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ENTRETIENS 19 avril 2019

Eva-Maria Westbroek, soprano blond mais pas trop

Eva-Maria Westbroek fut sans conteste la révélation de la dernière reprise parisienne des Dialogues des Carmélites de Poulenc. Et sa Chrysothémis ne fit que confirmer l'éclosion d'une voix d'exception. Ce soprano blond en pleine ascension enchaîne Elisabeth de Tannhäuser et l'Impératrice de la Femme sans Ombre sur la scène de l'Opéra Bastille.
 

Le 05/12/2007
Propos recueillis par Mehdi MAHDAVI
 



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  • Elisabeth et l'Impératrice n'incarnent-elles pas, chacune à leur manière, la pureté et le sens du sacrifice ?

    Elisabeth n'est pas seulement innocente, elle est très passionnée. Elle se révèle très émancipée en s'opposant à tous les hommes pour défendre celui qu'elle aime et sa manière de vivre. Elle meurt épuisée d'avoir trop attendu son retour. À l'inverse, l'Impératrice se montre d'abord très égoïste dans sa volonté de se procurer une ombre, mais son voyage intérieur est superbe. Elle s'humanise au contact de Barak, prenant ainsi ses distances avec la nourrice. Et quelle musique !

     

    La vocalité straussienne découle-t-elle de celle de Wagner ?

    D'une certaine manière, l'écriture de Strauss est beaucoup plus italienne. Ses phrases me paraissent plus faciles à chanter, et les aigus sont beaucoup mieux amenés. Dans Wagner, les rythmes sont plus accentués. Il est donc difficile de ne pas briser la ligne vocale. Mais le rôle d'Elisabeth est un peu plus lyrique, classique que Sieglinde, notamment dans le duo avec Tannhäuser.

     

    Quelles sont vos chanteuses wagnériennes de prédilection ?

    J'aime tout particulièrement la Sieglinde de Régine Crespin, dont j'admire la qualité de la diction et la beauté de la ligne. Magnifique Elisabeth, Leonie Rysanek avait un aigu d'une extraordinaire luminosité. J'ai également écouté Renata Tebaldi dans une version italienne de Tannhäuser, et elle chante les lignes du duo comme personne, avec des piani incroyables.

     

    Wagner était-il pour vous une évidence ?

    Comme je suis grande et blonde, tout le monde m'a toujours dit que je devais chanter ce répertoire, mais je n'ai jamais voulu, parce que l'opéra italien est ma grande passion. Maintenant que je le connais un peu mieux, je suis très heureuse de faire Sieglinde et Elisabeth, mais je dois prendre garde de ne pas m'y laisser cantonner. Lorsque j'étais dans la troupe de l'Opéra de Stuttgart, j'ai eu la chance de pouvoir chanter Tosca et Desdémone, ce qui m'a beaucoup aidée dans ce sens.

     

    Quels sont les critères qui vous déterminent à accepter ou refuser les rôles qu'on vous propose ?

    Il faut faire attention. Je chante en parcourant la partition pour savoir si le rôle est susceptible de me convenir. Parfois, j'écoute les conseils de mes aînés : Birgit Nilsson a dit que Senta était un rôle très difficile, et j'ai pu le vérifier. De la même manière, je n'ai jamais voulu chanter Fidelio, parce que j'ai entendu beaucoup de chanteuses se faire mal dans ce rôle. Mais il n'y a pas de règle en la matière, et il faut être capable de sentir soi-même les choses.

    La scène finale de Salomé me semble par exemple beaucoup trop lourde pour ma voix. Je ne m'explique pas non plus ce que Strauss avait dans la tête lorsqu'il a composé le réveil de l'Impératrice, avec ce contre-ré piqué dans la quatrième phrase, d'autant que le reste du rôle est différent, bien que toujours aigu. Beaucoup de chanteuses ne le font pas, et je ne sais pas si je vais y arriver, mais j'y travaille.

     

    Avez-vous abordé des rôles assez larges dès le début de votre carrière ?

    J'ai chanté Tosca à l'âge de 25 ans, puis Cavalleria rusticana. Ce n'était pas très facile, parce que ma voix était faite pour cela, mais j'étais trop jeune, et les théâtres ne voulaient pas m'engager. En Allemagne, j'ai commencé par une Walkyrie, Gutrune
    Ce n'était vraiment pas grand-chose. Une carrière ne se déroule pas toujours comme on le souhaiterait. L'histoire du chant m'a toujours passionnée, et j'ai lu qu'Astrid Varnay avait chanté sa première Brünnhilde au Metropolitan Opera de New York à l'âge de 23 ans, alors que Rosa Ponselle y fit ses débuts à l'âge de 21 ans dans la Forza del Destino.

    Sans doute chanterais-je mieux Tosca aujourd'hui qu'à 25 ans, d'autant que je ne pouvais pas chanter piano à l'époque, mais il faut faire les choses quand on se sent prêt. Tout dépend évidemment de la personne, mais on est parfois trop prudent avec les jeunes chanteurs. Lorsque j'ai commencé, je n'avais pas d'aigus du tout. Mes professeurs avaient peur de l'ampleur de ma voix, et me faisaient travailler des Lieder de Brahms et de Schubert que je ne peux plus chanter aujourd'hui, tant ils m'ont traumatisée ! Puis j'ai trouvé un professeur qui m'a libéré la voix. L'expérience m'a également beaucoup aidée, notamment le rôle de Chrysothémis, qui est magnifiquement écrit.

     

    Parmi les rôles que vous avez chantés, lesquels vous semblent les plus éloignés de votre personnalité ? Katerina de Lady Macbeth de Mzensk est un rôle terrible.

    C'est ce que tout le monde dit. Mais pour Chostakovitch, nous devons tous l'aimer à la fin, parce que nous devons comprendre qu'elle a fait toutes ces choses horribles par amour pour ce macho. On réagit comme cela à 16 ans. C'est ce qui rend le personnage émouvant, et fait que chacun de nous peut se reconnaître en elle. Son amour agit comme une drogue. Lorsqu'au dernier acte, elle demande à Sergueï de l'embrasser comme au début, il la rejette avec une telle vérité !

     

    La mise en scène réalisée à Amsterdam par Martin Ku?ej, dont le DVD est paru récemment, était à cet égard assez extrême. Quelles sont vos limites en la matière ?

    J'ai chanté Carlotta dans Die Gezeichneten de Franz Schreker dans une production réalisée par ce même metteur en scène. Le personnage ne me correspondait pas, trop étrange et pervers. À la fin, j'étais violée dans un bain de sang. Je pleurais après chaque représentation, d'autant que je ne parvenais pas à nettoyer le sang qui me recouvrait. Il paraît que c'était très impressionnant à voir, mais je ne le referai pas.

     

    De quels rôles rêvez-vous ?

    Lorsque j'étais plus jeune, je voulais chanter Madame Butterfly, mais je n'en ai pas la tessiture. J'aime beaucoup Manon Lescaut, et surtout Minnie dans la Fanciulla del West. J'étais tellement heureuse la première fois que je l'ai chantée au Concertgebouw d'Amsterdam. J'ai entendu cet opéra pour la première fois à l'âge de 19 ans, et mes larmes coulent rien que d'y penser.




    À voir :

    Tannhäuser de Wagner, Opéra Bastille, les 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24, 27 et 30 décembre.

    Die Frau ohne Schatten de Strauss, Opéra Bastille, les 21, 24, 28 et 31 janvier, 3, 7 et 10 février.

     

    Le 05/12/2007
    Mehdi MAHDAVI



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