la reprise du très contesté Simon Boccanegra mis en scène par Johan Simons. Rencontre avec un musicien très occupé depuis son départ de la capitale.
 

Le 12/04/2007
Propos recueillis par Nicole DUAULT
 



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  • Vous √™tes new yorkais. Que vous a apport√© votre long s√©jour en Europe et notamment √† Paris ?

    Paris a √©t√© pour moi bien plus qu'un long s√©jour. J'ai pass√© une tranche de vie en Europe, 13 ans √† Cologne et 9 ans √† Paris. L'Europe faisait partie de mes r√™ves d'adolescent et elle a jou√© un r√īle majeur dans mon existence. Elle m'a forg√©. Depuis mon d√©part de l'Op√©ra de Paris, je suis d√©j√† revenu en France, √† la t√™te de l'Orchestre National. Mais c'est la premi√®re fois que je dirige √† l'Op√©ra depuis que j'y ai quitt√© mes fonctions. Je suis tr√®s heureux de retrouver ceux que je consid√®re un peu comme ma famille, aussi bien les musiciens, les choristes, les r√©gisseurs de sc√®ne que le personnel de l'administration. Heureux de les retrouver alors que je n'ai plus de responsabilit√©s dans la maison. D'ailleurs, maintenant, j'ai d√©cid√© de plus rien faire si ce n'est pour le plaisir.

     

    M√™me de retour aux √Čtats-Unis, vous avez gard√© des attaches avec la France.

    Mes deux filles vont au Lyc√©e fran√ßais de New York. Ma fille a√ģn√©e Luisa y est entr√©e √† l'√Ęge de 4 ans avant de venir poursuivre ses √©tudes √† Paris. Quant √† Emma, 10 ans, elle est n√©e √† Paris. Elle est am√©ricaine mais dit toujours qu'elle est parisienne. Il n'√©tait pas question qu'elles ne terminent pas leurs √©tudes en fran√ßais. La France existe toujours dans notre vie quotidienne.

     

    Vos filles étudient à New York, mais vous travaillez à Los Angeles et Chicago.

    En dehors de New York, ce sont effectivement les centres de ma vie. Je suis directeur du festival de Ravinia qui est le siège estival de l'Orchestre de Chicago. C'est un intense travail d'un mois avec trois programmes par semaine, soit entre douze et quinze productions, l'équivalent de ce que l'on fait d'habitude au cours d'une saison complète. Je connais bien Ravinia. J'y étais chef invité voilà déjà trente ans, bien avant de prendre mon poste de directeur. Successeur de James Levine et de Christoph Eschenbach, je viens de renouveler mon contrat jusqu'en 2011. En quittant Paris, je m'étais promis de travailler un peu moins, mais en septembre 2006, à la demande de Placidó Domingo, je suis devenu directeur musical de l'Opéra de Los Angeles. C'est un travail passionnant, car c'est une compagnie qui date de moins de vingt ans, et il reste tout à y faire.

     

    Dans la programmation à Los Angeles, quels ouvrages vous tiennent le plus à coeur ?

    Deux choses sont pour moi particuli√®rement importantes. La premi√®re, c'est l'oeuvre de Wagner. Nous venons de donner Tannh√§user et l'an prochain, ce sera Tristan et Isolde. Nous entamerons notre premier Ring en 2009, qui sera mis en sc√®ne par Achim Freyer. La deuxi√®me, c'est de donner des op√©ras de musiciens bannis par les nazis. Ce projet est plus large que celui des simples musiques ¬ę d√©g√©n√©r√©es ¬Ľ, et nous l'avons appel√© ¬ę Recovered Voices ¬Ľ. Il s'agit de faire entendre des compositeurs d'une √©poque que l'Am√©rique ne conna√ģt pratiquement pas, tels Zemlinsky, Ullmann, Schreker, Braunfels, Korngold, Schulhoff, Krenek. Je fais la m√™me chose depuis 2004 √† Ravinia. Je m'aper√ßois que le public qui d√©couvre cette musique s'y attache rapidement. L'an prochain √† Los Angeles sera programm√© un diptyque avec Der Zerbrochene Krug (la Cruche cass√©e) de Viktor Ullman d'apr√®s le texte de Von Kleist, et Der Zwerg (le Nain) de Zemlinsky.

     

    Vous avez toujours affirmé aussi votre passion pour Verdi.

    Cette saison, je dirige cinq opéras de Verdi. J'ai inauguré mes fonctions à Los Angeles avec la Traviata, chantée par Renée Fleming, Rolando Villazón et Renato Bruson, puis il y a eu Don Carlo. En mai, je dirige le Trouvère lors de mon festival de Cincinnati et en juin à Bologne Falstaff avec Ruggero Raimondi. Me voici, entre-temps, à Paris pour Simon Boccanegra, un opéra est un de ceux que j'ai entendus très jeune, bien avant les ouvrages plus populaires de Verdi. Je devais avoir 13 ans. Je l'ai ensuite vu au Met avec des chanteurs tels que Zinka Milanov ou la Tebaldi. Je l'ai dirigé pour la première fois en 1980 avec MacNeil. Et c'est cet opéra que j'avais choisi pour commencer ma première saison à Cologne. Je ne l'ai jamais dirigé à Paris, et comme Gerard Mortier me l'a demandé, ce sera désormais chose faite. Le caractère de cet opéra est extraordinaire, proche de Don Carlo. Plusieurs choses me passionnent : d'abord Simon qui est un être d'une immense humanité, puis la vie privée des personnages qui s'imbrique à l'action politique. On sent les premières traces de l'unité italienne. Enfin, la scène du Conseil est a elle toute seule un vrai chef-d'oeuvre. Simon Boccanegra annonce également Otello, et Paolo est en quelque sorte le prédécesseur de Iago.

     

    La mise en scène de Johan Simons avait été mal accueillie l'an passé. Qu'en pensez-vous?

    Je suis là pour défendre la musique et pour qu'elle transmette son émotion au public. J'ai vu l'an passé une représentation en tant que spectateur. J'ai beaucoup travaillé avec l'équipe de la mise en scène et avec son accord, j'ai fait modifier un certain nombre de choses. Ma règle générale pour la mise en scène, c'est qu'elle respecte la musique. Je suis à la fois ouvert aux innovations et à la critique.

     

    Reviendrez-vous à l'Opéra de Paris ?

    Ce n'est pas prévu pour l'instant. Je n'ai pas beaucoup de temps. Je me consacre à l'opéra de Los Angeles. En dehors de cela, j'essaie d'équilibrer lyrique et symphonique. Et puis, je voyage avec des orchestres, pour le plaisir.

     

    Le 12/04/2007
    Nicole DUAULT



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