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ENTRETIENS 22 juillet 2018

Camilla Tilling, l'étincelle du Bal
© Anna Hult

Il suffit qu'Oscar entre en scène pour que le bal macabre ordonné par Gilbert Deflo à l'Opéra Bastille s'illumine, prenne vie le temps d'une étincelle. C'est que Camilla Tilling, délicieux fruit d'une école de chant suédoise décidément florissante, apporte au mélodrame verdien une rafraîchissante touche de légèreté mozartienne.
 

Le 03/07/2007
Propos recueillis par Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il est plutôt inhabituel pour une soprano d'endosser un rôle travesti.

    Certaines sopranos chantent Chérubin, mais je suis plutôt une Suzanne. Il s'agit de mon premier rôle travesti : j'ai l'impression de jouer le frère jumeau que je n'ai jamais eu ! Je crois que je pourrais être un garçon, cela n'est finalement pas si différent.

     

    Oscar est-il plutôt un enfant, un ange de mort malgré lui ?

    Il n'est plus un enfant, mais pas encore tout à fait un homme, malgré son ambition. Il est très fier de sa relation privilégiée avec le Comte. Il veut se rendre utile, et ne mesure pas l'importance de ce qu'il révèle en décrivant le costume de Riccardo à Renato. Oscar n'est pas du tout un rôle verdien. Dans cette production, tout le monde est habillé en noir, alors qu'il porte un costume blanc, avec une touche d'orange sous sa veste. Le metteur en scène voulait de la lumière, du mouvement pour permettre au public de se détacher du drame à chacune de ses apparitions. Peut-être est-ce un rôle mozartien, comme Nannetta ?

     

    Pensez-vous abordez d'autres rôles verdiens ?

    Je voudrais essayer de chanter Gilda dans un théâtre qui me permette d'explorer les capacités de ma voix, donc pas devant des milliers de personnes. Ce rôle fait partie de ma liste de souhaits, mais j'aimerais le chanter avant d'être trop vieille.

     

    Ne craignez-vous pas que le caractère juvénile de votre voix ne vous cantonne à un certain type de rôles ?

    Il est très difficile d'entrer dans ce métier, et je suis heureuse d'avoir pu le faire grâce à ma voix, je ne vais donc pas m'en plaindre. Ma voix a beaucoup changé ces cinq dernières années, et cela va certainement continuer. Je ne m'inquiète donc pas. Mais si je dois chanter Zerlina pour le restant de ma carrière, ce sera très bien aussi.

    Peter Mario Katona, qui est chargé des distributions à Covent Garden, me fait confiance, et m'a permis de chanter des rôles très différents. Mon approche théâtrale de l'opéra a sans doute fait qu'au début de ma carrière, les metteurs en scène se sont davantage intéressés à moi que les chefs d'orchestre. S'ils ne s'attendent pas à un type de voix spécifique, je suis toujours d'accord pour explorer de nouvelles choses.

     

    Vous êtes en effet tout sauf une spécialiste.

    Je suis un caméléon, c'est l'intérêt de ce métier. Si j'étais contre-ténor, je ne chanterais que de la musique baroque ! Durant ces quelques semaines, je fais partie d'une famille verdienne. Ces voix sont si différentes de celles que j'entends habituellement. Elles m'inspirent, et je suis très fière de pouvoir chanter ce rôle. Cela fait dix ans que j'ai débuté, mais j'ai le sentiment de n'en être encore qu'au commencement. Je suis si avide de connaître les voix, bien que je garde un intérêt particulier pour la dimension théâtrale de l'opéra.

     

    Comment avez-vous appris à jouer la comédie ?

    Durant ma deuxième année d'études à l'Université de Göteborg, j'ai eu la chance de faire partie des cinq chanteurs envoyés en classe d'art dramatique. Au début, les acteurs nous détestaient, parce que nous leur paraissions totalement inutiles, mais confrontés à un exercice où ils devaient chanter et non plus jouer, ils ont compris ce dont nous étions capables. Ce fut une collaboration très fructueuse, et dont je suis très fière, car il y a en Suède des acteurs fabuleux.

    Mon premier professeur m'a ouvert les yeux en me disant que je n'étais pas censée jouer : elle se contentait de me donner un verbe actif, et je jouais sans le savoir, sans exagérer. La méthode était la même avec les musiciens : l'instrument scintillait d'énergie et de couleurs, comme par enchantement ! C'est une façon très amusante et simple d'apprendre. Nous avons un acteur en chacun de nous.

     

    Comment expliquez-vous la bonne santé de l'école de chant suédoise ?

    On me pose souvent cette question, généralement avant de me demander comment une personne si petite peut chanter aussi fort ! Je ne saurais généraliser, mais en ce qui me concerne, j'ai été élevée à la campagne, dans un environnement sain, et sans voisins. Mes parents ne me faisaient donc jamais taire, et je pouvais chanter avec tout mon corps.

    D'autre part, notre langue est très douce, avec des voyelles très claires. J'ai fait partie toute jeune d'un choeur d'enfants, où j'ai appris à chanter de mémoire. Je chantais également en famille, avec mon père à la guitare, et son frère à l'harmonium. J'ai eu un public très tôt, même s'il ne s'agissait que de personnes âgées dans les maisons de retraite, ou à l'Église, et j'ai été habituée à me produire sans aucune pression.

     

    Y a-t-il des metteurs en scène, des chefs d'orchestre avec qui vous rêvez de travailler ?

    Je meurs d'envie de travailler avec Laurent Pelly. J'ai vu sa mise en scène de la Fille du régiment à Londres, et l'Élixir d'amour ici-même à l'Opéra Bastille. Très peu de metteurs en scène savent créer comme lui un enchevêtrement de petites histoires : chacune des cinquante personnes qui étaient sur scène jouait un vrai personnage, plutôt que de se fondre dans un groupe.

    Parmi les chefs d'orchestre, et bien que je sache que cela va bientôt arriver, je suis très impatiente de travailler avec Simon Rattle. J'aime chanter sous la direction d'Antonio Pappano, car il a une approche de chanteur, et j'ai beaucoup appris avec lui. Durant ma dernière année au Royal College of Music de Londres, nous avons monté les Noces de Figaro. Sir Colin Davis nous dirigeait, et il a obtenu de nous davantage de legato rien qu'avec ses mains. Ce fut pour moi comme une révélation.

     

    Êtes-vous attirée par le répertoire français ?

    J'ai déjà chanté Mélisande, que j'aimerais refaire. Peut-être pourrai-je chanter Manon après quarante ans, mais aussi Juliette ? Je vais chanter l'Ange de Saint François d'Assise à Amsterdam l'an prochain. C'est un très beau rôle. Oscar n'apparaît pas au deuxième acte, j'en profite donc pour apprendre le français dans ma loge, ou alors mes prochains rôles.

     

    N'est-il pas difficile de revenir sur scène avec une autre musique dans l'oreille ?

    Le problème est que mon chien déteste la musique. Il est très malheureux dès que je me mets à chanter. C'est donc le seul moment où j'ai la possibilité de m'exercer !

     

    Vous ne pouvez donc pas écouter de musique.

    Il peut survivre à un faible volume. En ce moment, j'écoute en boucle le merveilleux album jazz de Thomas Quasthoff. Dans ma propre tessiture, j'écoute beaucoup Anna Moffo, Mirella Freni, Lucia Popp, mais il y en a tant. Au début, j'avais tant à apprendre sur le chant que je les écoutais constamment, mais j'ai une tendance à l'imitation, j'essaie donc de ne plus les écouter trop attentivement.

    Lorsque je prépare un nouveau rôle, je me procure autant d'enregistrements que possible. Je les écoute durant quelques mois, puis je les mets de côté, et six mois plus tard, je commence l'apprentissage. Je ne suis pas assez bonne pianiste pour m'accompagner, et j'ai besoin d'entendre les couleurs de la pièce. En ce moment, j'apprends la gouvernante du Tour d'écrou, que je vais chanter cet été à Glyndebourne. Felicity Lott, dans la version éditée par Naxos, est ma préférée.

     

    Le 03/07/2007
    Mehdi MAHDAVI



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